LVMH et APPLE : quand le snobisme mène le monde par le bout du logo

Rédigé le 26 mars 2012 par | Big caps Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Nous sommes plongés depuis quatre ans dans un monde à deux vitesses : d’un côté, les classes moyennes occidentales dépérissent ; de l’autre, une étroite frange de la population des pays émergents vient de passer du statut de « classe aisée » à « riche et ultra-riche ». Le nombre de milliardaires en Chine a tout simplement décuplé depuis 2007.

Désormais, l’homme le plus riche de France, dont la fortune gravit rapidement les échelons du classement européens, c’est le patron et premier actionnaire privé de LVMH, principal fournisseur mondial des ultra-riches du Proche et de l’Extrême-Orient. Tout cela vous le savez.

Très beau doublé sur les CFD à quelques jours d’intervalles :

  • Vente UBISOFT : +72% (vente à 6,10 euros lundi 19 mars/Rachat à 5,66 euros le 22 mars) : c’est +7,2% en levier 10 sur le CFD, ce qui a permis aux traders de dégager une plus-value de +72%.
  • Achat Air France-KLM : +65% (achat à 4,24 euros le 13 mars/Vente à 4,53 euros le 16 mars). Là aussi, en levier 10 sur les CFD, nos traders ont engrangé +65%.

Cette stratégie, c’est notre spécialiste Mathieu Lebrun qui l’a mise au point… et ses performances sont tout simplement exceptionnelles :

Depuis la création de son service en juillet 2010 et fin 2011, il a réalisé une performance cumulée (gains + pertes) de +875%, avec des gains rapides à deux voire trois chiffres…

Comment ? Tous les détails vous attendent ici !

Le luxe résiste à tout depuis 2008

Ce qui vous intéressera plus sans doute, c’est de savoir si cette tendance va continuer. Les riches resteront-ils riches et le luxe battra-t-il à nouveau des records dans ce monde en crise ? La croissance ralentissant en Chine (ce que trahit un cinquième repli consécutif du PMI manufacturier en Chine au mois de mars), voyons ce qu’anticipent les analystes.

La progression du titre LVMH (FR0000121014) depuis le début de la grande crise fin 2008 est très emblématique du bon comportement du luxe — si possible ostentatoire et clairement identifiable par le biais d’un sigle de marque universellement reconnaissable.

La hausse du titre s’est amorcée dès la mi-novembre 2008 (dans la zone des 40 euros) précédant de quatre mois le rebond du CAC 40 (qui atteindra son plancher mi-mars 2009). LVMH ne mettra ensuite que 24 mois pour tripler de valeur (à 120 euros dès le 1er novembre 2010) avant d’engranger 6% supplémentaires mi-décembre pour culminer aujourd’hui sur les 129 euros.

Regardez ce graphique (en mensuel) : LVMH et le CAC étaient relativement corrélés depuis 1992, ce n’est que depuis cette crise de 2009 que les deux courbes décrochent l’une de l’autre. Signe révélateur des temps ? De toute évidence, la crise ne touche cette fois pas tout le monde.

Graphique du CAC 40 et LVMH
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

LVMH : +350% de hausse en trois ans, soit depuis la crise de 2008

Alors certes, le séisme du 11 mars 2011 au Japon provoquera une consolidation du titre jusque vers les 100,80 euros. Mais six semaines suffiront pour lui permettre de retrouver son zénith de fin 2010 (début mai) et il ne lui faudra que trois mois supplémentaires pour inscrire un nouveau record absolu à 132,65 euros, le 27 juillet dernier.

Notons qu’à ce moment, le CAC 40 avait déjà largement amorcé sa consolidation dans le sillage des cycliques et des bancaires (passant de 4 100 à 3 700 points)…

Les stratèges étaient convaincus que LVMH ferait office de refuge dans des circonstances de menaces de récession aux Etats-Unis et de menaces d’éclatement de la Zone euro. Ce n’était pas mal joué puisque LVMH ne reculera pas en deçà de ses précédents planchers de mars, c’est-à-dire les 100 euros testés dans l’immédiat après-Fukushima.

Graphique de LVMH
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Et là, une fois encore, LVMH devance largement le rebond des indices occidentaux. Le titre a commencé à se redresser dès le début du mois d’octobre 2011 (et gagnera plus de 25% en l’espace de trois semaines).

Le titre fut ensuite victime d’un peu de désaffection mi-décembre avec la peur que les pays émergents ne soient impactés par la récession qui frappe la Zone euro (test des 150 euros le 16 décembre)… puis une nouvelle vague haussière de six semaines s’est déclenchée avec le premier LTRO de la BCE et le cours a renoué avec ses sommets historiques dès le 3 février.

Une phase de plafonnement sous les 130 euros s’en est suivie jusqu’au 2 mars ; puis LVMH a cassé la base de son canal haussier le 6 mars, enfonçant la MM20 pour la première fois depuis le 29 décembre 2011.

Magnifique exemple de fausse sortie à la baisse qui se soldera par un virage à 180 degrés: le lendemain nouvel épisode haussier de sept séances où le titre repassera de 124,2 à 136,8 euros, en laissant même un gap ouvert au-dessus des 133,15 euros le 12 mars avant d’inscrire un nouveau record historique absolu le 16 mars dans la zone des 136 euros.

LVMH est venu tester de façon assez précise la résistance oblique de long terme unissant les deux précédents sommets déjà évoqués à 129 et 132,65 euros. C’est un obstacle potentiellement majeur… mais LVMH s’est joué de tous les précédents, malgré une hausse de 350% en trois ans !

APPLE et LVMH : la crise ne touche pas tout le monde

Depuis l’été 2011, le titre réalisait donc un parcours qui n’avait rien à envier à celui d’APPLE. Mais là s’arrête la comparaison car le parcours boursier du titre depuis le décès de son fondateur Steve Jobs (le 6 octobre 2011) est tout simplement hors norme : +70% en cinq mois (entre 355 et 600$)… et +50% depuis le 1er janvier (entre 405 et 609,65$, dernier record historique en date).

Les points communs entre les deux entreprises sont pourtant nombreux : succès populaire incontestable des produits, marges de profit considérables, existence de véritables fans capables de faire la queue durant des heures sous la pluie pour être les premiers à posséder l’objet de leur convoitise…

Autre point commun, ce sont des produits absolument inessentiels et incomparablement plus chers que ceux de marques « lambda » remplissant un service équivalent : la dimension en plus, c’est celle du snobisme. Et c’est la toute la puissance d’une marque de luxe ! Ce sont des produits chers et qui tracent une frontière entre ceux qui veulent faire connaître qu’ils ne sont pas victimes de la crise… et ceux qui n’ont clairement pas les moyens de se doter du superflu.

Du côté des gérants, il existe aussi une sorte de syndrome de l’effet d’attraction exercé par APPLE ou LVMH. Un portefeuille de « vainqueur » ne peut se passer d’une ligne significative de l’un ou de l’autre de ces deux titres.

D’où cette spirale haussière qui ne peut s’arrêter qu’aux ultimes frontières de l’absurdité en termes de valorisation. En ce qui concerne APPLE, le titre se paye cinq fois le chiffre d’affaires, contre 2,5 fois pour LVMH… mais Hermès se paye dix fois le CA.

La futilité pèse désormais plus de 660 milliards de dollars

Que le luxe suscite des appréciations irrationnelles n’étonnera personne, c’est lié à son essence même et en théorie peu importe qu’un sac à main, une bouteille de champagne, un téléphone portable incrusté de pierres précieuses coûte une fortune, cela ne mobilise l’argent que de l’acquéreur…

On ne sort pas de la sphère de la futilité ni du champ d’action de la fortune privée. Sauf que le futile pèse désormais 550 milliards de dollars (environ 400 milliards d’euros) en ce qui concerne APPLE, et 66 milliards d’euros (environ milliards de dollars) en ce qui concerne LVMH !

Ces deux titres sont des titans en termes de capitalisation, non seulement en valeur algébrique mais également par rapport à leurs indices de référence respectifs, le Nasdaq et le CAC 40. Leur poids relatif est devenu si considérable, leur influence indicielle si hégémonique (APPLE pèse pas moins de 36% du Nasdaq 100) que leur tendance respective pourrait préfigurer celle des marchés d’ici fin 2012.

Il importerait au fond assez peu que l’Europe se tire de la crise de la dette ou que l’Amérique échappe à une vague d’inflation au cours des prochains mois.

Si le rythme des ventes de champagne, d’iPad ou de maroquinerie venait à décroître dans les pays émergents, Wall Street ou Paris consolideraient mécaniquement, du seul fait du dégonflement de la bulle Apple, ou Hermès/LVMH.

Conclusion : c’est d’une certaine manière le snobisme qui mène le monde !


*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
Depuis la Belgique : composez le 09 02 33110, chaque appel vous sera facturé 0,75 euro / minute.

Depuis la Suisse : composez le 0901 801 889, chaque appel vous sera facturé 2 CHF / minute.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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