L’or et l’or noir à contre-courant des fondamentaux

Rédigé le 28 octobre 2008 par | Apprendre la Bourse, Matières Premières Imprimer

Les visiteurs qui sont venus nous voir sur le stand Money Week au Forum de l’investissement ont été assez nombreux à nous questionner au sujet du paradoxe suivant : une Amérique en panne de croissance et dont le système bancaire est au bord du dépôt de bilan… mais qui voit sa devise grimper de +22% contre l’Euro depuis que les « ennuis sérieux » ont commencé à semer la panique de Wall Street et jusqu’à Washington.

Certes, la valeur d’une devise, c’est tout relatif… Mais il faut vraiment être d’un chauvinisme exacerbé pour expliquer — comme le font certains cambistes américains — que le billet vert grimpe parce que, comme l’affirme sans relâche le président Bush, « les USA demeurent le meilleur endroit au monde pour investir« .

C’est peut-être vrai dans l’absolu si le marché du crédit renaît un jour de ses cendres… Mais pour l’heure, les indices boursiers ont chuté en moyenne de 33% depuis le début de l’été, de 45% depuis le 1er janvier… et les émissions obligataires du secteur privé se sont effondrées à cause des tensions historiques sur les taux interbancaires. Il n’y avait que de mauvais coups à prendre sur les marchés américains : la remontée du Dollar s’explique par d’autres facteurs, qui n’ont pas grand chose à voir avec une évaluation objective des potentialités économiques réelles de l’Amérique.

Car pour lutter contre la planche à billets et son corollaire l’inflation, contre des torrents d’incertitudes économiques… quel meilleur refuge que des actifs échappant à l’érosion de la (fausse) monnaie fiduciaire ?

Et c’est là que nous voulions en venir : la rechute du pétrole (de 57% en trois mois !) et la remontée symétrique du billet vert vient de faire une victime collatérale depuis la mi-juillet : vous l’avez deviné, il s’agit du métal précieux.

L’once d’or, qui culminait un certain 17 mars 2008 un peu au-dessus de la barre symbolique des 1 000$ vient de pulvériser le support ascendant majeur des 775$ (qui correspond également à la moyenne mobile longue à 100 semaines).

En réalité, la dernière poussée haussière du 9 octobre dernier (jusque vers 915$) présentait un caractère accidentel. L’abaissement coordonné de 50pts des taux directeurs au sein du G7 annoncé le 8 octobre avait dopé le métal précieux du fait de la baisse de rémunération des placements obligataires (le rendement des bons du trésor… voilà l’ennemi éternel de l’or), et pas qu’un peu.

Mais très rapidement, l’once s’est mise à rechuter en même temps que le baril de pétrole, la tonne de cuivre ou d’aluminium, le boisseau de blé, le tourteau de soja, etc.

L’or a alors reperdu jusqu’à -10% en une seule séance le 10 octobre, alors que le Dow Jones reprenait +770pts en quelques heures. Ce genre de « trou d’air », outre le fait qu’il soit d’une ampleur exceptionnelle, ne survient jamais dans une tendance haussière.

Il ressort clairement des dernières évolutions du métal précieux depuis la mi-octobre que ni le rebond du pétrole, ni une brusque dégradation de la tendance boursière ne lui ont permis de refaire surface, sauf lors de quelques brèves incursions au-dessus des 800$. [Ndlr : Et si vous souhaitez jouer l’or, mais aussi le pétrole et d’autres matières à la hausse, mais aussi à la baisse… Si vous voulez profiter des coups de corrections comme des rebonds… Nicolas Rémy vous propose des trades ultra simples, pour peu que vous soyez un peu réactif : +27,03% sur un put Or, +17,67% sur un put Brent, +36,11% sur un nouveau put Or, +42,70% sur un put Argent, +50%… +70,43% sur de nouveaux puts Or ! Vous l’avez compris : vous pouvez détenir de l’or pour le long terme, mais vous pouvez aussi jouer sa volatilité grâce à des produits bien spécifique. [Pour savoir comment, c’est par ici]

Plus globalement, l’once d’or, exprimée en Dollar comme en Euro (le graphique apparaît alors moins tourmenté, comme vous le voyez ci-dessous) dessine depuis la mi-juillet une figure de type « triple sommet déclinant » (avec des « pics » parfaitement réguliers inscrits à 1 029, 980 puis 925$).

Cours de l'or en euro

Il faut vraiment être viscéralement convaincu de la nécessité de détenir de l’Or pour résister à la multiplication de signaux baissiers qui nous hurlent de vendre, surtout depuis que l’once est repassée sous les moyennes à 10 et 30 semaines (c’est à dire 875 et 830$ respectivement) puis sous l’oblique ascendante long terme présente vers 780$ (moyenne mobile à 100 semaines). Eh bien c’est notre cas depuis 2002 : nous sommes convaincus de la nécessité de détenir l’or. Dès les années 2000, l’or a été pour nous le placement de la décennie.

Lors des deux terribles séances boursières des 23 et 24 octobre, tous les actifs négociables (valeurs mobilières, pétrole, métaux, céréales…) se sont effondrés : nous avons assisté à la plus phénoménale vague de « ventes forcées » de l’histoire. Des centaines de hedge funds ont été contraints de solder « à tout prix » leurs positions qu’elle qu’en soit la nature, pour cause de défaut de couverture.

L’or n’a pas échappé à cette purge planétaire et l’once s’est rapidement enfoncée sous le zénith des 715$ du début mai 2006, puis sous les 700$ avant de retrouver du soutien sur un fort support oblique long terme vers 690$ (le vendredi 24 en milieu de journée).

Un sursaut technique lui a permis de revenir au contact des 725$ mais pas d’invalider la cassure de la tendance haussière moyen terme… même un rebond jusque vers 800$ n’y changerait rien.

Le moment n’est certainement pas très bien choisi pour vendre (après plus de 30% de correction en six mois)… et il apparaît préférable d’attendre un nouveau test réussi des 690$ (c’est également le zénith de février et avril 2007) avant de renforcer les positions sur l’or physique, les trackers ou les nouveaux certificats « quanto » (SGAM).

La folle remontée du Dollar et du Yen contre pétrole est probablement achevée, mais des « répliques » sont probables après le séisme monétaire majeur du mois d’octobre: tant que la volatilité des changes ne sera pas jugulée, le métal précieux aura du mal à s’apprécier. Donc patience, et ne baissez pas les bras.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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