La logique de la guerre

Rédigé le 4 septembre 2017 par | A la une, US Imprimer

En ce moment, la logique de la guerre se heurte à l’illogisme des bulles. Jusqu’à présent, la bulle est gagnante, mais ça va changer.

La « logique de la guerre » est une expression signifiant que les guerres ont leur propre schéma, système d’engrenage et se produisent malgré le fait qu’elles sont horribles, contreproductives et finissent souvent par un désastre complet.

En ce qui concerne la Corée du Nord, les Etats-Unis ont clairement indiqué que s’ils étaient contraints d’attaquer de manière préventive pour détruire ses armes nucléaires et programmes de missiles, ils ne s’arrêteraient pas là. Ils chercheront alors à décapiter le régime et à le remplacer par quelque chose de plus raisonnable. Cela pourrait être le début d’une réunification graduelle de la péninsule coréenne à des conditions favorables aux Etats-Unis. De fait, les Etats-Unis seraient finalement vainqueurs de la guerre de Corée originale dont les combats ont eu lieu de 1950 à 1953.

guerre - Jim Rickards - bourse au quotidien

La Corée du Nord a également laissé entendre que toute attaque menée par les Etats-Unis entraînerait des bombardements massifs d’artillerie et de missiles contre la Corée du Sud et éventuellement contre des bases japonaises et américaines dans la région. Même si la Corée du Nord n’a pas encore fabriqué de missiles armés avec une bombe nucléaire, elle dispose d’une énorme puissance de tir avec ses missiles conventionnels et pourrait faire exploser un « dispositif » nucléaire même s’il n’a pas encore d’ogive nucléaire miniaturisée.

En fin de compte, les Etats-Unis et leurs alliés subiraient d’énormes pertes, humaines, matérielles, et économiques. La Chine pourrait se retrouver avec un régime pro-U.S. à sa porte, et le régime nord-coréen serait anéanti. Compte tenu de ces anticipations, toute « logique » indique que la guerre devrait être évitée. Ce ne serait pas difficile à faire. Si la Corée du Nord arrête de manière évidente son programme nucléaire, ses essais d’armes et engage le dialogue, les Etats-Unis seraient prêts à alléger les sanctions et offriraient des opportunités d’investissement et de relation commerciale.

Le problème est que la logique de la guerre diffère complètement de la logique d’optimisation. Elle s’appuie sur des évaluations imparfaites des intentions et des capacités d’un adversaire dans une situation réelle qui offre peu de temps pour réagir.

La Corée du Nord croit que les Etats-Unis bluffent. En partie en raison des précédents manquements américains à faire respecter la « ligne rouge » en Syrie, et en raison des énormes dégâts que subiraient la Corée du Sud, allié et partenaire des Etats-Unis. La Corée du Nord tient compte de régimes comme la Libye et l’Irak qui ont abandonné leurs programmes nucléaires et ont été renversés ; tout comme des régimes comme l’Iran qui n’ont pas abandonné leurs programmes d’armes nucléaires et n’ont pas été renversés. Elle en conclut que, vis-à-vis des Etats-Unis, la meilleure option est de ne pas abandonner un programme d’armes nucléaires. Ce n’est pas complètement stupide et irrationnel compte tenu de l’historique de la politique étrangère américaine au cours des trente dernières années…

Mais les Etats-Unis ne bluffent pas. Trump n’est pas Obama, il n’utilise pas la rhétorique pour le spectacle, il faut le prendre au mot. Les conseillers militaires du Cabinet de Trump, les généraux et les amiraux de l’armée sont aussi à prendre au sérieux. Aucun officiel américain ne veut prendre le risque de voir raser une ville comme Los Angeles. Les Américains ne permettront pas le moindre risque que cela se produise. L’administration Trump mettra fin à la menace nord-coréenne avant que les enjeux ne se soient élevés au niveau nucléaire.

Malgré la logique (meilleure) de la diplomatie et de la négociation, la guerre avec la Corée du Nord est en train d’arriver. C’est la logique de la guerre.

Pendant ce temps, la Bourse continue de se stabiliser sur des sommets. Il y a eu un léger recul dernièrement, mais rien de significatif par rapport au rally récent. Le marché boursier, qui est de façon flagrante en bulle, ne montre aucun signe ni de revalorisation… ni de baisse malgré cette terrible guerre en gestation.

Les actions sont poussées vers le haut par des performances à deux chiffres sur les revenus et les bénéfices d’une année à l’autre et par le pourcentage de sociétés qui ont battu les prévisions de résultats. Mais le jeu des prévisions est uniquement cela : un jeu. Les entreprises abaissent leurs prévisions pour pouvoir les dépasser systématiquement et donner un coup de fouet à leur action. Les comparaisons d’une année à l’autre sont bonnes, mais ce n’est que parce que 2016 était une année particulièrement faible pour les entreprises.

Ce qui influence réellement le prix des actions, ce sont les prévisions de bénéfices supérieurs année après année. C’est le grain à moudre qui forme les bulles. Les extrapolations actuelles de Wall Street concernant les bénéfices ne prennent en compte aucune guerre, aucune récession, aucun choc inattendu et aucun resserrement monétaire de la banque centrale. Ces quatre hypothèses peuvent être fausses, mais il suffit qu’une seule se vérifie pour que les scénarios « lunettes roses » des analystes de Wall Street soient perturbés.

Les investisseurs peuvent ne pas être en mesure de contrôler la logique de la guerre ou l’illogisme des bulles, mais ils peuvent contrôler leurs propres portefeuilles. C’est peut-être la dernière possibilité que vous avez de réduire vos positions longues sur les actions, d’augmenter votre allocation en cash, d’acheter de l’or (10% de vos actifs) et d’envisager d’autres actifs tangibles tels que les terrains, les objets d’art, l’argent métal et d’autres matières premières.

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

En savoir plus sur le service d’Intelligence Stratégique.

Un commentaire pour “La logique de la guerre”

  1. Bonjour,

    Votre analyse est erronée, car elle ne tient absolument pas compte de la position de la Chine sur le sujet. La Chine a déjà fait part de sa position (cf éditorial Global Times). 2 cas de figure : si c’est la Corée du Nord qui attaque, la Chine ne bougera pas. Si les américains effectuent une attaque préventive (une guerre d’agression, en fait), la Chine interviendra directement, et de façon musclée dans le conflit. Dans tous les cas de figure et en cas de conflit, Séoul est rayée de la carte du monde. Ceci fait du statut-quo la situation la plus probable. On se focalise sur les missiles balistiques, mais la Corée du Nord dispose d’une flotte conséquente de sous-marins et il est aisé par exemple d’infiltrer un agent équipé d’une bombe A en le déposant discrètement sur une plage, sans parler de la guerre maritime ou de l’envoi de missiles de croisières depuis ces sous-marins.

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