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L’Italie met les pieds dans le plat : les marchés sont « al dente »

Par Gilles Leclerc30 Nov 2016

Mais pourquoi diable ce référendum italien portant sur la constitution italienne et le pouvoir du gouvernement arrive-t-il à inquiéter le secteur bancaire Italien et… les marchés en général ?

En fait, c’est un jeu de taquets.

Le référendum vise à réduire le nombre de sénateur et donc à réduire le pouvoir du Sénat et à augmenter celui du gouvernement. Si le référendum est rejeté, alors il est probable que Matteo Renzi démissionnera. Dans ce cas, il faudra une fois de plus former un gouvernement de transition. Et l’Italie devra se trouver un nouveau Premier Ministre. Une période de transition est synonyme d’incertitude, de blocages et de probable inaction.

Hier, Jérôme Revillier vous proposait d’ailleurs un excellent condensé de la situation politique et de ses implications dont je vous recommande la lecture.

Or ce referendum arrive à un très mauvais moment : les banques italiennes vont (une fois de plus) devoir faire appel au marché pour se recapitaliser. Mauvaise gestion, excès de spéculation, prêts accordés sans respecter les règles prudentielles les plus élémentaires… Bref, de la « bonne finance » comme nous en avons (malheureusement) l’habitude.

Monte dei Pashi (BMPS) à elle seule devait officiellement avoir besoin de 5 Mds€ à court terme. Et certainement beaucoup plus moyen terme car elle détient des prêts irrécouvrables à hauteur de 50 fois sa capitalisation (vous avez bien lu).

Maintenant, accrochez-vous

Pour essayer de se sortir de là, Monte dei Pashi a un plan génial : il consiste (entre autres) à lancer une opération de conversion d’obligations en actions. Et pour les refourguer à qui (respirez profondément et détendez-vous) ? Les principaux souscripteurs de cette augmentation de capital sont : Deutsche Bank, HSBC ou encore JP Morgan… Un joli brelan d’as (de la finance) donc. Avec en tête la Deutsche Bank, la banque systémique par excellence et qui est en train de jouer sa survie en essayant de négocier l’amende record infligée par la justice américaine !

[Ndlr : Rappelez-vous, Jim Rickards vous avait déjà parlé de ce scénario début septembre, anticipant qu’avec ce référendum italien, c’est BMPS et Deustche Bank qui étaient ébranlées… et pouvaient mettre à sac tout le secteur bancaire. De toute évidence, le scenario est en train de se dérouler comme Jim l’avait anticipé. La suite ? Jim et ses équipes d’analyste anticipent un cours de 1 à 5 $ pour la Deustche Bank. La bonne nouvelle, il vous explique comment en profiter et jouer ce trade].

Il faut dire qu’échanger des obligations qui risquent de ne rien valoir à terme – la banque est quand même en situation de faillite – contre des actions d’une entreprise – qui est en train de faire faillite –, ça a au moins le mérite de faire durer le suspens et de faire tourner le commerce.

Bref. Un « non » au référendum pourrait remettre en question et faire avorter le plan de renflouement de Monté dei Pashi, les banques trouvant là un prétexte pour se retirer car jugeant trop risqué de s’investir dans ces conditions. (La bonne excuse, vous l’aurez compris. Car ni elle – ni vous, ni moi d’ailleurs – n’avons envie de renflouer une banque qui fait faillite). Un « non » au référendum pourrait remettre en question le programme, les banques pourraient trouver plus risqué d’intervenir que de ne pas le faire. « L’augmentation de capital des banques italiennes prévue juste après le référendum pourrait être encore plus difficile qu’actuellement en cas de victoire du non » prévient Lorenzo Cordogno, ancien chef économiste au Trésor italien.

La participation probable au pouvoir de partis ostensiblement hostiles à Bruxelles étant loin de les rassurer. Sans le soutien de Bruxelles et de la BCE, cela pourrait donc très mal tourner pour les banques, leurs actionnaires et malheureusement leurs clients.

Pas étonnant que les marchés soient nerveux.

BUS

Bref, ça risque de secouer sur les marchés dès Lundi prochain. Et il faut s’y préparer.

Voici donc un petit plan de route.

  • Première chose : avant le vote, ne pas spéculer sur la réaction des marchés qui peut être imprévisible. Les mouvements liés au « Brexit » et à l’élection de D. Trump en sont les preuves.
  • Deuxième chose : ne surtout pas surréagir ni se précipiter dans les premiers jours. Surtout si cela se passe mal et que le peuple a encore un fois « mal voté » (décidément, ce peuple… !). En cas de « non », comptez sur nos « élites » politiques pour intervenir et contrer au mieux les répercutions – d’ailleurs, ça a déjà commencé. Hier Mario Draghi a annoncé que la BCE se tenait prête à racheter des obligations italiennes dont le taux du 10 ans se tend dangereusement.
  • Troisième chose : à partir d’où et de quand intervenir sur les marchés ? La réponse, ou tout du moins une réponse, nous est donnée par le graphe long terme de l’indice Italien (le FTSEMIB) pour lequel j’ai réalisé un cadrage graphique.

Comment se préparer aux réactions des marchés

MIB

Depuis le printemps 2015, le FTSEMIB a décroché de plus de 35% et s’inscrit dans un canal de tendance baissière : c’est le canal rouge.

L’indicateur de momentum (le Stochastique Momentum Index, le SMI) vient de se retourner à la baisse (flèche orange) au moment où les prix étaient au contact de la résistance de ce canal.

De plus, la résistance horizontale rouge (« R ») des 18 000 pts a été nettement enfoncée. Le prochain support, intermédiaire, se situe à 15 000 pts (segment vert pointillé). Et vue la configuration graphique et technique, il devrait être atteint assez facilement.

Sauf que l’analyse technique, ça marche très bien à condition qu’une « nouvelle » ne vienne pas complètement changer la donne sur le marché – or c’est ce qui risque de se passer.

Donc, ma position sera donc la suivante :

Pour le FTSEMIB (et pour le CAC40) : stand by jusqu’à lundi et le résultat du référendum.

  • En cas de bonne surprise, le premier obstacle à franchir sera la résistance du canal baissier (rouge). Ce ce serait alors un signal d’achat… que je ne suivrai en AUCUN CAS ! Pourquoi ? Parce que juste au-dessus, à seulement 5%, se situe LA résistance « R » de très long terme des 18 000 points. Le risque serait immense de voir le FTSEMIB aller la toucher et se retourner ensuite. Donc : en cas de bonne surprise, on ne fait rien.
  • En cas de « non » au référendum, alors je surveillerai attentivement tout signal technique haussier qui apparaitrait sur le support des 15 000 pts. Là il y aura peut-être un trade de court terme à jouer.
  • Pour finir, ce n’est qu’en franchissant la résistance des 18 000 points que la dynamique du FTSEMIB passera de baissier à neutre.

Voilà. Pour le moment, l’objectif était simplement de bien baliser le terrain de manœuvre et cibler les niveaux potentiels d’interventions.

Si les signaux de rebond ou de renversement se matérialisent sur les niveaux ciblés, je reviendrai vers vous pour un plan de trade précis. Sans doute pour jouer le mouvement avec des trackers. Je vous communique d’ores et déjà une liste de quelques trackers pour jouer les mouvements de l’Italie. Une grand partie est non seulement éligible au PEA, mais permet aussi de shorter le FTSEMIB.

TRACKERS

photo auteur

Gilles Leclerc

Gilles a tout d’abord commencé dans la grande finance. Avec un MBA de la prestigieuse université américaine de Hartford, il a ensuite intégré la direction Financière IBM Europe et ensuite d’IBM Corporation (headquarters mondial). Puis, peu à peu, la passion boursière le gagnant, il s’est tourné vers les activités de trading.

Cela fait maintenant 20 ans que Gilles trade sur les marchés et il se consacre exclusivement à cette activité depuis une dizaine d’années.

Dès 2008, il fut l’un des premiers à pressentir les modifications profondes qu’allaient occasionner l’utilisation intensive des algorithmes sur les marchés financiers ; il a su s’adapter en mettant en place de nouvelles stratégies de trading répondant à ce nouvel environnement. Il créa donc son propre système de trading tout à fait spécifique et basé sur des concepts innovants.

De façon à prouver la validité de son approche, il reste l’un des rares traders/analystes à poster régulièrement ses prises de position en « Live » sur un site d’Analyse Technique de renommée ( Univers Bourse ) où il partage l’intégralité sa méthodologie.

Il intervient désormais dans La Bourse au Quotidien afin de partager son expérience et de proposer ses analyses et sa méthode au plus grand nombre.

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