L’hypocrite réponse de Mario Draghi à une épineuse question

Rédigé le 5 mars 2015 par | Apprendre la Bourse, Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

Délectable « non réponse » de Mario Draghi à une question que l’on aurait pu croire posée télépathiquement par la rédaction d’Agora (et pas uniquement par votre serviteur) :

« Monsieur Draghi, ne craignez-vous pas que des taux de rendement devenus négatifs ne profitent qu’aux institutions les plus riches qui travaillent avec la BCE  (et qui engrangent de formidables plus-values obligataires) et continuent d’appauvrir les épargnants qui se trouvent privés de rémunération ? Ne craignez-vous pas que les marchés ne génèrent que des bulles d’actifs ? ».

Réponse : « La politique de la BCE fonctionne car elle a permis de réduire la fragmentation des dettes européennes, ceci a des effets qui profitent à tous ».

Mais quels au juste sont ces effets ?  

On dira : les épargnants, les entreprises voient chuter le coût des emprunts et ces économies peuvent être réinvesties dans l’économie réelle.

Bien, bien, bien… mais attendez, il y a là une escroquerie intellectuelle !

Pourquoi, dans une économie soi-disant en croissance, faudrait-il s’endetter pour profiter des opportunités du moment ? Est-ce que les chômeurs, les travailleurs pauvres, les classes moyennes qui ont du mal à boucler les fins de mois peuvent emprunter… ? Et si jamais les banques se montraient prolixes, à quel taux leur prêt leur serait-il permis ?

Et ceux qui engrangent des plus-values boursières ont-ils besoin d’emprunter ?

Non, ils n’en ont pas besoin mais c’est une stratégie payante : emprunter entre 3 mois et 5 ans rapporte de l’argent en Allemagne sans risque de change pour un investisseur européen.

Donc, les plus riches sont incités à s’endetter non pas pour acheter une maison ou une voiture (ils ont déjà plusieurs bien immobiliers et une flotte de véhicules) mais pour spéculer sur les marchés, et les entreprises peuvent emprunter pour redistribuer à coût nul (voire négatif) du dividende (surtout si les profits stagnent) ou racheter leurs propres titres.

Les 80% de la population qui ne sont pas éligibles à des prêts pour jouer en bourse vont-ils tirer le moindre avantage de la situation que la BCE a créé ?

Mario Draghi explique simplement que s’endetter enrichit les emprunteurs… les plus riches. Merci pour cette utile mise au point.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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