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L’homme, cette espèce disparue de la planète finance au profit des algorithmes

Rédigé le 16 février 2017 par | Algos, Analyses indices, US Imprimer

Mercredi soir, le Nasdaq était vraiment le roi du bal des algorithmes avec une progression de type funiculaire, aussi régulière qu’inexorable. L’intervention humaine n’est même plus supposée tant le profil de la séance reflète le monopole de l’intelligence artificielle et autres algorithmes appliquée aux transactions boursières.

Vous l’avez peut être lu ou entendu sur quelques médias financier mais nous nous sentons obligés de le mentionner en préambule : le Nasdaq inscrit sa plus longue série de records historiques consécutifs (7 d’affilée) depuis 1999.

Hausse algorithmique du Nasdaq

Nous rappelons également au passage que le nombre de « traders actions » chez Goldman Sachs a été ramené de 600 opérateurs en l’an 2000 à… 2 début 2017 (et nous supposons que sur l’obligataire et le FOREX, la réduction d’effectifs doit être du même ordre). Les 598 postes de « traders actions » supprimés ont été remplacés par des automates/robots conçus et supervisés par 200 informaticiens de haut vol (profil polytechniciens ou assimilé) qui travaillent sur l’ultra-vitesse, l’ultra-réactivité ou l’intelligence prédictive.

L’intelligence prédictive en trading ?

Oui, elle repose sur la collecte, le recoupement et l’interprétation en temps réel de millions d’informations dans toutes les langues, sur tous les médias économiques et sur tous les réseaux sociaux… puis traduit ces « nuages d’imputs » en autant de paris spéculatifs sur un titre, un secteur, une tendance.

Les robots sont effectivement beaucoup mieux informés que ne le sera jamais le mieux renseigné des opérateurs sur actions, doublé du plus doué des chartistes. Et même si un super-trader quasi omniscient existait, il serait de toute façon devancé et battu à plate couture par le trading hyperfréquence.

Oui, les algos sont sursaturés d’infos et de bases de données concernant des milliards de graphiques et de séquences techniques antérieurs, mais ne détectent ni les excès (notion subjective), ni ce que le cerveau humain perçoit comme surréaliste. En matière de trading, le comble de la rationalité débouche sur la folie, parce que la seule référence des algos, c’est le prix. Ils ne se mêlent pas de déterminer si le prix correspond à une valorisation cohérente : seule leur importe la tendance.

Ces 7 records consécutifs du Nasdaq sans même le moindre gonflement des volumes témoignent de la prise de contrôle totale du marché par les algorithmes et de la capitulation de tout comportement contrarien. Plus ça monte, moins il a de vendeurs – voire plus aucun au bout d’une semaine.

Le Nasdaq prend +12% en 100 jours, élection de Trump

Le Nasdaq affiche désormais +12% depuis l’élection présidentielle du 8 novembre 2016. Cela fait pile 100 jours. Nous sommes saisis de vertige. +0,12% par jour. Cela nous donne une progression annuelle de 43,6%.

Mais nous savons d’expérience que tout est possible à l’occasion d’un coup de folie passager de type dot.com… Celui-ci mériterait d’être baptisé dot.Trump.

Alors oublions un peu l’emballement des 8 derniers jours (week-end inclus) pour analyser ce qui s’est passé ces 8 dernières années.

Quelques points de comparaison  pour évaluer la hausse du Dow Jones

Dans 3 semaines, le 6 mars prochain, les marchés célébreront le 8ème anniversaire du rebond depuis la crise des subprimes ; rebond qui se poursuit et accélère depuis 2 mois.

Si les scores devaient en rester là, le Dow Jones aurait progressé de +14 150 Pts depuis son plancher des 6 470. Autrement dit, le Dow Jones vient de gagner en un peu moins de 8 ans ce qu’il avait gagné depuis le 26 mai 1896, date de sa première cotation à… 41 point. Autre façon de le dire : le Dow Jones a été multiplié par 3,18 de l’indice en 8 ans.

La précédente plus forte hausse historique du Dow Jones a eu lieu  entre  fin novembre 1994 et le 14 janvier 2000. Le Dow Jones est passé de 3 740 à 11 750 points ;  sa capitalisation a donc été multipliée par 3,142.

algos : Historique du Dow Jones depuis 1915

Autre comparaison intéressante. Le Dow Jones réalise un parcours fulgurant depuis fin août 2015 : il engrange +33% en 17 mois. Que s’était-il passé en 2006/2007 ? Parti de 10 700 points fin juin 2006, il grimpa également de +33% pour établir son précédent record à 14 200 Pts 16 mois plus tard.

Nous ne savons pas si les robots sont conscients de ces extrêmes en terme de performance mais il est à peu près certain cela ne leur fait rien – contrairement à nous.

L’homme, cette espèce disparue dans l’univers du trading

Les performances du passé ont été réalisées à l’ère d’opérateurs de chair et de sang, prisonniers de leur psychologie quasi primitive. Cette époque est finie, révolue depuis 2009 (elle était déjà en voie de disparition en 2006), remplacée par un cocktail de flux et d’algorithmes.

Depuis janvier 2009, les banques centrales injectent du carburant monétaire, les robots répartissent cette manne au mieux des opportunités de retour sur investissement, lesquelles sont calculées non pas en fonction des projections de bénéfices sur les prochaines années mais en fonction des événements graphiques survenus il y a 3 centièmes de secondes puisque c’est à cette échelle de temps que travaillent les algos.

A force de tordre toutes les forces du marché à coup d’injection de liquidités, la gestion du risque a été totalement subvertie et son évaluation rendue inefficiente.

Alors, un Dow Jones multiplié par 3,18 en 8 ans, un S&P500 par 3,5 et un Nasdaq par 4,6, cela n’impressionne pas une machine ni les ingénieurs qui la programment et pour lesquels la Bourse, les entreprises, ne leur évoquent pas grand’chose.

De leur point de vue, la Bourse, c’est un jeu vidéo. Les actions, les indices, les matières premières, ne sont que des lignes de codes, pas des entités à structure humaine, enracinées dans notre monde sensible.

Les marchés cybernétiques sont une caricature d’une « main invisible » tout juste capable de tirer les cours vers des prix toujours plus élevés et de s’autocélébrer comme la grande créatrice de richesse.

Jusqu’à ce que la machine se retrouve confrontée à plus déconnecté du réel qu’elle ne peut l’être. Cela pourrait le prochain banquier central, un clone de Kerviel…  ou Donald Trump.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

5 commentaires pour “L’homme, cette espèce disparue de la planète finance au profit des algorithmes”

  1. Encore un article intéressant qui pour une fois aborde une dimension rarement évoquée dans les marchés, merci.
    On se dit qu’il n’y a plus de confrontations entre acteurs bull&bear mais seulement un mouvement dominant, qui à tout moment fera preuve d’autant d’irrationalité dans sa chute (oublions la correction…) que dans sa hausse programmée…

  2. Bonjour Philippe, pour gagner de l’argent en bourse, il faut vendre plus cher ce que vous avez acheté; donc ma question est : pour gagner il faut prendre des bénéfices, donc à qui les algos ( robots) vendent , puisqu’il n’y a plus d’acheteur et gérants physique en face
    merci pour votre réponse
    Pierre

  3. Il ne reste plus qu’à intégrer les indices de marché dans le PIB et les apparences seront sauvées.

  4. 🙂 excellent idée !

  5. Bonjour, le marché Américain ‘(DOW JONES) ne semble pas vous ‘inspirer beaucoup ? pourquoi ?? je suis Franco-Canadien, et , bien sur , je travaille beaucoup avec cette Plce. Salutations . AC

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