L’heure de la capitulation approche…

Rédigé le 11 mars 2008 par | Analyses indices, Autres indices, US Imprimer

Les indices boursiers dérapent sur les 5 continents depuis le 27 février dernier et les pertes cumulées avoisinent -9% en Europe et -8% en Amérique du Nord.

Après deux semaines de repli consécutif, la dynamique baissière ne perd rien en intensité et si les causes vous sont connues (subprime et dépréciations d’actifs en série, stagflation, credit crunch, dégradation du marché du travail aux USA, flambée du pétrole…), il importe de déterminer si les dernières évolutions indicielles constituent ou non une rupture par rapport à la situation de crise observée du 18 au 25 janvier dernier.

Tous les supports majeurs sont cassés Le doute n’est plus permis : tous les supports majeurs ont été cassés en cascade ce lundi 10 mars : – le S&P-500 dévisse sous les 1.310 points (testé 22/23 janvier 2008) puis les 1.290 points (plancher du mois d’août puis septembre 2006) – le Dow Jones passe sous les 11.970 points, sa plus basse clôture de l’été 2007, – l’Eurotop-100 sous les 2.650 points (même cas de figure), – et le CAC40 sous le plancher des 13 et 14 juin 2006 (respectivement de 4.615 et 4.617 points.

Paris vient effectivement d’inscrire sa plus mauvaise clôture, non seulement de l’année 2007 mais également depuis le 30 novembre 2005… dans des volumes singulièrement peu étoffés de 5,4 milliards d’euros. Bizarre quand nous sommes dans un contexte de rupture de seuil de soutien moyen terme

Peut-être les bears se montrent-ils prudents alors que le CAC40 gravite entre 1 et 1,5% de son plancher annuel des 4.505 points. La marge de gain supplémentaire apparaît désormais plus réduite en comparaison du potentiel de baisse libéré le 4 mars dernier par la sortie par le bas du corridor 5.000/4.680 points donnant un objectif de 4.350 points qui correspond à un retracement de 50% des gains accumulés entre la mi-mars 2003 et la mi-juillet 2007.

Les valeurs moyennes, indicateur de la peur Un signal plus négatif nous parvenait en revanche du compartiment des valeurs moyennes qui ont plongé de -1,85% ce lundi : la défiance vis-à-vis des valeurs de « milieu de tableau » constitue un indicateur avancé de la peur, laquelle pousse les gérants à se débarrasser en priorité des titres les moins liquides en prévision d’un nouvel alourdissement de la tendance.

Si le recul du CAC40 lundi soir apparaissait peu spectaculaire, nous avons noté avec beaucoup de curiosité l’apparition d’un « trou d’air » à -1,65% à moins d’une demi-heure du coup de cloche final… et qui s’apparentait à test de la « profondeur » des carnets d’ordre (ce qui pourrait s’avérer utile très prochainement, en cas de test « plus appuyé » des 4.500 points).

La fragilité technique du marché est confirmée par la fragilité psychologique des opérateurs Les opérateurs sont prêts à prendre en considération toute rumeur d’origine douteuse de dépréciations d’actifs — mais qui devient crédible dans le climat actuel. UBS devrait inscrire 6 milliards d’euros de provisions supplémentaires pour couvrir les pertes sur son portefeuille de créances titrisées.

La peur d’une rafale d’abaissement de la notation des principaux rehausseurs de crédit américains ressurgit alors que la dead line de la mi-mars se rapproche sans que des progrès significatifs aient été accomplis en matière de recapitalisation.

Et les spécialistes du crédit hypothécaire sont à leur tour emportés par la tourmente alors que les incidents de remboursements se multiplient de façon exponentielle. Le prix moyen des maisons chutait de -10% à -12% en rythme annuel aux USA début mars sur fond de marasme de l’activité immobilière… Alors que la période actuelle est généralement considérée comme la plus porteuse avec un pic de signatures intervenant traditionnellement de mi-février à mi-avril.

L’aversion au dollar commence Et comme si les signaux de récession économique ne suffisaient pas, les craintes de voir la FED contrainte de différer — ou de suspendre — son cycle d’assouplissement monétaire ressurgissent avec la flambée du pétrole qui pulvérise un nouveau zénith historique sur le NYMEX (à 107,85$).

De grosses masses de liquidités se détournent des emprunts émis par les entreprises du secteur privé (et notamment par les spécialistes des LBO) pour venir s’investir sur les marchés de matières premières qui bénéficient d’une belle « impulsion directionnelle ».

Mais l’élément technique et macro-économique qui nous semble le plus décisif depuis le vendredi 7 mars (et la publication des chiffres de l’emploi US), c’est la chute du Dollar sous le palier des 102 face au Yen (qui culmine à 101,7$). Elle traduit sans conteste l’inversion massive des positions de type carry-trade et une fuite des détenteurs de Dollar vers des zones économiques jugées moins sujettes au risque de stagflation que les Etats-Unis.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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