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Les taux allemands : fin d’une ère

Par Jérôme Revillier05 Oct 2016

Je voudrais aujourd’hui évoquer le cas du Bund allemand qui est, peut-être, l’un des supports les plus intéressants à travailler.

Mais avant tout, rappelons quelques notions de base quand vous tradez les obligations d’Etat.

Une obligation est une créance que vous achetez (vous prêtez de l’argent) contre un coupon de rendement distribué chaque année.

Dans le monde des bisounours, un pays en bonne santé économique vous délivrera moins de rendement qu’un pays en difficulté : le risque que vous prenez est moins important.

Dans le monde des bisounours (il y a un copyright ?), même un pays en bonne santé vous paie convenablement pour lui prêter de l’argent, car il y a normalement un peu d’inflation.

Retour au monde réel

Les taux sont globalement bas dans tous les pays bien notés par les agences (oui, les mêmes qui ont longtemps considéré la Grèce comme un pays sain. Des visionnaires).

Donc aujourd’hui, à moins de prêter à un pays en faillite (mal noté) et lié à un risque maximum, vous devrez vous contenter de prêter de l’argent à des pays en faillite (oui mais bien notés – cocorico) qui ne vous rapporteront rien.

Ah pardon. Je corrige…

Non, en fait aujourd’hui, grâce aux taux négatifs, vous devez payer pour prêter votre argent (hmm…) à des pays qui sont en faillite ou proche de l’être. (En plus, si avez la chance d’habiter l’un de ces pays, vous risquez en plus de vous faire piquer vos économies pour renflouer les caisses et faire face à la faillite).

(Vous commencez à comprendre pourquoi investir à moyen-terme dans quoi que ce soit ne m’intéresse pas… et que je préfère les allers-retours rapides).

Ajoutons à cela les mesures de QE de la BCE assèchent le marché par sa demande et que l’inflation ne repart pas (encore) : vous avez des taux négatifs qui deviennent la norme.

Comment des taux peuvent devenir négatifs ?

Si la phrase « vous devez payer pour prêter votre argent » ne vous a pas choqué, vous devez consulter très vite : ils vous ont retourné le cerveau.

Pour expliquer les taux négatifs, on a une forte demande de la BCE qui rachète tout (avec de l’argent qu’elle créé) et de nombreuses institutions financière qui sont obligées d’être engagées et de respecter les règles prudentielles : elles sont à la recherche de placement et de sécurité (aversion au risque) théorique.

Disons-le autrement.

Les liquidités créées par la BCE vont vers les obligations d’Etats pour obliger les investisseurs à aller sur des actifs plus risqués.

Mais comme les fondamentaux économiques sont dans le rouge (bon, ok, orange bien mûr), et que le risque augmente sur les actifs risqués (vous suivez ?) les investisseurs institutionnels préfèrent quand même perdre de l’argent de manière organisée (en étant positionnés sur le bund par exemple) que risquer d’en perdre de manière plus hasardeuse.

En clair, aujourd’hui des institutions financières sont obligées d’investir à perte dans des obligations d’Etat qui présentent un risque grandissant étant donné les dernières secousses du système financier et du risque systémique qui pèse.

Vous le voyez le problème, là ?

Le fonctionnement du marché obligataire est simple : plus les taux sont bas, plus le prix facial de l’obligation monte.

En effet, une obligation à 10 ans qui rapporte 2% achetée en 2014 sera vendue plus chère qu’une nouvelle obligation émise en janvier 2015 qui rapporte du 0.5%. Il est en effet logique de payer plus chère une obligation qui rapporte plus que le taux actuel.

Comme vous le voyez sur ce graphique, les taux allemands à 10 ans ont plongé sous le seuil de 0% (jusqu’à -0,20%).

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Logiquement, les contrats future sur le prix de l’obligation ont grimpé en flèche.

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Les mouvements du contrat sur le Bund étaient jusque-là très liés à l’appétit pour le risque sur le marché action : quand les investisseurs allaient sur les actions (appétit pour le risque) , les taux allemands remontaient et le contrat Bund baissaient aussi.

L’inverse étant vrai : si les taux baissent, le contrat remonte, et on sait que c’est un signal précurseur d’un marché actions qui risque de consolider.

Nous allons donc voir aujourd’hui comment trader le Bund justement.

Le Bund présente en ce moment ce qui est la configuration technique la plus propre de ces dernières semaines : un overlap multiple.

Après la cassure d’un support oblique ascendant vers 165.50, le Bund (future decembre 2016), le Bund a trouvé un support vers 162.50 pour rebondir. Il est donc revenu buter sur l’oblique qui est désormais devenue une résistance.

Mais ce n’est pas tout. Ce niveau correspond également à un support / résistance horizontal.

Le Bund est donc actuellement coiffé par deux résistances, qu’il sera difficile de déborder (flèches bleue et rouge sur les niveaux de prix actuels).

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Pour moi, la cassure de l’oblique a validé la fin d’un cycle et le rebond actuel est une opportunité de vendre le contrat pour corriger l’excès actuel et les taux négatifs.

Aidé par le cas de la Deutsche Bank (qui illustre la fragilité sous-estimée de l’Allemagne, pays très exposé au ralentissement chinois), et par un possible rebond de l’inflation malgré les agissements de la BCE, la perte de crédibilité du Bund pourrait ouvrir des opportunités.

Ma stratégie ? Chercher à vendre le Bund entre 166.60 et 165.50 ou, si l’accélération survenait plus tôt, sur cassure des 164.60 pour viser un retour sur 160 qui ne pourrait être que la première jambe d’un mouvement d’envergure.

Allez, courage hein ! et bon trade !

Jérôme

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Jérôme Revillier

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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