Les révélations de la BCE sur des fuites et des manipulations de marché

Rédigé le 3 mai 2016 par | BCE, Indices, sociétés et marchés, Statistiques et données macro, Taux & Devises, Toutes les analyses Imprimer

Vous avez peut-être pris connaissance du communiqué de lundi signé de la BCE. Selon ses observations sur une longue période s’étendant de 2008 à 2014 « certains indicateurs macro-économiques aux États-Unis pourraient avoir fuité avant leur horaire officiel de publication, entraînant des dérapages de cours qui trahissent des mouvements de marché par anticipation ».

Les révélations fracassantes de la BCE sur des fuites et des manipulations de marché ? Un simple écran de fumée ?

Traduit en langage Bourse au Quotidien cela donne :

« Cela fait 6 ans que nous regardions sans rien dire quelques tricheurs manipuler les marchés et s’en mettre plein les poches (à coup de dizaines de Mns$ par délit d’initié), mais comme cette info n’allait pas tarder à fuiter elle aussi, nous avons préféré prendre les devants. »

Combien de temps allons nous devoir attendre avant que la Fed révèle symétriquement que les statistiques européennes donnent également lieu à des manipulations de cours sans vergogne ?

Les dîners privés de la BCE

Mais tout ceci n’est qu’un écran de fumée car le véritable scandale, ce sont ces dîners privés et en cercle très restreint organisés par des membres de la BCE pour discuter de certains aspects économiques avec des interlocuteurs compétents.

Ce sont presque exclusivement des banquiers et il ne faut pas être grand clair pour deviner qu’en fonction des sujets abordés, la future ligne de conduite de la BCE doit être aussi prévisible que le passage d’un train lorsque les barrières d’un passage à niveau commencent à s’abaisser.

Ce genre d’entretiens en petit comité, cela vaut toutes les fuites du monde : les profits à la clé ne se chiffrent plus en millions mais en milliards d’euros pour ceux qui savent non seulement décoder le discours, mais également cerner le calendrier des banquiers centraux.

La BCE met l’accent sur des fuites profitant à des privilégiés

Mais il fut un temps où « on » pouvait acheter les rapports de la Fed deux secondes avant leur publication officielle (le temps d’être lu et analysé 120000 fois par des logiciels sémantiques associés aux robots traders déclenchant des achats ou des ventes massives d’instruments financiers).

L’escroquerie était électronique… mais elle était légale, accessible à quiconque pouvait la payer au prix fort auprès de l’entreprise (mais oui, privée) chargée d’en assurer la diffusion auprès du public (faut rester sélectif quand même) !

Le scandale a fait grand bruit et ce « geste commercial » a fini par être interdit.

Donc, selon la BCE, on en reviendrait à de la bonne vieille corruption, aux fuites organisées au profit d’un tout petit nombre… bref à tout ce qui dégoûte l’actionnaire d’opérer sur des marchés à 2 vitesses depuis 20 ans ?

Mais de la manipulation de cours à grande échelle, coorganisée par les Banques centrales et leurs principaux « partenaires » du monde de la finance… de cela il ne saurait être question !

Cela me rappelle la candeur de Goldman Sachs révélant en 2009 qu’un de ses programmeurs du nom de Sergei Aleynikov avait « volé » certains algorithmes (qu’il avait en fait lui-même conçus avant d’accepter une offre d’emploi plus alléchante de la part d’un concurrent) qui « auraient pu permettre de manipuler les marchés s’ils étaient tombés entre de mauvaises mains » (on en tremble encore !).

Goldman Sachs avait obtenu en quelques heures que le FBI, la CIA, la NSA conjuguent leurs efforts pour repérer, capturer et mettre en prison le programmeur, alors inculpé de vol, de recel de secrets industriels (son propre logiciel de trading), de mise en danger de la sécurité de l’Etat… Autant de charges qui seront totalement balayées lors du procès qui s’était tenu 11 mois plus tard, l’accusé ressortant totalement blanchi.

Mais Goldman Sachs s’était ainsi assuré 11 mois d’exclusivité sur l’exploitation du logiciel magique. C’était le but de la pluie de fausses accusations… 11 mois qui n’avaient pas de prix, le coût du procès diffamatoire – naturellement perdu d’avance – étant totalement dérisoire.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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