Les reclassements reprennent de plus belle…

Rédigé le 9 octobre 2015 par | Cac 40, Toutes les analyses Imprimer

À quoi sert un reclassement

Si vous détenez une part significative d’une société de taille importante et que vous désirez vous  délester d’une partie ou de la totalité de vos actions, alors vous passerez en général, par un reclassement, de votre participation.

Qu’est-ce qu’un reclassement ? C’est le procédé qui consiste à confier à un intermédiaire financier le soin de replacer vos titres dans les mains de fonds plutôt que de vendre vos actions sur le marché. Pourquoi une telle solution ? Parce qu’une cession classique de titres risquerait soit de prendre du temps (si vous les vendez petit à petit), soit d’entraîner un net recul du titre en question (s’ils sont tous vendus d’un bloc).

Prenons l’exemple de Korian (FR0010386334 KORI), le spécialiste des maisons de retraite ou autres établissements médico-sociaux. Voilà que Covéa Finance décide de se délester de sa participation de 4,7%… Imaginons que la société de gestion veuille vendre ses titres sur le marché d’un bloc, elle aurait dû vendre 3,9 M d’actions sur le marché… Oui, vous ne rêvez pas… Or, il s’échange sur la valeur en moyenne 80 000 titres par jour. Il faudrait donc environ… 2 mois 1 semaine et 4 jours à Covéa Finance pour écouler tous ses titres, si elle ne voulait pas faire trop chuter leur prix en en inondant le marché.

Un 4ème trimestre commençant sous le signe des reclassements

C’est à ce même procédé qu’ont eu recours Charterhouse et Chequers Capital, deux fonds de gestion qui, agissant de concert, ont décidé de céder 9,9% du capital de Elior (FR0011950732 ELIOR) le spécialiste de la restauration collective, grand rival, en France, de Sodexo (FR0000121220 SW). Ces 9,9% de participation représentent tout de même quelques 17 M d’actions, soit une valeur totale de 300 M€.

Ici encore, même constat : il s’échange en moyenne 250  000 titres par jour. À ce rythme, les fonds auraient mis environ soixante-huit séances de Bourse pour effectue leur vente. De même, cela aurait plutôt été une mauvaise idée par le marché pour tout vendre en une journée : une vente aussi massive aurait pu déboucher sur un véritable « bain de sang », un effondrement des cours du titre. Les deux fonds de gestion ont donc très raisonnablement préféré mandater la Deutsche Bank et Nomura pour placer ces titres…

Charge aux deux banques de trouver des investisseurs qui acceptent de payer des titres avec une légère décote par rapport aux cours boursiers. Les placements privés sont réalisés sous le dernier cours coté pour favoriser l’absorption du papier par le marché. La difficulté étant de faire rêver les nouveaux investisseurs avec une potentielle plus-value rapide. Ne vous attendez toutefois pas à une braderie. Dans le cas de Korian, que nous évoquions en début d’article, le cours retenu était de 31,90 €, ce qui représentait une décote de 6,8% par rapport au cours de clôture de lundi soir, avant l’opération de reclassement.

Enfin, le fonds souverain du Qatar vient lui aussi de décider de vendre 1,1% du capital de Vinci (FR0000125486 DG) sur ses 5% détenus, en confiant le book à la Société Générale. Mauvais signe pour Vinci ? Il faut savoir que le fonds a tout de même rassuré les investisseurs en expliquant être soumis à un engagement de conservation de 90 jours. Faut-il y voir pour une opportunité en tant qu’investisseur particulier ? À vrai dire, il est plutôt difficile en tant que « petit porteur » de participer à ce genre d’opérations, dans la mesure où il faut aller très vite et où les montants mis en jeu nécessiteraient une ribambelle de nouveaux investisseurs. Il est impossible d’effectuer en quelques heures de telles opérations. C’est pour cela que les grandes banques, qui connaissant parfaitement leurs clients institutionnels, n’ont souvent pas  grand mal à reclasser des montants importants en les répartissant entre quelques fonds. Le petit porteur n’a pas ainsi pas droit au chapitre… Mais, rappelez-vous la célèbre phrase de La Fontaine dans la célèbre fable les animaux malades de la peste : «  Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cours vous rendront blanc ou noir », ainsi en est-il trop souvent de l’investisseur particulier dans le milieu de la finance institutionnelle…

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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