Les opérateurs croient-ils au Père Noel Mario ?

Rédigé le 5 juin 2014 par | Indices, sociétés et marchés Imprimer

Allez, chers lecteurs, plus que quelques heures de suspens et nous saurons si le marché a cru au Père Noël !

En fait, je ne suis pas sûr que le marché croie quoi que ce soit ou fasse le pari que la BCE va révolutionner la politique monétaire telle que les Américains ou les Japonais la conçoivent depuis près de 25 ans.

Depuis que le partage de la richesse a été profondément bouleversé au milieu des années 80 au détriment de ceux qui la produisent et au profit de ceux qui la captent sous forme de dividendes, le déficit structurel de pouvoir d’achat des ménages est comblé par le crédit. Ce qui a longtemps constitué une béquille pour les consommateurs peu fortunés est maintenant devenu la raison d’être de tout le système économique.

Le crédit est devenu la matière première des marchés, l’alpha et l’oméga… et grâce aux banques centrales, plus il y a de dettes, plus le risque de solvabilité s’accroît, moins il y a de rendement.

Si le crédit était un étudiant qui prépare son BAC, plus son niveau chute en maths, en anglais, en informatique, plus le conseil de classe mise d’argent sur lui… alors que ses chances d’intégrer une grande école puis de faire une brillante carrière chez Google ou Amazon sont quasi nulles.

Les agences de notation attribuaient en 2006 un AAA à n’importe quel package de créances pourries. Aujourd’hui, n’importe quelle dette d’état à haut risque, n’importe quel junk bond voit son prix la situer dans la catégorie d’un AA ou d’un AAA-.

Là où les optimistes voient les marchés baigner dans la béatitude éternelle de la morphine monétaire, je ne vois qu’addiction, perte de contact avec le réel et mode de vie proprement suicidaire. La morphine à haute dose provoque en fin de parcours une forme de coma puis génère une détresse respiratoire… Serait-ce ce à quoi nous sommes en train d’assister avec des marchés littéralement somnambuliques depuis octobre 2013 et carrément à bout de souffle depuis la mi-mai ?

Mais la BCE va nous réveiller tout ça, n’est-ce pas ?! Avec un nouveau cocktail de diverses drogues monétaires de sa fabrication ?

Elle va encore baisser ses taux, bien sûr ! Hum… les 10 précédentes éditions depuis 2009 n’ont rien donné, mais celle-là va fonctionner et la déflation sera vaincue.

Les opérateurs croient également en un arrêt de la stérilisation des achats de dettes souveraines par la BCE (au bas mot 160 Mds€… de quoi rajouter 10 Mds€ de liquidités par mois du 1er septembre 2014 au 31 décembre 2015). C’est juste que 85 Mds$ par mois aux USA + 50 Mds$ (équivalent Yen) n’ont pas réussi à restaurer une croissance durable en Amérique du Nord, ni au Japon. Mais les 10 Mds€ dont les opérateurs rêvent vont faire exploser les compteurs !

Rassurez-vous, ce ne sont pas les PIB ou les salaires qui vont se remettre à grimper, c’est le prix des actifs cotés… et c’est tout ce qui compte.

Que les épargnants soient symétriquement privés de rendement alors qu’ils supportent des risques sans précédent, cela fait partie de l’équation de base : ils n’ont qu’à se révolter contre cette escroquerie ; qui ne dit mot consent…

La sphère financière prouve depuis plus de 4 ans qu’elle peut totalement se passer d’une véritable création de richesse (les entreprises n’ont qu’à s’endetter pour distribuer des dividendes), plus encore de la création d’emplois (rendez-vous compte, la Fed a failli lier une hausse des taux à un seuil plancher en matière de chômage)… mais elle ne saurait se passer de liquidités. Et il lui importe peu qu’il s’agisse de fausse monnaie 100% numérique, d’un gonflement de l’encours  de dérivés de dettes immobilières (comme en 2005/2007)… Il lui faut juste toujours plus de collatéral pour couvrir des stratégies sur les 750 000 Mds$ de produits de taux ou de devises à effet de levier.

Donc je vous le redis : tout est à vendre à découvert, ou rien ne l’est… mais ne pas être couvert n’est pas une option (bis) !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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