Les démocrates mènent 2 à 1 face aux républicains

Rédigé le 23 janvier 2009 par | Autres indices Imprimer

Jamais au cours des 36 dernières années (et cela représente 10 cérémonies d’investiture) on n’avait vu Wall Street perdre plus de 1% un jour de prestation de serment. Les marchés ont eu — comme c’est la tradition — plus de deux mois pour se familiariser avec la nouvelle administration, son équipe, ses objectifs économiques, ses projets. Alors une chute de 5%, c’est absolument sans précédent dans l’histoire des Etats-Unis en de telles circonstances.

Lors de l’emménagement (puis après la réélection) de Bill Clinton et G.W. Bush à la Maison Blanche en janvier 1993 et 2001, la Bourse américaine avait plus que mollement réagi avec des écarts de respectivement -0,56%, +0,58%, +0,68%, -0,84% : bref, rien d’époustouflant. Et si nous élargissons un peu l’horizon, disons au premier trimestre des années de transition, Wall Street a gagné +3,5% puis +2,5% sous Clinton (démocrate) et perdu -16% puis -3% sous Bush (républicain).

Sur une période d’un an, les performances de Wall Street sont respectivement de +13,7% (1993), +22,6% (1997), -13% (2001), +3% (2005).

Sur le très long terme (disons 100 ans), les scores se rééquilibrent un peu mais les démocrates gardent nettement l’avantage avec une progression moyenne de +3,5% des indices américains la première année du mandat contre +1,8% pour les républicains (soit un score voisin de 2   1).

Aucun président démocrate n’a jamais vu son investiture « saluée » par une perte de 5% (le S&P a même dévissé de 5,3%). Mais il existe pour expliquer ce recul, des raisons objectives qui préexistaient au discours de politique générale — jugé dépourvu de nouveauté et qui n’annonçait pas de mesures supplémentaires de soutien au système financier américain.

Le secteur bancaire détient les clés de la tendance Wall Street reste tétanisé par le cas de Royal Bank of Scotland (RBoS), victime d’une perte qui pourrait se monter à plus de 36 milliards de dollars en 2008 et qui risque d’en passer par une nationalisation (enterrant les derniers espoirs des actionnaires). RBoS est victime de circonstances présentant plus d’une similitude avec celles qui ont envoyé au tapis Merrill Lynch, Washington Mutual, Bear Stearns, Wachovia, etc.

Où en sera la croissance dans six mois si les banques américaines s’effondrent ? Et si la récession se transformait en dépression ? De telles questions demeurées sans réponse expliquent la non-préservation des 8 000 points sur le Dow Jones, lequel s’est enfoncé jusque sous les 7 950 points pour la première fois depuis les 20 et 21 novembre 2008.

Le S&P a sombré de -5,2% le 20 janvier littéralement torpillé par l’effondrement des valeurs bancaires.

Quelques exemples vous parleront d’avantage qu’un long discours et vous comprendrez aisément en les découvrant que l’analyse technique est impuissante à prédire la suite des événements.

Les chartistes restent simplement vendeurs tant que les cours reflètent un « mode panique » des investisseurs, à l’image des -61% sur State Street (sur un profit warning), des -24% sur Suntrust et Well Fargo, -21% sur JP Morgan, -20% sur Zion Bancorp et Citigroup, -19% sur Goldman Sachs ou encore -19% sur Richard Ellis.

Les planchers de 2008 sont-ils réellement menacés ? Le S&P vient d’enregistrer sa pire clôture depuis le 21 novembre dernier, pulvérisant le palier des 816 points remontant au 1er décembre dernier. La cassure du plancher des 845 points des 10,27 et 28 octobre 2008 puis des 4, 13, 14 et 15 janvier 2009 invalide le scénario d’une reprise en tête-épaules inversée qui semblait pourtant possible compte tenu du redressement des indicateurs mathématiques de force relative en périodicité hebdomadaire depuis le 20 novembre 2008.

Le sursaut en direction des 940/945 points (cette résistance aurait pu constituer la ligne de cou d’une figure de retournement haussier en direction des 1 005/1 010 points) n’a pas eu lieu et c’est au contraire la rechute vers les abysses qui s’amorce le jour même où l’Amérique tourne officiellement la page de huit ans d’administration républicaine.

Les pertes du S&P ont atteint les -15% en neuf séances tandis que le bilan annuel 2009 ressort déjà négatif de 10,9%. La similitude avec le parcours du 1er au 22 janvier 2008 est plus que troublante, elle est même confondante puisqu’à 0,2% près, le S&P affiche strictement la même performance sur la période considérée.

Si l’histoire –qui ne se répète jamais– se mettait néanmoins à balbutier, alors l’indice pourrait reprendre +7% et retracer la zone des 860 points et en poussant plus loin l’analogie, le S&P devrait rejoindre les 890 ou les 900 points d’ici la mi-mai après avoir inscrit un plancher vers 785 points à la mi-mars (soit -13% en 10 semaines l’an passé).

Une noirceur qui nous est familière Et puisque nous sommes dans les comparaisons, la séquence de consolidation (entre 1 000 et 8 000 points) de fin septembre 2008 au 22 janvier 2009 nous rappelle furieusement celle observée — avec une échelle de temps un peu moins resserrée — entre mi-juillet 2002 et mi-mars 2003, avec une amorce de rebond début octobre 2002 en direction des 945 points fin novembre (exactement la même résistance que début janvier 2009) qui faillit capoter à partir de la mi-février 2003.

Tout comme à la mi-mars 2003, les graphiques, les indicateurs techniques, les ratios cours/volume, les moyennes mobiles nous hurlent de vendre et pour ceux qui l’ont déjà fait, de renforcer leurs positions sur des trackers bear. Nous n’allons pas vous passer tout l’arsenal chartiste en revue, sachez simplement que le tableau est horrible, à fuir !

Mais à pratiquement six ans de distance, nous retrouvons une noirceur qui nous est familière et une évidence des diagnostics qui éveille notre méfiance. Le verdict des analystes est tellement négatif (parce que tous leurs voyants sont au rouge vif) que toute anticipation positive relève de la gageure.

Mais comme nous l’écrivons souvent dans nos commentaires, méfiez-vous des consensus trop univoques et prenez-en le contre-pied. Et si vous êtes d’un tempérament prudent, attendez que le S&P ressorte du corridor 750/950 points pour prendre position : il y 200 points à prendre dans les deux sens. Et pour ceux qui seraient tentés de suivre le troupeau, un rebond sur les 800 points pourrait se terminer en jeu de massacre : ne restez short que si vous l’êtes depuis l’enfoncement des 1 500 points ou la cassure du support majeur des 1 400 points, c’est-à-dire le 15 janvier 2008.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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