Les cadavres ressortent du placard des banques…

Rédigé le 12 février 2016 par | Actions, Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Ça y est ! Elles ont remis ça !

Après la fraude, la dissimulation et la corruption ayant caractérisé le comportement des banques entre 2004 et 2008, on aurait pu croire qu’une génération passerait avant que les banques rejouent à leurs petits jeux. Eh bien, non. Elles s’y sont livrées à grande échelle (en pire, en réalité) et les investisseurs vont se prendre une claque pour la deuxième fois en moins de 10 ans.

Voici ce que nous savons de cette nouvelle escroquerie bancaire et de quelle façon j’en ai eu confirmation.

La semaine dernière, j’ai dîné dans un club privé de Manhattan avec l’un des analystes les plus brillants du secteur bancaire. S’agissant de ce type d’entretien, je ne divulgue pas les noms mais, si je citais celui-ci, il vous dirait probablement quelque chose.

Cette personne dispose d’une équipe de 25 analystes qui passent leur temps à examiner des déclarations financières. Lorsque vous étudiez les comptes des banques, vous vous trouvez face à l’économie réelle car les actifs bancaires sont composés de prêts accordés à des sociétés du secteur de l’énergie, à des consommateurs, à des sociétés de transport, et à des emprunteurs issus de tous les principaux secteurs de l’économie. La conclusion qu’il a tirée, c’est qu’un énorme volume de créances irrécouvrables fait surface dans le secteur de l’énergie.

(…) Les producteurs du secteur de l’énergie, de même que les responsables des banques, ont encore de la marge pour jouer à des petits jeux et empêcher les cadavres de sortir du placard, du moins pour un temps. Les banques et les sociétés de forage ont passé l’année 2015 à jouer à ce jeu : « extend and pretend » (on prolonge la maturité de la dette et on fait comme si elle allait être remboursée). Les sociétés de forage ont cessé de créer de nouveaux puits fin 2014 (il était insensé d’investir dans ce contexte de baisse des cours). Mais elles ont pompé davantage dans les puits existants, simplement pour générer des flux de trésorerie. Cela leur a permis de payer les intérêts de leurs prêts pendant un an.

Les banques ont joué le jeu.

Elles ont accordé des délais sur le paiement du principal et fait des jeux d’écriture de type « mark-to-market » (réévaluation des avoirs au(x) cours du marché) afin de pouvoir inscrire ces prêts dans leurs comptes à une valeur supérieure que ce qu’ils valaient vraiment – c’est-à-dire « rien » puisqu’une grande partie ne serait jamais remboursée. Faisant ainsi, elles ont préservé le cours exagérément élevé de leurs propres actions. Certaines banques ont même vendu aux investisseurs de nouvelles actions à des prix gonflés à bloc.

En évitant de déprécier les prêts accordés au secteur de l’énergie, les banquiers ont pu trafiquer leurs comptes en 2015 et se verser quand même d’importants bonus. Jamie Dimon, le PDG de JP-Morgan, a empoché un bonus de 27 M$ pour l’année 2015, soit une augmentation de 35% par rapport à l’année précédente.

Les sociétés de forage et les banques espéraient toutes un rebond des cours du pétrole. Cela aurait relancé légitimé la surévaluation des actifs à laquelle s’étaient livrés les banquiers. Elles auraient senti le vent du boulet passer, mais elles auraient gagné à leur petit jeu.

Ce n’est pas arrivé. Les cours de l’énergie n’ont fait que chuter ; les choses n’ont fait qu’empirer. Il a bien fallu en assumer les conséquences, et faire face à des défauts de paiement et à des dépréciations d’actifs.

Voilà pourquoi les nouvelles informations communiquées par cet ami analyste étaient si importantes.

Mis à part le secteur de l’énergie, l’année 2015 a été plutôt bonne pour les banques (avec de solides recettes bancaires en début d’année). Mais 2016, c’est autre chose. Les inspecteurs de la Fed et les auditeurs externes passent les banques au peigne-fin.

On peut jouer au jeu de l’évaluation pendant un temps, mais pas indéfiniment. En janvier, les banquiers ont brutalement inversé la tendance et ont commencé à se débarrasser des actifs liés au secteur de l’énergie, à déprécier des prêts.

Ce bain de sang se reflète déjà dans le cours des actions bancaires. Le graphique (ci-dessous), publié par le Wall Street Journal, indique que les performances du secteur bancaire se situent en-dessous de l’ensemble du marché, depuis début 2016.

160210_sectoriel Mon ami analyste m’a informé que ce n’était que le début.

Les actions financières ont peut-être baissé de 16% mais le secteur de l’énergie, lui, a chuté de 70%. Et les mauvaises nouvelles ne vont pas s’arrêter là, pour les banques. La chute des actions financières reflète les résultats du quatrième trimestre 2015 (publiés fin janvier 2016).

Cette baisse des actions bancaires ne reflète pas les résultats du premier trimestre 2016 (ces derniers ne seront pas publiés avant fin avril). Les actions bancaires peuvent encore chuter.

(…) Ce qui m’amène à une conversation encore plus effrayante que celle que j’ai eue avec cet ami analyste.

Il y a quelques jours, j’ai également discuté avec un gestionnaire de portefeuille ayant énormément parié sur le secteur de l’énergie en 2014.

Mauvais timing, je sais, mais ce sont des choses qui arrivent. En matière d’erreur d’investissement, la clé c’est de s’en rendre compte rapidement et de réagir avec détermination. Les bons traders limitent les pertes. Les mauvais traders les amplifient. Je savais que ce gestionnaire de portefeuille assumait son erreur. Ses positions dans le secteur de l’énergie s’étaient dépréciées de 50% en 2015, dans le sillage de la baisse globale du secteur de l’énergie.

J’étais en train d’étudier ses résultats de janvier 2016. Je savais qu’il avait des liquidités, des bons du Trésor et de l’or, et que tous avaient tenu leur rôle. Ses résultats de janvier étaient horribles. Je lui ai posé la question suivante : « Que s’est-il passé ? Vos bons du Trésor, ainsi que l’or, ont augmenté. Qu’est-ce qui vous a tiré vers le bas ? »

Il m’a répondu : « Nous avons subi une nouvelle dépréciation d’actif sur notre position liée au secteur de l’énergie ». Je lui ai demandé quel était son nouveau niveau. Sa réponse m’a sidéré : « La banque a indiqué qu’il était de 7 cents pour un dollar ».

Autrement dit, cette position sur le secteur de l’énergie a été dépréciée de 93% par rapport à l’investissement initial et perd 86% sur le seul mois de janvier !

Voici ce qui est étrange, à cet égard :

Les cours de l’énergie ont effectivement légèrement baissé, en janvier, mais pas de 86%. Aucune nouvelle ne justifiait vraiment qu’une banque déprécie de façon aussi spectaculaire une position. Mais le rapport de ce gestionnaire de portefeuille correspond parfaitement aux informations fournies par mon ami analyste. Les banques jettent l’éponge maintenant, de façon spectaculaire et brutale. C’est parti pour une ruée vers la dépréciation d’actif.

Et une fois qu’une banque l’a fait, toutes doivent le faire ! Lorsque des banques mentent sur l’évaluation de leurs actifs, elles sont toutes dans le même bain.

A partir du mois de janvier, la performance des actions bancaires a divergé, par rapport à la performance du S&P. C’est la preuve que les initiés voient arriver les pertes (tout comme ils s’étaient débarrassés des actions bancaires avant le krach de 2008).

160210_SPbank Cette tendance va encore durer. Même si les initiés se débarrassent de leurs actions bancaires, le secteur n’a baissé que de 20% alors que l’ensemble du marché a baissé de 8% (un peu plus à ce jour d’ailleurs). Dans des contextes de récession et de marchés baissiers, les chutes peuvent traditionnellement aller de 40 à 80% : cela n’a rien d’inhabituel.

A quel moment le marché réalisera cette énorme fraude ? en avril au moment des résultats du premier trimestre. D’ici à, vous êtes prévenu. Dans Trade Confidentiels, nous sommes déjà positionnés.

Bien à vous,

Jim

Ndlr : confidences, bruits de couloir, conversations avec les plus grands de la finance et des institutions… Jim Rickards a ses entrées dans le milieu financier ET politique. C’est un avantage énorme pour qui sait utiliser ces informations sur les marchés. Voyez comment Jim Rickards utilise ces informations pour construire un outil de market timing exclusif et empocher des gains à 3 chiffres.

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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