Les 20 cm2 qui changent tout

Rédigé le 8 octobre 2014 par | Apprendre la Bourse, Toutes les analyses Imprimer

La compétitivité d’une entreprise se joue dans une zone de 20 cm2 : à savoir l’espace entre les oreilles de ses employés. C’est la zone de leur intelligence et, plus important encore, de leur mémoire. Une bonne gestion du savoir en entreprise contribue directement à la performance financière. Mais la gestion de la connaissance profite-t-elle également aux actionnaires ? L’étude* dont je vous parle aujourd’hui apporte un début de réponse.

Tout homme est une île et toute entreprise doit construire des ponts entre ces îles. Cela s’appelle la gestion de la connaissance, ou l’exploitation du savoir stocké dans la tête des employés, dans ces fameux 20 cm2 (ou plus pour les plus chanceux). Il s’agit de la propriété intellectuelle, mais aussi des savoirs propres à l’entreprise : ses processus, son réseau de contacts, les personnes clés à contacter en cas de problème, etc. Avec l’objectif d’en faciliter la transmission entre les collaborateurs.

Au milieu du siècle dernier, Hayek (Friedrich, l’économiste, pas Nick, le patron de Swatch) en faisait l’un des principaux problèmes de la société, et donc de l’économie : comment utiliser une connaissance qui n’est pas fournie à tout le monde dans sa totalité ? Comment construire des ponts entre les cerveaux, en quelque sorte ?

Au niveau microéconomique, on comprend instinctivement qu’une entreprise sous-performera si ses employés doivent se débattre avec des bribes d’information qui, en plus, tendent à disparaître avec le temps (c’est le syndrome du départ à la retraite, lorsque le futur ancien collaborateur ne transmet pas son expérience).

L’enjeu est d’autant plus crucial que nous évoluons dans la société de la connaissance, de la communication et de moins en moins dans celle de la fabrication industrielle. Ca tombe bien, les entreprises multiplient les investissements dans la gestion de la connaissance. Ils sont passés de 400 millions de dollars en 1994 à pas loin de 200 milliards l’an dernier.

La recherche académique n’a pas manqué de s’intéresser à ce phénomène. Des chercheurs ont clairement établi qu’une meilleure gestion du savoir favorisait la performance financière des entreprises. Mais aucun n’avait fait le pas suivant, c’est-à-dire savoir si l’actionnaire en bénéficiait également. Jusqu’à cette étude* donc.

Ses auteurs avaient un premier problème à régler : comment identifier les sociétés brillantes en matière de gestion du savoir. Coup de chance, il existe une récompense pour cela : le MAKE Award – pour « Most Admired Knowledge Enterprise » (l’entreprise la plus admirée pour son savoir, en quelque sorte). Un prix est même décerné, chaque année, par un jury de professionnels de la profession (et de la connaissance, donc – même si on peut supputer que le réseau, l’influence, voire les pots-de-vin jouent un (petit) rôle dans les attributions des prix).

Les entreprises chinoises les plus « admirables » de ce point de vue ont été annoncées le 17 septembre dernier. Parmi elles, vous avez probablement entendu parler d’Ernst & Young Hua Ming, le joint-venture chinois du groupe d’audit mondial, ou de la Tsingtao Brewery Co, le fabricant de la bière chinoise la plus connue dans le monde. Les vainqueurs pour le reste de l’Asie seront dévoilés en novembre, et d’autres lauréats encore début 2015 à Hongkong – ce qui peut représenter quelques occasions de profit…

L’analyse scientifique des performances boursières des actions des sociétés ayant remporté des MAKE débouche sur trois enseignements.

Tout d’abord, les gagnants d’un MAKE bénéficient d’une surperformance boursière moyenne de 1,25% au cours des 5 jours qui entourent l’annonce de la récompense (donc entre 2 jours avant et 2 jours après l’annonce). Plus intéressant encore, ils surperforment aussi sur un horizon de 12 mois. Et cette surperformance est positivement corrélée avec leur future performance opérationnelle – ce qui signifie que le gain boursier sera d’autant plus important que l’entreprise progresse grâce à sa gestion du savoir.

Vous me direz : on s’en doutait un peu, et cela signifie certainement que d’autres investisseurs connaissent déjà l’existence de ces récompenses et qu’ils tentent de se positionner en conséquence.

Ensuite, deuxième enseignement, après avoir été récompensés, les vainqueurs d’un MAKE semblent afficher une performance opérationnelle supérieure à celle de leurs concurrents. Ceci est donc l’un des points importants de cette étude, qui confirme (chiffres à l’appui) le potentiel du savoir bien maîtrisé.

Dernier enseignement, au cours du mois suivant la récompense, les auteurs ont découvert que les analystes financiers avaient tendance à relever de manière significative leurs prévisions de bénéfices pour les entreprises gagnantes. Avec bien sûr du retard, puisqu’il faut du temps pour pondre des rapports de dizaines de pages (sans parler des « compétences » requises).

Au final, cette recherche académique certifie bel et bien que la gestion du savoir est un élément clé du succès, que ce soit pour la performance opérationnelle ou le renchérissement des investisseurs. Et confirme, une nouvelle fois, l’attrait pour la recherche fondamentale (qui est au coeur de notre stratégie Solution ORION).

Dire qu’il suffit de veiller aux récompenses MAKE pour savoir ce qui se passe dans le cortex des meilleures entreprises, ça paraît presque trop simple. Et en quelque sorte, ça l’est…

* L’étude mentionnée dans cet article, et bien d’autres encore, peut être consultée en vous enregistrant sur notre page spéciale “Agora”.

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Directeur de la recherche chez Straight from The Lab

Sylvain Frochaux est le directeur de la recherche chez Straight from The Labet fondateur de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/). Il est surnommé par ces pairs le « Japonais blanc » de la finance, en raison de son caractère jusqu’au-boutiste et de son parcours de vie.

Après des études brillantes à HEC Lausanne (où il finit premier de sa volée, avec notamment une thèse de master en économétrie financière), il se dirige vers le Japon pour y effectuer son doctorat. De retour en Suisse, il devient responsable de l’analyse financière et de la recherche académique pour le quotidien financier L’Agefi.

En 2009, il quitte le journalisme pour créer le groupe Straight from The Lab (https://ra113.infusionsoft.com/go/sftl/Agora/) qui a pour objectif de rendre accessible, aux investisseurs privés, les dernières recherches en finance. En 2013, après trois ans de recherche, il lance avec son équipe le service Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/), une solution d’investissement basée exclusivement sur l’analyse scientifique des marchés. Unique en son genre, cette stratégie fournit aux investisseurs un portefeuille clé en main, avec une garantie de performance (minimum 50% en cinq ans).

Toutes les études mentionnées dans les articles signés par Sylvain Frochaux peuvent être consultées en vous enregistrant sur la page commune des Publications Agora et de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so-agora/Agora/).

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