L’efficience des marchés existe-t-elle vraiment ?

Rédigé le 30 avril 2009 par | Big caps Imprimer

Question idiote : combien vaut un billet de 100 euros ? Réponse de l’investisseur de bon sens : une centaine d’euros. Et si je vous démontrais que, parfois, la réponse n’est pas aussi simple ?

Il y a plus d’un demi-siècle, Eugène Fama a formulé l’hypothèse d’efficience du marché à l’occasion de l’application de mathématiques probabilistes à la finance. Le principe est simple : il considère que, dans un marché suffisamment large où l’information se répand instantanément, comme c’est le cas en particulier du marché boursier, les opérateurs réagissent correctement et quasi immédiatement aux informations s’ils ont la capacité cognitive de les interpréter avec justesse. En conséquence, les cours équivaudraient toujours au juste prix et évolueraient selon une marche aléatoire au gré des surprises qu’apportent les nouvelles informations.

Question : pourquoi l’illustre économiste américain a-t-il affublé son idée du sobriquet « hypothèse », au lieu de l’intituler la « science de l’efficience des marchés » ?

Tout simplement parce qu’il s’agit précisément d’une hypothèse, rien de plus.

Les adeptes de la langue grecque savent que le préfixe hypo- veut dire « sous, en dessous de ». L’hypoglycémie est un manque de glucose dans le sang. Ainsi donc, une hypothèse est une idée qui vient juste sous, avant la thèse, une proposition énoncée qui n’est pas encore vérifiée, pour laquelle on ne s’engage pas quant à la véracité, sans affirmer ni nier cette dernière.

La théorie d’Eugène Fama est écornée par les recherches en finance comportementale qui ont montré que des erreurs cognitives et émotionnelles collectives faussent la formation des prix. Il est ainsi de plus en plus admis qu’on doit plutôt parler d’un certain degré d’efficience pour les marchés ; la simple existence de krachs et de bulles en est la meilleure preuve.

Quand ces belles hypothèses vacillent, cela donne naissance à des possibilités d’arbitrage L’arbitrage se définit comme une opération financière assurant un gain positif ou nul de manière certaine. Par exemple, en prenant simultanément et en sens contraire position sur plusieurs actifs liés, on tente de profiter d’inefficiences temporaires de prix entre différents papiers-valeur.

En voici un exemple concret. Le 15 février 2008, il y a moins de 15 mois, j’écrivais à mes lecteurs que le géant des puces Cypress Semiconductor (NYSE : CY) disposait alors d’environ 600 millions de dollars en actifs tangibles nets, si l’on excluait sa participation dans SunPower (NASDAQ: SPWRA). A l’époque, les flux de trésorerie de Cypress étaient positifs, oscillant entre 150 et 200 millions de dollars en rythme annualisé, toujours en excluant la valeur de la position SPWRA.

En revanche, le paquet de titres SunPower sous le contrôle de CY pesait plus de trois milliards et demi. Au vu de la capitalisation boursière du marchand de processeurs au début de l’an passé, j’en concluais qu’il était possible d’acheter des actions SPWRA au rabais par le biais de Cypress, tout en les revendant plus cher immédiatement par le truchement du titre SunPower. Ensuite, une action SPWRA possédée par CY équivalant à une autre action SunPower échangeable en Bourse, il suffisait de laisser au marché le temps de faire son travail.

Prenons le cas du client qui aurait bloqué 8 000 dollars sur l’opération. Après ajustement des splits et des dividendes, l’action CY valait 3,76 $ à l’ouverture du 15 février 2008. Supposons qu’il en ait acheté 2,100 pour un montant total de 7 896 $. En parallèle, ce spéculateur aurait vendu 100 actions SunPower à 79,44$, pour une valeur de 7 944 $.

A la clôture du 16 avril 2008, cet investisseur aurait connu sa plus grosse perte comptable, pour un montant de 592 $, soit 7% du montant de départ. En revanche, avec un peu de patience, il gagnerait aujourd’hui 13 425 $, ce qui correspond à une performance de 168% en moins de 15 mois. Le graphique ci-contre montre l’évolution de l’alpha au cours de cette période.

Graphique du S&P 500 et de l'alpha

Tout au long de cette transaction, qu’avons-nous fait d’autre qu’acquérir un billet de 100 euros au rabais, pour le revendre aussitôt pour un profit garanti ? C’est exactement ce genre de stratégie que je vous propose de vous expliquer le 19 juin, lors de la Journée de L’Analyse Technique (pour vous inscrire, c’est ici).

Laissez donc la théorie du professeur Fama aux hedge funds en mal de gogos, et concentrez-vous à l’avenir sur de tels arbitrages qui regorgent de juteux profits tout en limitant votre risque au maximum. Non négligeable, dans les marchés actuels !

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

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