Leçon de Warren Buffett sur l’or : faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais !

Rédigé le 29 mars 2012 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Le 25 février dernier, Berkshire Hathaway Inc. a publié son rapport annuel. Dans celui-ci, monsieur Buffett nous gratifie d’une longue tirade sur toutes les bonnes raisons de ne pas acquérir d’or (pages 18 et 19 du rapport annuel).

Pourquoi vous ne devriez pas acheter de l’or (selon Buffett !)

L’homme nous apparaît comme un sage et un philanthrope. Il l’est probablement. Les médias, toujours en mal de sensationnel et de héros, le portent régulièrement aux nues. Les performances de son fonds Berkshire Hathaway parlent pour lui. Buffett a su surfer comme personne sur la bulle des actions. C’est incontestable.

Le prix de l’action Berkshire Hathaway a été multiplié par plus de 5 000 depuis 1964. Dans le même temps le S&P 500, dividendes inclus, était multiplié par 64 alors que le prix de l’or en dollar américain l’était par 45. L’indice des prix à la consommation américain (le CPI) a été multiplié par seulement 7,5 dans le même intervalle.

Dans sa longue diatribe contre l’investissement en métaux précieux, Buffett délivre quelques vérités mais aussi plusieurs fausses affirmations ou mauvaises justifications.

Buffett classe l’or dans la catégorie des actifs « qui ne produiront jamais rien ». Il a raison. Hormis pour les investisseurs détenant de grosses quantités de métal et qui, à ce titre, peuvent les louer, le possesseur lambda de métaux précieux n’obtiendra aucun rendement de son investissement.

Selon lui, les investisseurs en détiennent par aversion à tous les autres types d’actifs et en particulier au papier monnaie, notant au passage « qu’ils ont toutes les raisons d’en avoir peur » car « ce sont les gouvernements qui déterminent la valeur ultime de la monnaie, et les forces systémiques peuvent parfois les pousser vers des politiques inflationnistes. De temps à autre, ces politiques échappent à tout contrôle. (…) la devise « In God, we trust » est imprimée sur notre monnaie, mais la main qui met en route la presse à billets est bien humaine elle« .

Toujours selon lui, les investisseurs trouveraient refuge dans les métaux précieux parce qu’ « ils sont convaincus que d’autres vont les [les métaux précieux] désirer encore plus avidement dans l’avenir« . Encore une fois il a raison.

Mais n’est-ce pas pour cette raison précise que Buffett acquiert des entreprises ou achète des actions ? Il vient d’acheter 64 millions d’actions IBM. Est-ce par simple philanthropie ou parce qu’il envisage qu’IBM puisse valoriser ce capital ? N’espère-t-il pas trouver des acheteurs pour ces 64 millions d’actions IBM le jour où il voudra réaliser ses gains ?

Si les investisseurs se tournent aujourd’hui vers les métaux précieux et plus particulièrement vers l’or c’est précisément pour la raison que monsieur Buffett a évoquée à demi-mot : la perte de confiance dans la monnaie.

« Je ne suis pas un grand fan du métal jaune et j’ai eu tort. Aujourd’hui, j’en mettrais une pincée dans mon patrimoine. Au cas où. »
– Marc Fiorentino banquier d’affaires et PDG français Monfinancier.com, spécialiste des marchés financiers et sceptique repenti du métal précieux.

Bonne nouvelle : l’or repasse sous 1 700 dollars l’once ! Pour notre spécialiste, aucun doute possible : c’est une opportunité en or !

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Or, métaux précieux ou actions ? Quelle est la meilleure performance ?

Dans ce genre de situation, l’or devient le seul actif sans aucune contre-partie. Car comme il le précise « si vous possédez une once d’or depuis une éternité, vous l’aurez toujours au final« .

Mais de ce constat, Buffett en tire une conclusion étonnante. Alors qu’il vient d’entreprendre une comparaison entre trois catégories d’actifs (obligations, or et actions), il conclut son raisonnement par « je crois que sur une longue période cette catégorie d’investissement [les actions] se révélera être de loin la plus performante des trois que nous avons examinées. Plus important encore, ce sera de loin la plus sûre« .

Voilà deux affirmations pour le moins osées.

A la lecture de la dernière phrase, les anciens actionnaires de Moulinex, de Libertysurf ou plus proche de nous, de Lehman Brothers ou Bear Stearn (pour faire court car la liste est bien plus longue), peuvent-ils en dire autant aujourd’hui ? Comment peut-on prétendre qu’une action d’entreprise puisse être plus sûre qu’un banal lingot de métal inoxydable ?

Une action reste une participation dans une entreprise humaine, par nature mortelle. Posséder un lingot ou une pièce de métal précieux revient à éliminer le facteur humain du processus de préservation de son capital (sauf bien entendu si un monte-en-l’air s’invite dans le processus). N’est-ce pas précisément ce qui aujourd’hui pousse les acheteurs, banques centrales en tête, vers les métaux précieux ?

La première phrase pourra s’avérer vraie. Seul le temps nous le dira et il n’est pas bavard pour l’instant. Néanmoins la notion de durée est une donnée déterminante en matière d’investissement. Dire, sans autre précision, que sur la durée un investissement est meilleur qu’un autre n’a pas de sens.

Selon les cycles qui se présentent, tel investissement réalisera une meilleure performance que tel autre puis sur l’autre partie du cycle, les rôles seront inversés. Faire croire qu’un actif financier est en mesure d’assurer à son détenteur une performance qui défierait les cycles est un mensonge.

Les cycles poussent les investisseurs à la mobilité. Regardez l’indice Nikkei : après une fulgurante ascension de 1948 à 1989, cet indice est encore aujourd’hui 75% en dessous de son sommet historique d’octobre 1989. Rien ne permet à ce jour d’écarter un scénario « à la japonaise » pour les indices actions américains.

La valorisation extrêmement généreuse de l’indice S&P 500 ne milite pas pour une nouvelle explosion haussière à l’instar de celle des années 80-90 (le S&P 500 affiche un PER de 22 à la mi-mars, conforté par un ratio de Tobin de 0,87).

Pour le moment que ce soit l’action Berkshire, celle de Coca-Cola ou bien celle d’Exxon, toutes ont réalisé sur les 10 dernières années des performances inférieures à celle qu’aurait réalisé Warren Buffett s’il avait acheté de l’or comme l’ont fait d’autres investisseurs célèbres.

Sauf que… Buffett avait des métaux précieux !

Mais Warren Buffett ne nous dit pas tout. Entre juillet 1997 et janvier 1998, il succombait au charme « stérile » des métaux précieux en acquérant une « modeste » position de 129 710 000 onces d’argent au prix moyen de 4,5 dollars l’once.

Si les onces ne vous parlent pas, ceci correspond à 4 034 tonnes d’argent pour un montant d’environ 584 millions de dollars. A la réunion de ses actionnaires en mai 2006, il annonçait qu’il venait de vendre toute sa position à un prix moyen estimé de 7 dollars l’once. Aujourd’hui l’once d’argent est à 33 dollars… Dommage.

Etrangement, au même moment, (le 28 avril 2006 exactement) le tracker iShares Silver Trust (code SLV) était lancé avec un stock d’argent initial de 653,17 tonnes. Le stock atteignait 4 000 tonnes un an après (le 12 mars 2007), alors que le prix de la part du tracker (équivalente à 1/10 d’once d’argent) ne décollait pas réellement.

Une telle poussée de la demande (3 400 tonnes pour une production mondiale de 20 000 tonnes à l’époque) aurait dû faire exploser le prix de l’argent.

La meilleure explication est que le stock d’argent de monsieur Buffett a probablement aidé à une opération, destinée d’un côté à calmer le prix sur le marché à terme par des opérations de vente appropriées, et de l’autre à constituer progressivement le stock du tracker placé sous la responsabilité de J.P. Morgan qui détenait déjà, à l’époque, la plus grosse position vendeuse d’argent du CME Comex.

Monsieur Buffett entretient soigneusement son image d’investisseur patriote philanthrope long termiste.

Mais ses actes révèlent aussi un côté spéculateur. Sa participation à la mise en place de ce tracker est restée très discrète. Plus connues sont ses positions à la vente sur le dollar en 2002 — 11 milliards de dollars de contrats contre le dollar pour un gain de 2 milliards — ou bien encore ses participations à prix préférentiels et rendements assurés dans Goldman Sachs ou General Electric.

En temps de crise, monsieur Buffett se plaît à revêtir l’habit du chevalier blanc et à relayer les messages de la Maison Blanche.

Monsieur Buffett a raison : un jour, les prix des métaux précieux entreront dans une phase d’exhubérance et la bulle éclatera. Ce jour-là, la part des métaux précieux dans les portefeuilles des fonds de pension américains sera passée de 0,7%, chiffre actuel, à 5, 6 ou 7% de leurs actifs. Ce n’est pas pour tout de suite. Patience !

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Yannick Colleu
Yannick Colleu
Ingénieur

Yannick Colleu, de formation Ingénieur et IAE de Paris, est l’auteur d’un guide reconnu sur l’investissement aurifère : Guide d’investissement sur le marché de l’or (éditions Gualino – 2008). Il a également signé l’ouvrage Investir dans les métaux précieux- Le guide complet  aux éditions Eyrolles (2014).
En phase avec les grandes idées d’investissement des Publications Agora, il intervient régulièrement dans nos chroniques et lors de nos conférences. Spécialiste des métaux précieux, Yannick Colleu est notamment rédacteur de la rubrique « Le coin du physique » de Crise, Or & Opportunités

3 commentaires pour “Leçon de Warren Buffett sur l’or : faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais !”

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  2. […] long terme, voire à très long terme, l’or est bien évidemment un bon placement. Contrairement à ce qu’en dit Warren Buffett, pour le […]

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