L’échec obligataire de Nexans : le risque doit être rémunéré

Rédigé le 5 juin 2015 par | Big caps, Toutes les analyses Imprimer

Je ne vous apprends rien : l’actuelle période de faibles taux d’intérêt est favorable aux grandes entreprises qui peuvent ainsi recourir au marché obligataire et lever des fonds à moindre coût.

Air Liquide (FR0000120073)  vient par exemple d’émettre un emprunt obligataire de 500 M€ à 10 ans avec un coupon de… 1,25% par an. Vous avez bien lu : le groupe ne remboursera, chaque année, que 6,25 M€ sur ce demi-milliard emprunté. Un montant ridicule lorsqu’on on sait que le spécialiste de la production de gaz industriels et médicaux a dégagé, l’an dernier, un bénéfice net part du groupe de 1,6 Md€.

Mais ne croyez pas que ce soit du tout cuit pour les entreprises : les investisseurs, justement, devant ce peu de rendement, choisissent leurs dossiers scrupuleusement. C’est ainsi que Nexans (FR0000044448), par exemple, a dû renoncer à une émission obligataire de 250 M€ en raison de la volatilité et des conditions de prix sur les marchés. Le produit de cette émission aurait dû servir à rembourser les « OCEANES » à échéance janvier 2016 portant un intérêt de 4%. Il s’agit d’une opération assez classique : vous échangez de la dette contre une autre dette avec des taux d’intérêt plus faibles afin de réduire vos frais financiers. Un peu comme un particulier qui renégocierait son crédit immobilier pour profiter des taux bas actuels, les entreprises rachètent leur ancienne dette actuelle grâce à une nouvelle, qui leur coûte moins cher.

Mais cela ne marche pas à tous les coups. C’est ainsi que, comme je le disais, Nexans n’a pas attiré suffisamment d’investisseurs et devra rembourser ces fameuses « OCEANE » dans un peu plus de 6 mois.

Certes, le spécialiste du câble aurait pu se tourner vers une banque pour se refinancer. C’est tout à fait possible pour une société… à condition que son gearing (le ratio dettes nettes / capitaux propres) soit soutenable et les fondamentaux suffisamment rassurants pour qu’une banque octroie le crédit. Sauf que le spécialiste du câble a connu des exercices pour le moins difficiles avec une perte nette de 333 M€ en 2013, ramenée à 168 M€ en 2014 (pour cause de forte dépréciations d’actifs). Le chiffre d’affaires n’augmente que de 0,7% sur 2014 et de 1,8% en organique pour le premier trimestre… : rien de bien folichon et de suffisamment solide pour aller voir une banque l’esprit tranquille.

Or l’environnement économique est tellement volatil que la société a décidé de plus donner de prévisions chiffrées et a renoncé à évoquer des objectifs.

Sans doute que les investisseurs ont donc été un peu refroidis par ces résultats… d’où l’échec de la nouvelle émission obligataire : le risque doit être rémunéré. Or de toute évidence, Nexans est à leurs yeux un dossier qui méritait un rendement plus élevé que ce que le groupe a proposé…

 

Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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