Le short du Bund est-il vraiment celui du siècle : devez-vous vraiment croire Bill Gross ?

Rédigé le 7 mai 2015 par | Indices, sociétés et marchés, Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

Pas plus tard qu’hier, les médias français célébraient les 3 ans de mandat de François Hollande, alors que les médias anglo-saxons, eux, fêtaient le 5ème anniversaire du flash krach (du 6 mai 2010).

Le high Frequency trading s’attaque à l’obligataire

Ceux qui ont regardé le documentaire Les Nouveaux loups de Wall Street (diffusé sur Canal+ et disponible sur YouTube ici) en savent désormais un peu plus sur le HFT, le trading à haute fréquence, et sur le trucage (qui a dit « manipulation » ?) des marchés qu’il induit. Ils en savent un peu plus sur ces « quant », ces petits génis de l’informatique qui oeuvrent à développer des algorithmes de robots de trading pour truquer (manipuler ?) les marchés. Si vous avez vu ce documentaire, vous avez compris comment a fonctionné le flash krach du 6 mai 2010.

Mais, tenez d’ailleurs : un tel flash krach ne s’est jamais reproduit : cela pourrait signifier que le fonctionnement du marché a changé, que les mauvaises pratiques ont été éradiquées, les manipulateurs de carnets d’ordre condamnés… ?!

Non : en réalité, c’est juste l’efficacité des coupe-circuits qui a été améliorée.

Un peu comme si la structure du marché avait été mise aux normes antisismiques, ce qui n’empêche pas les séismes de se multiplier  : il y a en fait des dizaines de micro-flash krachs chaque jours qui donnent lieu à autant de suspensions temporaires de cotations (de l’ordre de quelques dixièmes de secondes) de façon à enrayer la « chute de dominos » qui se déroule à la vitesse de la lumière.

Pratiquement, aucune action – quelle que soit la capitalisation sous-jacente – n’échappe à ces glitchs (une des façons de désigner ce qui s’apparente à un bug informatique alors que tout ce qui survient est savamment programmé) : Apple (AAPL : Nasdaq) a déjà connu des décalages de cours inopinés de 5% en quelques secondes, des valeurs moins massives perdent parfois un quart de leur valeur avant de tout reprendre la seconde suivante.

L’œil humain peut difficilement les détecter en temps réel sur un graphique, et personne n’a le temps de cliquer pour profiter de ce genre « d’anomalie » même en faisant preuve d’une célérité proche du surnaturel. Une gifle réflexe destinée à écraser un moustique est à peu près d’une lenteur comparable à celle d’un pédalo qui se ferait doubler par un speed-boat lancé à 400Km/H face à ces algorithmes !

Et ne croyez-pas que l’hyper-vitesse reste cantonnée aux actions ou aux ETF : les marchés obligataires qui s’appuient sur des « gisements » de bons du Trésor – font également l’objet d’échanges ultra-rapides.

En revanche, on ne peut pas « faire joujou » avec des logiciels qui génèrent des centaines de milliers de faux ordres : chaque ligne obligataire se chiffre en millions d’euros ou de dollars… mais cela n’empêche pas de les échanger très concrètement à une vitesse proche de la lumière.

… et donne donc lieu à des mini/flash krach !

Et nous assistons depuis le 17 avril dernier à un des mouvements de correction sur les marchés obligataire les plus rapides depuis octobre 2011.

Les OAT françaises viennent de voir leur rendement tripler (de 0,30% à 0,91%), les Bunds allemands affichent 0,65% contre 0,05% il y a moins de 3 semaines, les Bonos espagnols ou les BTP italiens ont vu leur rendements se tendre de 75Pts de base dans les 2 cas, à respectivement 1,95 et 1,98% (quasiment 2%).

À l’échelle du marché obligataire, le dernier mouvement de correction qui a propulsé le rendement des OAT de 0,40 à 0,90% peut être qualifié de flash krach… sauf qu’aucun coupe-circuit n’a été activité et que ceux qui étaient acheteurs ne vont pas assister au redressement salvateur des cours qui gomme les pertes potentielles.

Les acheteurs – qui comptent beaucoup de spéculateurs en levier – viennent de subir l’équivalent de 2 tours de vis monétaire de 25Pts de base en l’espace d’une semaine, alors que la BCE n’a naturellement pas levé le petit doigt ni laissé planer la menace d’interrompre son QE pour cause d’inefficacité économique, de distorsion historique des valorisations, de menace mortelle pour les systèmes de retraite européens.

Vers une remontée des taux américains plus rapide que prévue ?

Aux États-Unis, le rendement des T-Bonds vient de passer au cours du même intervalle de 1,90 à 2,25% : le marché semble déjà acter un premier relèvement du taux de la FED directeur alors que la majorité des économistes a repoussé une telle initiative à fin 2015.
Puisque le mal est fait, pourquoi la FED tarderait-elle à restaurer ses marges de manœuvre (en termes de détente monétaire) ?

Le facteur géopolitique semble tenir la corde avec une Grèce financièrement exsangue et qui n’a jamais été aussi proche du Grexit et un Royaume-Uni qui menace de se désunir de l’Union Européenne si les conservateurs de James Cameron remportent la législative qui se déroule ce jeudi même.

Un référendum ayant comme enjeu l’approbation d’une sortie de l’UE pourrait avoir lieu d’ici à 2017… Et le sentiment qui domine est que l’Angleterre n’a pas grand-chose à y perdre tandis que les Européens du continent n’ont surtout pas envie de les supplier de rester !

Et la grosse menace que beaucoup de stratèges redoutent en leur for intérieur est la suivante : combien d’autres pays, combien d’autres peuples se posent cette même question « qu’aurait-on à perdre à sortir d’une Europe où, à part si on est Allemand, il n’existe aucune perspective de prospérité ? » Et pour être plus dur encore : « … à part les Allemands qui acceptent des mini-jobs mal payés par millions, qui se contentent de la fierté d’appartenir à un pays en excédent budgétaire alors que la précarité s’étend et que niveau de vie individuel chute depuis 10 ans ? »

Les investisseurs prennent à leur tour conscience qu’après 3 mois de QE, les marchés se sont transformés en une gigantesque bulle tandis que la hausse des marchés de début d’année peut difficilement survivre au ralentissement économique que subissent les États-Unis et la Chine… les deux premières puissances industrielles du monde.

Une embellie du côté du pétrole : conservez vos parapétrolières

Avec la remontée du WTI au-delà des 61 $ à New York, notre pari qui était de surfer sur un redressement du pétrole à partir du franchissement des 52,5 $ sur le NYMEX est en train de se valider.
Nous visions les 58,5 $ (soit un gain de +10%) mais avions ajouté qu’au-delà ce palier, la hausse avait de fortes chances de se poursuivre jusque vers 65 $ : conservez les positions, qu’il s’agisse du « physique » ou de valeurs parapétrolières comme Technip (FR0000131708) ou Maurel et Prom (FR0000051070).

Mais revenons au secteur obligataire et au short du siècle de Bill Gross

Le renversement de tendance observé mi-avril mais dont la confirmation n’est survenue qu’avec le flash krach du 29 avril, pourrait bien être le « short du siècle » sur les Bunds, les OAT, les Bonos espagnols et surtout les BTP italiens évoqué par Bill Gross.

Il n’est pas le seul à avoir compris que le principal moteur de la hausse du prix des actifs obligataires (et de la décrue symétrique des rendements jusqu’à ce qu’un tiers des émissions libellées en Euro affichent des rendements négatifs le 17 avril dernier) était que les acheteurs pariaient simplement que les bons du Trésor vaudraient un peu plus cher le lendemain… comme les dotcom il y a 15 ans !

Observez la splendide corrélation entre la courbe du prix du pétrole et du rendement des Bunds et des OAT (c’est un peu moins flagrant pour les T-Bonds US) : si un rebond technique devait survenir après que les OAT ont testé 1% de rendement (et les BTP 2%), profitez-en pour alléger les positions sur des instruments obligataires offensifs…

Puis restez à l’écart pour les 20 prochaines années comme le suggère Bill Gross.

Et comme avec 1% de rendement sur les OAT, le calcul de la « prime » sur les actions n’a plus rien à voir avec 0,30/0,33%, vous avez également ce qu’il vous reste à faire avec les valeurs du CAC40 ou du SBF-120 : allégez-vous sur tout rebonds vers les 5.000 Pts.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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