Le secret britannique pour vaincre aisément le chômage

Rédigé le 30 avril 2015 par | Toutes les analyses Imprimer

Un référendum sur un « UKxit » (ou un « Britxit ») n’est pas le seul enjeu des élections législatives britanniques du 7 mai prochain (dans moins de 10 jours), il y a également au cœur des débats les « contrats zéro heure », une vraie merveille aux yeux de notre MEDEF qui souhaite plus de flexibilité et moins de réglementations du marché du travail.

Le gouvernement Cameron a encouragé − dès son arrivée aux affaires − la popularisation d’une formule insurpassable du point de vue de l’employeur : le zero hour contract qui ne garantit aucun revenu minimum, ni aucune sécurité d’emploi… mais assujettit le signataire à une disponibilité comparable à celle d’un pompier de garde (mais sans la solde, sans les cotisations retraite, sans les congés payés, les repas à la caserne, sans le camion rouge et sans le prestige aux yeux des citoyens et surtout des citoyennes).

L’employé sous contrat « zéro heure » doit être en mesure de gagner son lieu de travail à tout moment, sans concertation préalable avec son employeur : il est corvéable à merci et peut être débauché au bout de quelques heures de travail (parfois, cela ne suffit même pas à couvrir les frais de déplacement du « salarié », et encore moins ses besoins élémentaires, comme se nourrir).

Au moyen âge, le paysan était certes corvéable à merci, mais il disposait au moins d’un toit et d’un lopin de terres pour en tirer sa subsistance : heureusement, grâce à la crise de 2008/2009, l’Angleterre à accompli ce progrès immense de libérer le salarié/esclave de sa condition d’occupant d’une masure insalubre et du travail harassant sur sa parcelle pour en extraire quelques malheureux légumes.

Alors certes, le zero hour contract était à l’origine destinés aux étudiants et aux saisonniers… mais ils sont si prodigieusement avantageux pour l’employeur (pas de charges, pas de paperasse, liberté de fixer la rémunération, à condition de payer 6,50£ de l’heure, alors que le salaire minimum d’existence − ou living wage − est estimé à 9,15£/H que ces contrats se sont généralisés à toutes les catégories d’employés britanniques.

Pourquoi Ed Miliband, le chef du Parti travailliste, qui pourfend les zero hour contract risque-t-il de ne pas faire le plein de voix « à gauche » ? Parce qu’au moment ou la croissance ralentit (+0,3% au 1er trimestre), ce n’est pas le bon moment de faire exploser statistiquement le chômage : pas moins de 1,5 million de Britanniques et un nombre peut-être plus important encore d’étrangers, travaillent sous ce statut, soit quatre fois plus qu’en 2010, à l’arrivée de David Cameron.

Supprimer ce contrat serait non seulement statistiquement suicidaire mais potentiellement très coûteux : qu’est que le Royaume-Uni ferait de tous ces esclaves sans propriétaire et sans revenu minimum d’existence ? 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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