Le pire n’est jamais certain !

Rédigé le 15 juillet 2008 par | Autres indices Imprimer

Début mai, dans un contexte où la plupart des analystes fondamentaux pensaient que le pire était derrière nous, j’évoquais pour vous le risque d’une nouvelle accélération baissière des indices.

Il faut dire qu’un ensemble de signaux techniques clairs militait pour cette évolution. Cela m’a d’ailleurs incité à passer à l’acte en shortant bon nombre de valeurs. Ces conseils se sont révélés très efficaces ; mais je dois dire que la vitesse et l’amplitude de l’accélération m’ont moi-même surpris.

Psychologie contre statistiques L’analyse technique permet de déceler les pré-signaux de retournement, en général au moment même où les apparences (les données qui remontent de l’économie réelle) sont contre elles…

C’est que le temps des marchés n’est pas le même que celui de l’économie dite « réelle« . Les opérateurs ne se règlent pas sur l’évolution des statistiques, mais bien sur leur lecture du marché, en cherchant toujours à prendre « un coup d’avance » sur les statistiques. L’analyste technique, reflet de la psychologie des opérateurs, qui s’efforce de décrypter l’évolution du consensus boursier, est souvent mieux placé qu’un analyste fondamental pour anticiper le prochain mouvement.

Les journaux télévisés ne parlent que des records des prix du pétrole et de la baisse de la bourse ! C’est là que je commence à m’inquiéter pour la tendance en cours. Je regarde par la fenêtre en ce jour de fête nationale, et c’est un avion de la patrouille de France que je vois illuminer le ciel, pas un missile iranien. Tout n’est donc peut-être pas si mauvais.

Buy the rumor, sell the news Vendre vos actifs dès lors que tout le monde commence à s’intéresser à votre pépite et qu’elle fait les gros titres de journaux, voilà un dicton classique pour un trader. Du point de vue de l’analyse fondamentale, ce conseil n’a pas de sens me diront certains ; mais il en a beaucoup du point de vue de l’analyse technique !

Voilà pourquoi mes collègues et moi-même sommes souvent appelés à jouer le rôle de « poil à gratter« , dans un consensus d’analystes où les arguments fondamentaux prédominent.

Le pire n’est jamais certain… C’est encore le cas aujourd’hui, à l’heure où le bilan de santé de l’économie mondiale n’est quand même pas des plus rassurants.

Le pétrole, après avoir dessiné un magnifique bear trap vendredi dernier, n’est pas loin de tutoyer les 150$ ; la Fed, qui n’en finit plus d’éponger la crise du crédit immobilier, tente une réanimation d’urgence pour Fannie Mae et Freddie Mac… Du côté des entreprises américaines et européennes, la valse des annonces de résultats moroses bat son plein. La BCE vient de faire savoir que les fonds d’investissements européens ont perdu (en glissement trimestriel) 11% au premier trimestre de cette année — soit 630 milliards d’euros partis en fumée, pour cause de trop fortes allocations sur les marchés d’actions…

Le dévissage du CAC40 ne vient donc pas de nulle part… De fait, nous sommes revenus d’abord sur un support à moyen terme que j’ai déjà mentionné, à 4 280 pts. Puis, il a été enfoncé : j’anticipe un retour sur les 3 840 pts, niveau-clé qui correspond à 61.8% de la hausse entre 2003 et 2007… Pour l’analyste technique, c’est une proportion caractéristique.

Et maintenant ? C’est là que je reprends ma posture de « contrarien » : les cours ne dévissent jamais en ligne droite, et l’existence de cette proportion significative milite à présent pour un rebond significatif.

Autant, depuis l’année dernière, je vous ai alerté sur la situation technique très tendue des indices, alors que beaucoup de mes collègues étaient encore haussiers, autant je deviens aujourd’hui de plus en plus circonspect face au consensus baissier qui se développe sur les indices. Ce genre de configuration unilatérale est assez typique d’une fin de mouvement…

Les cours ne tombent pas en ligne droite En très grande tendance — là où les grands mécanismes fondamentaux ont le temps de s’exprimer sur les marchés –, pas de surprise : la configuration technique reste baissière.

Pourtant, j’anticipe un rebond intermédiaire, qui pourrait même être d’une ampleur similaire à celle du rebond enregistré entre mars et mai derniers — ce qui laisse de sérieuses marges de manoeuvre aux acheteurs — avant une reprise de la baisse.

Comme souvent dans ces situations, j’ai peu d’arguments fondamentaux à faire valoir : le pétrole pèse lourd sur la situation économique actuelle, et l’on peut penser qu’une détente passagère (mon scénario technique privilégié) pourrait avoir des répercussions immédiates sur la psychologie des opérateurs. On peut également penser que les contre-performances des entreprises étaient attendues, et qu’elles sont déjà pricées dans les cours. La correction sévère essuyée par nombre de titres aux finances saines devrait finir, en toute logique, par tenter les amateurs de bonnes affaires…

En revanche, les arguments techniques ne manquent pas. Pour n’en citer qu’un, des divergences haussières viennent d’apparaître sur le RSI 21 jours du CAC40, en données journalières, depuis les anciens points bas de début juillet à 4 224pts. C’est un signal très important. Le rebond que ce signal permet d’anticiper nous ramènerait, au minimum, à ce niveau des 4 224 pts, ensuite, nous aurions sur notre route les anciens points bas de mars (4 416), voire celui d’avril dernier, qui fait maintenant office de résistance majeure à 4 740 pts.

Il reste possible qu’une ultime jambe de baisse, dite « de panique », vienne épuiser la séquence déclenchée fin mai, et qu’un nouveau point bas soit touché au cours des prochaines semaines pour tester les 4 000 pts. Mais à mon humble avis, le potentiel de baisse est donc d’ores et déjà limité. Même si les signaux d’achat demandent à être confirmés techniquement sur la plupart des valeurs, nous arrivons à proximité de supports majeurs, à l’image des 3 840 pts sur le CAC40.

Préparez-vous à un rally d’été! La stratégie consiste dès lors à acheter pour profiter d’un rebond significatif, en se montrant sélectif et en profitant des valeurs épurées, dans la perspective d’un rebond significatif.

Attention à ne pas s’emballer non plus. Pour le moment, à plus long terme, la tendance reste baissière… Il n’en reste pas moins que nous anticipons un mouvement de rebond marqué : voyez les cibles à la hausse que j’indique pour le CAC.

Sell the news, disais-je un peu plus haut. C’est maintenant, alors que la presse grand public ne parle que de pétrole et de déconfiture boursière, qu’un bon gérant commence à faire ses emplettes… Et que l’analyste technique surveille soigneusement ses indicateurs. Tout cela sent la fin de baisse et un rally d’été dans les prochaines semaines ne m’étonnerait pas — au risque que cela surprenne certains d’entre vous !

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Sebastien Duhamel
Sebastien Duhamel

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