Le pétrole, un tango qui se danse à trois

Rédigé le 3 décembre 2014 par | Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

Jeudi dernier, l’OPEP refusait d’abaisser son niveau de production malgré un baril en recul depuis des mois. Le résultat a été immédiat : le Brent a atteint dans la foulée son plus bas niveau depuis quatre ans, passant même sous la barre des 70 $. Pour l’investisseur souhaitant se positionner sur les pétrolières, la situation est délicate. Comme vous vous en doutez, la recherche académique apporte quelques éléments de réflexions.

Le pétrole est un tango qui se danse à trois : les producteurs, les consommateurs et les spéculateurs. L’investisseur individuel est habituellement assis au bord de la piste, observant les danseurs et cherchant à deviner leurs mouvements suivants, avant de rejoindre lui-même le bal. Mais il n’est jamais facile de comprendre qui mène la danse, encore une fois, entre les producteurs, les consommateurs et les spéculateurs.

Que dit la recherche académique ? L’auteur de l’étude* que je décrypte aujourd’hui a mis au point une méthodologie permettant d’isoler le rôle de chaque participant sur le marché du pétrole. Ses conclusions sont assez contre-intuitives.

 

Selon cette étude, la spéculation n’est pas la principale cause des forts mouvements des cours du brut. On s’en doute dans la baisse actuelle du baril, qui a perdu une trentaine de dollars depuis juin. Cette recherche le démontre scientifiquement pour la période 2007–2009, les folles années du brut.

 Chute du pétrole

De juin 2007 à juin 2008, le cours a doublé, jusqu’à atteindre 140 $ à la fin du premier semestre 2008… avant de perdre une centaine de dollars dans les six mois qui ont suivi. Face à de telles montagnes russes, les spéculateurs avaient évidemment été pointés du doigt. A tort – ou plus exactement, partiellement à tort, démontre cette étude.

L’auteur base son analyse sur les rendements d’opportunité, c’est-à-dire la prime associée à la détention de la matière première, par opposition au simple achat/vente de contrats ou de dérivés. Sans rentrer dans le détail, sa méthode permet d’isoler le rôle de la spéculation sur le prix spot.

Il s’avère que ce rôle a été très limité dans le mouvement qui a poussé le baril jusqu’à 100 $ en mars 2008. Mais la spéculation a ensuite largement expliqué la phase de hausse suivante jusqu’à 140 $. Autre enseignement : l’effondrement qui s’en est suivi n’a pas été provoqué par les spéculateurs bouclant leurs positions, mais par un recul non anticipé de la demande.images pub _JIM_BAQ

Ces conclusions semblent donc confortées par la situation actuelle, dans laquelle la spéculation joue à nouveau un rôle mineur. Le tango a plutôt tourné à la guerre entre producteurs. Plus précisément entre le « vieux » pétrole et le « nouveau » pétrole.

En décidant de maintenir son quota de production à 30 millions de barils par jour jusqu’à mi-2015, l’OPEP tente purement et simplement d’asphyxier les compagnies actives dans les schistes ou les sables bitumineux d’Amérique du Nord. Ces dernières ont en effet besoin d’un baril coûteux – on parle de 90 $ à 100 $ – pour rentabiliser l’exploitation de ces nouveaux hydrocarbures.

Cette guerre peut bien sûr faire des dégâts dans votre portefeuille. En maintenant son volume de production, l’OPEP empêche les cours de remonter, quitte à pénaliser certains de ses membres (Venezuela et Iran en tête). Total (FR0000120271) par exemple, a immédiatement reculé de 3,1% après l’annonce de jeudi, BP a perdu 2,7% et Shell près de 4%. Depuis son sommet du 23 juin, l’indice des principales compagnies pétrolières mondiales (le DJ Oil & Gas Titans) s’est d’ailleurs effondré d’environ 16%. Douloureux pour les détenteurs d’actions pétrolières…

DOw JOnes Oils & gas titans

* L’étude mentionnée dans cet article, et bien d’autres encore, peut être consultée en vous enregistrant sur notre page spéciale “Agora”.

 

 

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Directeur de la recherche chez Straight from The Lab

Sylvain Frochaux est le directeur de la recherche chez Straight from The Labet fondateur de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/). Il est surnommé par ces pairs le « Japonais blanc » de la finance, en raison de son caractère jusqu’au-boutiste et de son parcours de vie.

Après des études brillantes à HEC Lausanne (où il finit premier de sa volée, avec notamment une thèse de master en économétrie financière), il se dirige vers le Japon pour y effectuer son doctorat. De retour en Suisse, il devient responsable de l’analyse financière et de la recherche académique pour le quotidien financier L’Agefi.

En 2009, il quitte le journalisme pour créer le groupe Straight from The Lab (https://ra113.infusionsoft.com/go/sftl/Agora/) qui a pour objectif de rendre accessible, aux investisseurs privés, les dernières recherches en finance. En 2013, après trois ans de recherche, il lance avec son équipe le service Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/), une solution d’investissement basée exclusivement sur l’analyse scientifique des marchés. Unique en son genre, cette stratégie fournit aux investisseurs un portefeuille clé en main, avec une garantie de performance (minimum 50% en cinq ans).

Toutes les études mentionnées dans les articles signés par Sylvain Frochaux peuvent être consultées en vous enregistrant sur la page commune des Publications Agora et de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so-agora/Agora/).

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