Le Pétrole fera-t-il exploser la Planète finance ?

Rédigé le 7 janvier 2016 par | Matières Premières, Pétrole, Taux & Devises Imprimer

Mais à quoi joue donc l’Arabie Saoudite ? Même contrainte de succomber à des mesures d’austérité comme une vulgaire démocratie occidentale, l’Arabie Saoudite continue d’alimenter la pression vendeuse sur le pétrole en consentant de nouvelles ristournes à ses clients asiatiques… en pleine débâcle des cours du brut.

C’est à croire que les élites saoudiennes ont massivement parié sur la baisse de l’or noir via des hedge funds qui se régalent avec leurs positions short depuis 18 mois. Quand ça ne peut plus baisser, ça baisse encore ! Et les records décennaux tombent en cascade. Le Brent a chuté jusqu’à 32,16 $ ce matin, et le WTI à 32,09 $.

chute WTI

La fuite en avant dans la saturation du marché, ce n’est pas là une affirmation péremptoire des Publications Agora ; c’est la version très sérieuse défendue par de nombreux stratèges conseillant les plus grandes banques de Wall Street pour expliquer l’accélération de la spirale baissière du pétrole depuis lundi après-midi.

Le contexte géopolitique se tend, la guerre que mène Ryad par procuration avec Téhéran en Syrie et au Yémen, l’offensive de Daech en Lybie… tout cela est interprété comme un chèque en blanc pour inonder le marché de pétrole.

Ce serait désormais le chacun pour soi parmi les membres de l’OPEP et c’est à qui inondera le marché le premier… Une stratégie tout simplement suicidaire, les cours baissant plus vite que les supertankers ne peuvent accoster aux terminaux pétroliers.

Alors que le pétrole tentait de refranchir les 38 $ sur des informations concordantes faisant état d’un missile tiré depuis le Yémen et qui aurait fait mouche samedi dernier sur des installations pétrolières saoudiennes (après plusieurs tirs infructueux), un décrochage d’une rare brutalité est survenu lundi (-5% en moins d’une heure). Ce mouvement avait de quoi intriguer : il n’était relié à aucune information connue du grand public et s’est amorcé comme si de gros programmes de ventes s’étaient déclenchés simultanément pour casser les reins des acheteurs, suscitant des liquidations de position en mode panique, toujours en vertu du principe que « quelqu’un sait sûrement quelque chose » ou qu’il ne faut pas être le dernier à s’éloigner d’une grenade dégoupillée.

La séance du mercredi 6 janvier restera historique quoi qu’il arrive puisque le baril de WTI a dévissé de -5,6% pour s’enfoncer en quelques heures sous les 34 $ (33,95 $), pour la première fois le 12 février 2009. Et ce matin, je vous le disais, le Brent a chuté jusqu’à 32,16 $ et le WTI à 32,09 $.

Les stocks d’essence ont bondi de +10,6 Mns de barils à l’issue de la dernière semaine de l’année 2015, ce qui signifie que les capacités de stockage US sont à saturation.

La faillite du Shale oil…

Le cauchemar continue pour les actionnaires des sociétés pétrolières, parapétrolières, et fournisseurs de matériel d’exploitation (forage, structures off-shore, pipelines, etc.).

La plupart des groupes ont chuté de plus de 10%, des écarts caractéristiques d’une capitulation finale.

Mais c’est très souvent ce moment que guettent les amateurs de sensations fortes… et de rebonds spectaculaires.

Mais pour certaines sociétés trop endettées, le scénario est plutôt comparable à celui de l’été 2008 pour les assureurs crédit – qui ont tous fait faillite.

Le maintien des quantités de shale oil extraites diminuant à peine depuis août dernier, on pourrait être tenté de penser que la quasi-totalité des entreprises poursuivent leurs opérations… Mais en réalité, ce sont les rares exploitants encore rentables qui sortent du pétrole à plein régime afin d’essayer de rembourser leurs dettes coûte que coûte… tandis que d’autres sont en train de remplir les formulaires de mise sous protection du Chapitre 11 de la Loi sur les faillites. Eh oui, la plupart des sociétés cotées qui ont perdu 80 à 90% de leur valeur ne s’en relèveront pas. (Ndlr : Depuis plus d’un an maintenant, Jim Rickards explique à ses lecteurs pourquoi l’Arabie Saoudite maintient la pression sur le pétrole, et pourquoi cela mène à la faillite des compagnies de shales oil. Son indicateur de market timing, dont il vous parle ici, est absolument formel sur l’analyse et a permis de shorter le pétrole et de générer un gain de 1058% en 6 mois. Pour en savoir plus, lisez l’explication de Jim ici)

Vous n’avez rien à perdre car vous n’y toucherez pas… mais attention aux banques qui les ont financées avec de l’argent gratuit et qui pariaient sur une croissance mondiale alimentant une flambée du pétrole éternelle.

… risque de déclencher la faillite de banques

Assurez-vous bien, si vous succombez aux sirènes du consensus sur les banques (« elles sont tellement en retard ») qu’elles ne soient pas fourvoyées en accordant massivement des prêts high yield aux nouveaux champions du shale oil.

Et n’oubliez pas qu’au moins 4 des 6 plus grandes banques systémiques américaines gèrent des encours de produits dérivés supérieurs à 50 000 MILLIARDS de $, soit deux fois et demi le PIB américain chacune. Que ces encours se retrouvent amputés par une perte de seulement -0,01%… et leurs fonds propres seront désintégrés.

Que cela ne se soit pas déjà produit avec des dérivés adossés à un pétrole qui chute de -70% en 1 an tient du miracle ; mais parier que des centaines de milliards de dette high yield en défaut n’aura aucun impact… relève de l’inconscience.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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