Le pétrole à 69$ le baril cet été

Rédigé le 28 février 2008 par | Matières Premières Imprimer

L’alternance infernale des hausses et des baisses de la fin janvier ne s’est pas calmée depuis le zénith inscrit le 1er février dernier : les contours d’une récession américaine se dessinent de plus en plus clairement au fil des jours et des semaines.

Moins de croissance aux USA (c’est une certitude) et en Europe (la proposition inverse tiendrait du prodige), c’est assurément moins de consommation de carburant… Mais une fièvre spéculative a propulsé le baril de pétrole au-delà des 100$ en l’espace d’une quinzaine de jours (du 7 au 22 février).

Qu’est-ce qui fait vraiment grimper le pétrole ? Les bisbilles entre Hugo Chavez et le group Exxon-Mobil (épaulé par la Maison Blanche qui a décidé de geler des avoirs vénézuéliens sur le sol américain) ont servi de catalyseur.

Admettons que les marchés jugent cet incident « fâcheux » d’un point de vue diplomatique, il n’a pour autant pas d’incidence sur la quantité de pétrole extraite et commercialisée sur la planète.

… Pas de déséquilibre de l’offre mondiale pour l’instant, donc. Au pire, les USA devront solliciter un peu plus leurs alliés soudaniens et mexicains en cas d’embargo sur les exportations vénézuéliennes.

La flambée du baril de 87$ vers 96$ pour ce seul motif diplomatique me parait donc excessive. Et la spirale haussière qui a propulsé l’or noir encore 5$ plus haut, jusque vers 102,08$, me semble carrément surréaliste.

Si aucun des arguments pétro-stratégiques avancés classiquement à chaque poussée de fièvre du baril (troubles politiques et sabotages au Nigeria, provocations iraniennes, attentats en Irak, opportunisme de l’OPEP qui adopte une posture cyniquement « non coopérative »…) ne tiennent la route, alors il faut peut-être chercher l’explication du côté des facteurs spéculatifs.

Un afflux de liquidités sur le NYMEX (contrat WTI) et sur les marchés à terme londoniens (contrat Brent) coïncident avec une désertion de nombreux fonds de classes d’actifs désormais considérés comme « à risque » (actions, émissions obligataires du secteur privé… sans parler des CDO et autres CDS de sinistre réputation).

Cet argent en quête de placements offre une forte volatilité haussière et est également très versatile : il part chercher une bonne fortune sous d’autres cieux à la première occasion.

Dans ces conditions, et puisque la conjoncture ne saurait servir de base stratégique fiable, il n’est pas inutile de se tourner du côté de l’analyse technique… car les chartistes ont une impressionnante quantité d’éléments graphiques à faire valoir pour cerner les futures évolutions de l’or noir.

A partir de maintenant, le pétrole est dans une configuration très baissière J’ai donc pris le graphe du pétrole sur six mois, depuis que le pétrole est venu toucher le support de son canal haussier de moyen terme le 22 août 2007 à 68,60$.

Avec son nouveau record à 102,8$ le baril, tous les regards des analystes se tournent déjà vers les prochains sommets : 104,5$ dans l’immédiat… puis 113$ le baril. Mais quoi qu’en dise le consensus, les 102$ épuisent les forces des acheteurs… et aujourd’hui, le pétrole est dans une configuration très baissière !

En effet, le WTI coté sur le NYMEX (il s’agit de la référence « livraison avril ») s’inscrit une fois encore au sein d’un biseau horizontal moyen terme légèrement évasé dénommé « porte voix » et qui pourrait aussi bien précéder une forte consolidation en direction des 78$.

La configuration en « porte voix », qui est plus que largement ébauchée depuis fin octobre 2007, est constituée d’un support horizontal très facilement identifiable à 86,9/87$ (testé du 3 au 10 décembre 2007, du 22 au 24 janvier 2008 puis les 6 et 7 février dernier) puis d’une résistance oblique légèrement ascendante qui unit les sommet du 7 novembre 2007 (98$) suivi du 21 novembre 2007 (98,7$) puis des 2 et 3 janvier (100,1$) avant de rallier les 101$ ce 26 février.

Ce scénario déjà été observé du 21 avril au 8 août 2006 (entre 75,3 et 77$) et le pétrole avait reperdu plus d’un tiers de sa valeur au cours des cinq mois suivant, retraçant les 50$ à la mi-janvier 2007).

Le baril vient donc de doubler (très exactement) en l’espace de 11 mois et une semaine.

Et si le genre de correction moyen terme observée fin 2006 survenait (dans des proportions identiques à la précédente), alors le WTI pourrait très bien se rapprocher des 68,5/69$ d’ici l’été prochain : le baril retrouverait ses niveaux de la mi-août 2007.

Mais si le dollar s’en mêle… A contrario, considérant que l’amplitude moyenne des vagues de hausse qui se sont succédées depuis janvier 2007 est de +20/+21%, l’objectif prévisible des acheteurs par rapport au dernier plancher des 87$ serait de 104,50$…

Mais vous conviendrez que, par rapport au palier des 99$ qui sert de pivot depuis le 20/02, ce petit gain potentiel de 5$ supplémentaire est un gain bien maigre pour inciter les acheteurs à prendre des risques démesurés.

Sauf que… mathématiquement, une rechute du dollar sous les 1,50/euro pourrait y contribuer grandement et donner le petit sursaut qui porterait le pétrole à 104.5$… puis 113$.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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