Le péril grec mettra-t-il le feu aux poudres ?

Rédigé le 23 janvier 2015 par | Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

Cette semaine, la BCE a complètement occulté le péril grec : les marchés sont euphoriques suites aux injections de liquidité promises par Mario Draghi. Nous avons publié pas mal d’article sur le sujet hier, n’hésitez pas à les consulter ici, ici, ici, ici et enfin, ici : je ne reviens pas dessus.

Mais les marchés risquent vite de déchanter car c’est dimanche prochain que les électeurs grecs se rendent aux urnes pour des élections législatives à haut risque, et sous l’oeil inquiet de Bruxelles et du FMI car le parti a 3 ou 4% d’avance dans les sondages.

D’un côté, le Premier Ministre en exercice, Antonio Samaras, veut capitaliser sur l’amélioration de la conjoncture économique du pays. Au troisième trimestre, la croissance grecque a été de 1,7%, la première hausse de son PIB en 6 ans… et on dit que la croissance du PIB pourrait  atteindre 3% en 2015. C’est donc techniquement la fin d’un long calvaire pour le pays même si le chômage stagne à 27%. Paradoxe donc : celui qui a, semble-t-il, redressé le pays risque d’être battu au moment où la Grèce sortirait la tête de l’eau…

Car vous n’êtes pas sans savoir que c’est le parti d’extrême gauche, Syriza, qui est actuellement favori.

Après six ans d’austérité budgétaire et une chute du PIB de 25%, les Grecs semblent à bout de souffle, et Syriza, le parti d’extrême gauche, leur promet de les débarrasser de cette politique dépressive. Car souvenez-vous : en l’échange de quelque 240 Mds€ d’assistance, la Troïka (BCE, FMI et Commission Européenne) a exigé une cure d’austérité énorme pour éviter la faillite du pays (en vain, le Grèce est encore et toujours en situation de faillite). Alexis Tsipras, le leader de ce parti de gauche, est très critique vis à vis de cette politique.

Ses propos sont très simples.

Il veut conserver l’euro en tant que monnaie nationale, mais prévient que les dettes souveraines  ne seront pas remboursées (ne pourront pas l’être) tant que la Grèce fera l’objet de noyades budgétaires permanentes. En fait, Alexis Tsipras veut faire pression sur l’Allemagne pour réussir à aménager sa dette, qui pèse actuellement 175% du PIB. Il faut se rappeler qu’au sommet de Londres, en 1953, la Grèce s’était positionnée pour une réduction drastique de la dette allemande, de l’ordre de 62,6%. De 38,8 milliards de Deutschemark, les dettes d’avant et d’après-guerre de l’Allemagne ont été ramenées à moins de 14,5 milliards de Deutschemark. Nul doute que chez Syriza, on a encore en mémoire cet événement vieux de plus de 60 ans.

Autres mesures défendues par Syriza : le rétablissement du salaire minimum à 751 €, des subventions pour l’alimentation des familles pauvres ou encore des aides aux retraités.

Mais Syriza pourra-t-il réellement tenir ses promesses ? Pourra-t-il renégocier la dette du pays ?

grèce

Il semblerait que oui : la dette grecque serait facilement renégociable puisque détenue à 75% par le fonds de secours européen, la BCE ou encore le FMI. Le gouverneur de la banque de France a d’ailleurs expliqué dans les colonnes d’un journal allemand qu’il serait opportun pour les gouvernements européens de rééchelonner la dette et d’étendre les conditions de remboursement.

Quoi qu’il en soit, les marchés semblent désormais ne plus s’inquiéter du cas grec. Les taux longs se détendent toujours dans les pays périphériques, ce qui prouve que le risque systémique est écarté : le 10 ans italien est à 1,66% tandis que les rendements espagnols et portugais sont à 1,50% et 2,76%.

Alors il n’est pas improbable, évidemment, que les marchés actions ou obligataires souverains déchantent lundi matin. Et que, pour faire bonne figure, ils consolident lourdement – ce qui serait logique étant donnée la hausse euphorique dans laquelle ils terminent la semaine. Mais à mon sens, tout rentrera dans l’ordre rapidement.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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