Inscrivez-vous gratuitement à La Bourse au quotidien


Le marché est mort

Rédigé le 26 mai 2016 par | Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Dans ma vidéo de mercredi, j’évoquais des gérants qui, n’ayant identifié aucune cause réelle et motivante pour acheter des actions (déjà hors de prix) ou miser sur une croissance demeurant une vue de l’esprit, se mettent à acheter du risque.

Il devient impérieux d’acheter du risque, au même titre que du gasoil ou du Sans plomb 98… Mais peut-être juge-t-on désormais déraisonnable d’acheter du solide ou du bien managé. Ce qui s’avère à la longue profondément ennuyeux.

Qu’est-ce qui caractérise un titre présentant le merveilleux atout de comporter du risque ?

Il doit réunir, au moins, ces trois conditions :

  1. Avenir incertain (marges sous pression, conjoncture défavorable, etc.) ;
  2. Valorisation probablement très élevée (mais pas en cas de miracle) ;
  3. Rendement nul ou au contraire trop élevé (exemples antagonistes : l’ex-titre Alcatel qui n’a jamais versé un dividende depuis 2001 et EDF qui verse des dividendes supérieurs aux profits réalisés).

Ce sont des titres avec lesquels on se sent inconfortable, dont on doute de la pertinence du business model, qui font l’objet d’évaluations radicalement divergentes et dont la valorisation s’avère aléatoire.

Ce ne sont pas des achats que l’on réalise par plaisir (comme celui de remettre en portefeuille une pépite qu’on avait eu le flair de vendre au plus haut), ni par conviction (comme jouer une recovery, une zone géographique), mais parce que d’autres se mettent à payer et que de ce fait, on cesse de coller au benchmark.

Comme le disait Julien Nebenzahl qui débattait avec moi mercredi matin, c’est un marché comportemental. Et parmi le vaste éventail de comportements boursiers auxquels il est permis de se référer, celui qui semble s’appliquer au présent cas de figure c’est le… panurgisme (du mouton, oui).

Comment qualifier autrement l’euphorie qui a apparemment submergé, en quelques minutes mardi matin, ceux qui ne détectaient aucun catalyseur haussier à l’ouverture, mais qui étaient prêts à prendre n’importe quel train en marche, pourvu qu’il se passe quelque chose ?

J’anticipais depuis une semaine un coup de Trafalgar (voir ma vidéo de jeudi dernier) et plus précisément à la hausse : je n’ai strictement aucun mérite puisque, de toute façon, la BCE n’a pas d’autre stratégie que celle consistant à faire grimper le prix des actifs dès que l’occasion se présente. En l’occurrence, il s’agit de nouvelles propositions de l’autorité de supervision (de la BCE naturellement) visant à réduire le poids des créances douteuses dans le bilan des banques (un équivalent du stockage des déchets radioactifs par enfouissement profond).

Pour en revenir à la thématique comportementale : de nombreux commentateurs évoquaient l’impact haussier des rachats de short (des vendeurs à découvert pris de panique et rachetant le marché à tout prix).

Cela ne me semble pas tenir la route : les 15 jours de grand nettoyage (du 10 au 23 mai) ont essoré et désossé tous les spéculateurs à la petite semaine, les vendeurs comme les acheteurs. Ne restait opérationnelle que la réplication indicielle passive (via les ETF et les contrats sur indices, potentiellement couverts par des ventes d’options).

A propos de cette fameuse séance de mardi : j’attends (et risque d’attendre longtemps) que quiconque produise la preuve technique de rachats de vente à découvert. Selon mes sources, c’était le désert, le néant, à peine l’écume des choses. Personne (de physiquement vivant !) n’a ramassé de papier hier, sauf quelques rares analystes techniques achetant du risque en se bouchant le nez. Personne non plus n’a vendu à découvert face à l’acheteur unique qu’est la BCE, que chacun repère comme le loup blanc dès qu’elle commence à retendre les grosses ficelles qui font danser les indices.

Nietzsche déclarait il y a un siècle « Dieu est mort ». Aujourd’hui il s’écrierait « Le Marché est mort »… et la date à graver sur sa tombe est celle du 24 mai 2016.

Alors oui : la BCE peut tirer le CAC 40 vers 4 600, mais je fais le pari que la hausse va commencer à s’enrayer sur les 4 500, alors que le CAC 40 Global return renoue déjà avec la résistance majeure des 11 000 points.

Celle que naturellement personne n’évoque, chacun étant trop occupé à deviner quelle valeur bancaire va rajouter +10% aux 10% déjà gagnés en 48 heures.

Parce qu’en réalité, en comptabilisant les dividendes distribués en mai, le CAC 40 flirte déjà avec les 4 600 et affiche un niveau de valorisation bien supérieur à ce que les gérants ressentent. Et ce qu’ils ressentent en réalité, c’est la peur de rater une hausse !

Qui est déjà faite…

Mots clé : - -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Laissez un commentaire