Le marché, ce grand malade mental

Rédigé le 1 avril 2011 par | Matières Premières Imprimer

Moins de 10 séances se sont écoulées depuis l’annonce que Fukushima est « hors de contrôle ». Fait étrange : un tel facteur d’incertitudes (en terme de coût financier et humain) est salué par la plus fort hausse des indices US depuis fin novembre 2010.

Le Dow Jones réussit tout simplement à re-tester son record du 18 février dernier. Il a clôturé à 12 350 points ce mercredi –- soit son plus haut du 18 février, inscrit avant la guerre en Libye, la multiplication des signaux pré-récessionistes et l’explosion des rendements exigés pour refinancer les PIGS.

Plus ça va mal, plus le Dow Jones grimpe… plus les volumes faiblissent Il y a une expression qui circule sur les forums boursiers anglo-saxons et qui fait de plus en plus d’adeptes : « this market is a flying carpet » (ce marché, c’est un tapis volant).

C’est une belle image mais ce n’est pas tout à fait exact… car il n’y a pas de marché (notion qui suppose une multiplicité d’acteurs cherchant le « juste prix ») : il y a un acheteur unique, la Fed, puis son cortège de suiveurs, c’est-à-dire des Hedge Funds gérés par des robots décérébrés qui ne font que répliquer aveuglément la tendance.

Toutes ces considérations mises à part, le Dow Jones progresse de façon assez classique (canal haussier parfaitement linéaire, fruit du trading algorithmique)… mais déroutante puisque les volumes d’échanges se contractent à mesure que les cours progressent.

Le marché, ce grand malade mental Plus les indices grimpent, plus les échanges se contractent avec une surprenante régularité. Personne n’est dupe de ce qu’il se passe : cette hausse respire la fausse monnaie et la manipulation indicielle à plein nez. Le message que nous délivre le marché est donc : plus chaque jour qui passe accroît l’étendue géographique du désastre nucléaire de Fukushima (ou l’incertitude sur l’évolution de la situation géopolitique au Proche-Orient), plus les actions américaines représentent l’endroit le plus sûr pour placer ses économies. Pas bête.

La seule « grande peur » depuis quelques jours, c’est celle de rater la hausse ! Si le marché reflète effectivement de telles dispositions psychologiques… alors le marché est un grand malade mental. Mais combien de temps l’asile va-t-il rester sous la coupe du plus dément de ses pensionnaires ? C’est difficile à établir… et une certaine forme d’accoutumance au délire ambiant est bien caractérisée par l’abstention générale des acheteurs finaux : le « laisser-faire » triomphe tant que le directeur de l’asile répand le contenu de la caisse dans le couloir.

Ceux qui le peuvent se servent et filent jouer cet argent mal acquis au casino boursier.

Faut-il miser sur un Dow Jones à 13 060 points (zénith du 2 mai 2008) ? Les analystes soulignent que le DJIA est encore loin de ses sommets historiques (14 150 points). Mais c’est une considération purement algébrique car les niveaux de cours des 26 constituants du Dow, hors secteur financier, sont plus élevés qu’à l’automne 2007 !

Le marché n’a plus de mémoire L’indice historique n’a même pas hésité au contact des 12 260 points : cette résistance a été traversée comme si elle n’avait jamais existé (qu’en est-il de la légende de la « mémoire » des indices !), le ratio hausses/baisses renoue avec les 8 sur 10 qui prévalaient avant le 18 février dernier.

Avec le franchissement des 12 400 points (en direction des 13 050 points), il faudrait se méfier d’un piège car tous les signaux techniques passeraient simultanément à « haussier » sur tous les horizons de temps… Et c’est exactement ce qui s’était produit le 15 mars mais à la baisse, avec le résultat que nous connaissons (un énorme contre-pied technique qui dément l’inversion de polarité des oscillateurs en daily, weekly et monthly).

Le Dow Jones accomplit systématiquement l’impossible depuis le 16 mars : maintenant que nous commençons à lire des commentaires affirmant qu’il est impossible qu’il rebaisse — puisqu’il a résisté à tout –, nous vous recommandons la plus grande prudence.

Les seuils de retournement à la baisse sont assez faciles à identifier sur le Dow Jones : 12 000 points puis 11 750 points (MM100)… avec l’émergence d’un scénario où la situation pourrait rapidement devenir incontrôlable sous 11 600/11 575 points (plancher du 31 décembre 2010).

Je sais que nombre d’entre vous me reprochent d’être un éternel pessimiste devant la hausse et de sans cesse plaider pour la prudence, ou un retournement. Je ne suis pas pessimiste de nature. Je le suis car forcé devant de telles absurdités de marché, devant de telles aberrations, anomalies, folies boursières, insanités financières !

Maintenant, si vous préférez, malgré mes analyses, malgré ma conviction et alors que le marché est vraiment un grand malade, je peux aussi faire comme tous les titres de mass media : « Achetez braves gens, il est encore temps de profiter de la hausse ! »

PS : Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Laissez un commentaire