Le jour viendra où Wall Street ne croira plus aux belles histoires... | La Bourse au Quotidien


Le jour viendra où Wall Street ne croira plus aux belles histoires…

Rédigé le 30 juillet 2018 par | Actions, Analyses indices, Big caps, Indices, sociétés et marchés, US Imprimer

Traders dans la salle de marché du NYSE (Wall Street)Nous avons assisté à un rétropédalage en règle à la Maison-Blanche après la publication de la première estimation du PIB du deuxième trimestre aux États-Unis.

Celle-ci a révélé une croissance impressionnante de 4,1%, soit un doublement du rythme en l’espace de trois mois par rapport à l’estimation initiale du premier trimestre (estimation révisée vendredi de 0,2 point à la hausse, à +2,2%). Cette accélération s’explique en partie par les achats de soja et de semi-conducteurs en anticipation d’une guerre des tarifs douaniers.

Steven Mnuchin s’est chargé de prendre le contrepied des attaques récemment proférées par Donald Trump à l’encontre de la FED, le Secrétaire américain au Trésor ayant sobrement affirmé que les « taux sont OK ».

Le loyer de l’argent est quant à lui à 2% et est anticipé à 2,75% d’ici 12 mois. Le président américain n’exclut par ailleurs pas le scénario d’une croissance américaine à 5% d’ici la fin de l’année, hypothèse sur laquelle il pourrait s’appuyer dans le cadre des élections de mi-mandat et dont il pourrait faire un slogan du type « Vous souvenez-vous du dernier président qui avait offert 5% de croissance à l’Amérique ? ».

Le dernier, c’était Ronald Reagan en 1984, mais l’ancien acteur n’y fut pas pour grand-chose dans la mesure où le début de son mandat coïncida avec un rebond mécanique de l’économie américaine, après une période de récession provoquée par l’offensive de Paul Volcker (un ancien patron de la FED) contre l’inflation au début des année 1980 (les taux avaient été portés jusque vers 18%).

Et pour retrouver une croissance régulièrement supérieure à 5%, il faut remonter aux années Nixon et à la guerre du Vietnam, qui rajoutait un point de croissance… et autant de déficits.

Le risque de shutdown fait son grand retour…

Or, pour creuser des déficits, Donald Trump n’est jamais à court d’idées ! Après la hausse de 132 Mds$ du budget alloué à la défense en 2018, il est revenu à la charge avec une « broutille » de 25 Mds$… mais qui ne passe toujours pas auprès du Congrès : la construction d’un gigantesque mur supposé rendre étanche la frontière américano-mexicaine, qui s’étend du Texas au Pacifique.

Et comme il n’a toujours pas persuadé le Congrès du bien-fondé d’enfermer le Mexique derrière un rideau de fer de 3 145 kilomètres (soit un coût de 7,862 M$ par kilomètre), le locataire de la Maison-Blanche menace désormais de ne pas valider pas le projet d’extension du déficit budgétaire (1 300 Md$) au-delà du 28 septembre prochain, ce qui provoquerait un shutdown des administrations.

De quoi susciter l’ire de nombreux médias américains, qui ne se privent pas de tirer à boulets rouges sur la politique migratoire de Washington et dénoncent un chantage.

Donald Trump peut toutefois se prévaloir d’une adhésion quasi-unanime des militants et sympathisants républicains à sa gestion du dossier des migrants, par-delà la polémique suscitée par la découverte de cas d’enfants séparés de leurs parents et leurs auditions ubuesques par des juges.

Alors, une fois de plus, le chef de l’exécutif américain est passé à l’offensive contre la presse, contre les faiseurs de « fake news » et a même qualifié les journalistes « d’ennemis du peuple ».

Le patron du New York Times Arthur Greg Sulzberger a peu goûté la saillie et prévenu Donald Trump lors d’une entrevue que « son langage incendiaire, dangereux et nuisible contribuait à une augmentation des menaces contre les journalistes et allait inciter à la violence ».

« Ce sont les médias qui mettent des vies en danger, et pas seulement celles de journalistes […] en révélant des délibérations internes de l’administration », a riposté le successeur de Barack Obama hier dans un tweet.

Et d’enfoncer le clou : « Le New York Times et le Washington Post d’Amazon ne font qu’écrire des articles négatifs, même sur des réussites avérées, et ils ne changeront jamais ! »

Nous voici entraînés bien au-delà des accusations devenues traditionnelles d’un président clivant. Donald Trump est en train de littéralement fracturer son pays ! Mais comme il aime à le répéter, il travaille d’abord pour tous ceux qui le soutiennent et l’ont fait élire, et peu importe que la presse taxe ses supporteurs de xénophobes et d’extrémistes.

A cet égard, les candidatures racistes et anti-musulmanes – beaucoup moins « soft » que celles d’extrême droite en Europe – se multiplient au sein d’un camp républicain de plus en plus décomplexé.

… et Amazon en prend de nouveau pour son grade

Enfin, Donald Trump s’en est pris une nouvelle fois ce week-end à Jeff Bezos, l’homme le plus riche des Etats-Unis, et il semble déterminé à user de tous les leviers à sa disposition (fiscalité, lois anti-trust, renégociation des accords avec la poste…) pour mener la vie dure au géant Amazon et à son principal organe de presse, le Washington Post.

Pour autant, Wall Street se refuse toujours à prendre au sérieux le risque d’un conflit ouvert entre la Maison-Blanche et Amazon, parce que le géant de l’e-commerce est devenu une machine à cash et que Trump n’a aucun intérêt à faire trébucher ce champion planétaire… même s’il juge ses pratiques fiscales (et bien d’autres) contestables.

Mais attention ! Les FAANG (Facebook, Apple, Amazon, Netflix et Google/Alphabet) ont cessé la semaine dernière d’être les locomotives du Nasdaq et du S&P500. Facebook (US30303M1027-FB) a ainsi plongé de près de 20% mercredi, suivi de Twitter (US90184L1026-TWTR) (-20% également) vendredi, sans oublier le coup de tabac sur Netflix (US64110L1061-NFLX) le 17 juillet dernier (-14% à l’ouverture), Netflix qui a déçu en termes de recrutement d’abonnés, mais qui fait surtout peur concernant la dette et l’insuffisance de cash flow

Tesla (US88160R1014-TSLA) n’est pas non plus à l’abri d’une vague de perte de confiance alors que le constructeur de voitures électriques ne respecte aucun de ses objectifs et produit les véhicules les moins fiables et les plus mal notés en matière « d’agrément » parmi ceux vendus aux Etats-Unis… Tôt ou tard, l’image bobo-écolo-branchouille ne suffira plus !

Jusqu’à jeudi dernier, Wall Street pardonnait tout, à Donald Trump, à Facebook, à Amazon, à Tesla… Le pire qu’il puisse arriver serait que cette indulgence s’évapore soudain et laisse la place à un état d’esprit de créancier mal luné auquel on ne raconte pas (ou plus) de « belles histoires ».

La confiance recule un peu en Europe, la France aux prises avec sa fiscalité

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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