Le grand hold-up des initiés a commencé !

Rédigé le 29 octobre 2015 par | Apprendre la Bourse, Autres indices, Cac 40, Toutes les analyses Imprimer

Allez, encore un petit effort : il reste une séance et demi à Wall Street pour gagner les 2% supplémentaires qui lui permettrait de réaliser un double exploit historique (et peut-être même un 3ème que nous allons expliciter, parce qu’il signifierait bien plus qu’un simple record algébrique).

Jugez plutôt : le S&P 500 qui affichait +1,2% mercredi soir (après le communiqué de la FED) atteignait en clôture les 2 090 pts et ne se retrouve désormais qu’à 2% de son record absolu des 2 135 pts (atteint en mai dernier).

Le Nasdaq Composite s’envolait lui de +1,3% à 5 096 pts pour, une fois encore, n’être plus qu’à 2,5% de son zénith annuel et historique du 20 mai dernier.

Un retracement des sommets printaniers alors que tous les voyants économiques US se sont dégradés dans l’intervalle (sauf l’immobilier, qui affiche tous les symptômes d’une bulle), voilà pour le premier exploit.

Le second, ce serait l’inscription du meilleur score pour un mois d’octobre depuis 50 ans (les données historiques de ma plateforme ne remontent pas plus loin, mais je parierai bien qu’il n’y ait jamais eu aucune performance de cet ordre depuis la fin du 19ème siècle à Wall Street).

Le record d’octobre 2011 (+9,5% pour le Dow Jones, +10,5% pour le Nasdaq) ne tient plus qu’à un fil… et celui d’octobre 2002 (+10,6% pour le Dow Jones et +13,5% pour le Nasdaq) est largement accessible.

De même, sur les places européennes, comme j’ai déjà eu l’occasion de le signaler (dès vendredi dernier), le record de hausse pour un mois d’octobre (+11%) a déjà été égalé en fin de semaine dernière.

De nouveaux sommets pour les marchés… aux faux-airs de chants du cygne

Face à ce déluge de performances, on pourrait se dire que les records algébriques sont faits pour être battus et que cela ne vaut peut-être plus la peine de s’en émouvoir, surtout quand cela se joue effectivement à 0,5% près, à moins que…

À moins que l’on ne mette en parallèle des performances qui n’ont en réalité rien de commun, sinon leur amplitude. En effet, reprendre 10 à 12% (comme ce fut le cas, par exemple, en 2011), après une chute de 40 à 60% aux airs de capitulation finale, est un scénario récurrent au cours des 30 dernières années…

Cependant aujourd’hui, le record absolu de hausse qui se profile survient au sein même du sommet d’un segment atteignant les 300% de progression en 6 ans et les 222% de hausse depuis octobre 2011. Il s’agit bel et bien d’un 3ème exploit, absolument sans aucun équivalent dans l’histoire des marchés (américains comme occidentaux au sens très large). De tels records n’ont jamais été atteints, et ce même quand les profits et les perspectives de croissance économiques ne cessaient d’être revus à la hausse.

Or, cette année les perspectives de croissance sont bien loin d’être optimistes : le FMI, L’OCDE, la BRI, la Banque Mondiale revoient toutes leurs estimations de croissance à la baisse pour 2015 et 2016, après avoir déjà surestimé 2013 et 2014.

En ce qui concerne les bénéfices et les chiffres d’affaires de Wall Street, corrigés de « l’effet Dollar » pour les entreprises du vieux Continent, ils ne cessent d’être revus à la baisse et les entreprises multiplient les expédients cache-misère comme les programmes de rachats de titres, ou la distribution de dividendes payés à crédit (il est vrai que le crédit ne coûte pas cher actuellement!).

Nous observons donc ce qui pourrait devenir dès ce vendredi soir le plus fort mouvement de hausse des actifs boursiers, lequel se matérialiserait en même temps que la plus mauvaise performance en terme de chiffres d’affaires, d’investissement des entreprises, de distribution du crédit et de vitesse de rotation de la masse monétaire « M3″…

Et si la FED n’était plus capable de freiner cet excès haussier ?

Et la FED voudrait convaincre les marchés qu’elle laisse l’option d’une hausse des taux monétaires sur la table (avec un possible passage à l’acte lors de la réunion des 15 et 16 décembre prochain).

Wall Street a fait mine d’y croire une dizaine de minutes mercredi soir avant de balayer ce scénario en se rappelant que la BCE avait promis d’amplifier son soutien monétaire au mois de décembre tandis que la BoJ (la Bank of Japan, la Banque centrale du Japon) devrait muscler son QE dès demain.

Le dollar n’a pas tardé à prendre +1% face à l’Euro et au Yen : ce retour du billet vert au zénith risque de compliquer la tâche des entreprises exportatrices US. Janet Yellen ne peut se permettre de compromettre la croissance US en amplifiant le handicap constitué par une devise forte… qui accentue les pressions déflationnistes. Ce pourquoi, Wall Street parie déjà que la FED ‘ajustera le tir’ très bientôt : il suffira de laisser s’exprimer une des 6 « colombes » qui plaident pour un maintien du statu-quo, voire, pour l’expérimentation des taux négatifs.

Tout le monde l’a bien compris: la mise en œuvre de politiques monétaires « expérimentales » ne peut déboucher que sur des initiatives sans cesse plus aventureuses pour tenter d’en sortir. Tant que les marchés s’ébahissent à chaque jet de confettis monétaires (destinés à masquer les grosses ficelles et les décors qui tombent en morceaux), les Banques centrales sont incitées à en rajouter.

Le grand hold-up des initiés

L’un des arguments que j’entends de plus en plus fréquemment est le suivant : « Oui, nous savons bien que les banques centrales font n’importe quoi, faussent les prix et même tous les mécanismes du marché… mais comme elles « savent que nous savons » et que tout le monde s’est converti à l’idée qu’il est légitime de tricher quand les organisateurs sont des tricheurs… eh bien la finalité n’est plus de restaurer l’efficience des marchés – ce qui déboucherait un désastre absolu – mais de liquider le maximum de positions tant que les non-initiés croient que cette « nouvelle normalité » à vocation à perdurer éternellement. »

Les assureurs notamment sont priés de convaincre le maximum d’épargnants de convertir leurs placements en euro au profit des actions… maintenant qu’elles sont au plu-haut et que la conjoncture mondiale n’a jamais été aussi défavorable.

Mais aucun niveau de valorisation n’est trop élevé puisque les taux sont à zéro et vont le rester jusqu’en 2018… juste histoire de fêter une décennie d’abolition des lois du marché.

Les « permabulls » sont convaincus que les taux administrés peuvent effectivement être maintenus à zéro encore 12 ou 18 mois… mais les banques centrales n’ont aucun pouvoir sur les « taux marché », lesquels peuvent exploser à la hausse et désintégrer le système dès lors qu’un doute surgira sur la compétence réelle des apprentis sorciers monétaires que les cyniques dépeignent sous l’expression « verbe magique ».

Mais la seule véritable « magie » (noire ?) réside dans le pouvoir de tromper – et appauvrir – autant de monde, aussi longtemps.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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