Le FMI est-il un mauvais prévisionniste ?

Rédigé le 13 juin 2018 par | Statistiques et données macro Imprimer

Christine Lagarde (FMI)

Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international

Les oukases américaines commencent à inquiéter ! Plus imprégné que jamais de son idéologie protectionniste, Donald Trump est, je l’ai évoqué à plusieurs reprises ces derniers jours, décidé à frapper fort l’Europe, la Chine, mais aussi le Canada.

Son but est connu : protéger l’industrie américaine et, d’un point de vue plus politicien, complaire à son électorat ouvrier. L’instauration de droits de douane sur l’acier, l’aluminium et bientôt les voitures européennes participe de cet objectif et préoccupe grandement l’Union européenne, qui est en train de réfléchir à des représailles et à une réponse commune crédible.

Christine Lagarde avertit Donald Trump

Elle inquiète aussi le FMI, qui par vient de déclarer par la voix de sa directrice générale Christine Lagarde que « les nuages les plus gros et sombres (qu’il perçoit) sont ceux de la détérioration de la confiance qui ont été provoqués par la volonté de remettre en question la manière dont s’organise le commerce, la manière de gérer les relations et la manière dont agissent les organisations multilatérales ». Un désaveu cinglant de la politique de Donald Trump que Christine Lagarde a assorti d’un constat amer :

« Les nuages que nous avons signalés il y a environ six mois sont chaque jour de plus en plus sombres ».

C’est la deuxième fois en l’espace de quatre mois que l’institution s’en prend au président américain, après sa réforme fiscale, au sujet de laquelle le FMI se demandait mi-février si elle n’allait pas effectivement « entraîner une croissance des salaires et une augmentation des prix, donc de l’inflation, et si en conséquence on ne (risquait) pas d’avoir une réaction des autorités monétaires, notamment sous forme de hausses un peu plus rapides ou un peu plus fréquentes des taux, lesquelles entraîneraient à ce moment-là des effets sur l’ensemble des économies du monde, notamment sur les économies fortement endettées ».

Le FMI ne décèle que rarement les récessions

Dans l’immédiat, l’estimation de l’institution d’une croissance économique mondiale de 3,8% en 2018 et en 2019 demeure d’actualité, mais alors que le Fonds s’apprête à publier son rapport bi-annuel Perspectives mondiales, le Financial Times se montre sceptique. A en croire le quotidien économique et financier britannique, ses prévisions économiques sont en effet « trop basées sur l’idée que les choses restent à peu près normales ou vont bientôt redevenir normales ».

Pour justifier ce diagnostic quelque peu lapidaire, le FT a calculé le nombre de pays pour lesquels le FMI anticipait une récession depuis 1991 et l’a comparé ce qu’il s’est réellement passé. Il se trouve que chaque année depuis 27 ans en octobre, le FMI a prédit que cinq économies en moyenne allaient entrer en récession au cours de l’année suivante. Or, ce ne sont pas cinq, mais… 26 pays qui, toujours en moyenne, ont connu cette situation.

A l’aune de ce constat, l’optimisme du FMI pour l’année en cours et pour 2019 se doit d’être accueilli avec précaution. Les mauvaises langues et autres observateurs doués de très bonnes capacités mémorielles ajouteront que ce même FMI avait prédit une expansion économique aux Etats-Unis et au Japon en 2009.

Il serait toutefois injuste de réserver ses remontrances au seul FMI. « Tous les prévisionnistes en macroéconomie sont mauvais pour dépister les ralentissements », a ainsi asséné David Turner, chef du département économique de l’OCDE.

De là à envisager une récession mondiale dans les mois à venir, il y a cependant un fossé que, personnellement, je ne franchirai pas…

L’indice ZEW du sentiment économique en Allemagne a dévissé en juin

Guillaume Duhamel
Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel suit l’actualité boursière au quotidien depuis plus de 5 ans. Historien diplômé de l’Université de Paris IV-Sorbonne et journaliste de formation, passé également par le sport et le développement durable, il voue un intérêt particulier aux small et midcaps, ainsi qu’aux secteurs de l’énergie et de l’aéronautique

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Un commentaire pour “Le FMI est-il un mauvais prévisionniste ?”

  1. A quand la suppression d’e l’emprise du dollar dans toutes les relations, à commencer par le pétrole. Les DTS me seraient ils pas les mieux placés par rapport à d’autres monnaies alternatives,?
    Commencer par cela forcerait la libéralisation des échanges et constituerait une riposte mondiale que de nombreux camps soutiendraient.

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