La trop courte mémoire du Dr. Schaüble…

Rédigé le 12 mars 2015 par | Toutes les analyses Imprimer

rtr4oc3eLe ton continue de monter entre Athènes et Berlin : Syriza a fait campagne sur la libération du joug de la Troïka… mais la plupart des grecs sont convaincus que derrière l’hyper-austérité imposée à la Grèce, il y a la main de Berlin en général et l’empreinte particulière du ministre de l’économie, Wolfgang Schaüble.

C’est de notoriété publique, le « Docteur Schaüble » est hostile depuis le début de la crise à toute forme de mansuétude envers la Grèce : il a torpillé − avec l’appui inconditionnel de la Finlande − tous les plans de sauvetage en faveur d’Athènes concoctés par Paris et d’autres alliés européens en 2010/2011 (l’accumulation des retards dans la mise en œuvre d’un plan de sauvetage a coûté des dizaines de milliards à la zone Euro, sans compter un krach boursier).

Alors, l’Allemagne peut-elle se prévaloir d’une exemplarité sans tache qui l’autoriserait à faire preuve d’une sévérité sans merci ?

Alexis Tsipras et son ministre de la justice Nikos Paraskevopoulos remettent chaque semaine sur la table la question des réparations allemandes : ils ont récidivé hier, au grand dam de la presse conservatrice allemande.

Peu de citoyens européens savent de quoi il est question de façon concrète: la Grèce réclame depuis les lendemains de la Seconde Guerre Mondiale le remboursement d’un emprunt forcé accordé au régime nazi (et jamais remboursé par la suite) puis l’indemnisation des dommages causés par la guerre (la palette des estimations est très large et les voies de recours juridiques très étroites).

Selon un calcul de la Cour des comptes grecque, les sommes dues par l’Allemagne (mais en quelque sorte « amnistiées » par les alliés au début des années 50) s’élèveraient entre 269 et 332 Mds€.

Coïncidence, la dette grecque  dont la Troïka (c’est-à-dire l’Allemagne dans l’esprit des grecs) assure la supervision et le paiement avoisine… 320 Mds€.

Et si le Dr. Schaüble soutient qu’il est impossible d’accorder un moratoire sur sa dette à la Grèce, il oublie que dans sa propre jeunesse, l’Allemagne a bien bénéficié d’une telle mesure de clémence financière… ce qui lui a ôté un poids énorme et lui a permis de renouer avec la croissance et la prospérité en l’espace d’une décennie (le miracle allemand de l’après-guerre).

Mais bien sûr, c’était une autre époque, les circonstances n’ont plus rien à voir aujourd’hui : un créancier insolvable doit rembourser sa dette à tout prix, dusse-t-il péricliter et sombrer dans la dépression… c’est ça l’Europe du XXIème siècle.

Difficile de s’empêcher de penser que celle de la seconde moitié du XXème était autrement plus généreuse… et ouverte à la réconciliation.

Qui oserait espérer une réconciliation Schaüble/Varoufakis aujourd’hui ?

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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