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La théorie du complot n’étouffera pas le potentiel de la Russie

Rédigé le 23 mars 2017 par | A la une, Analyses indices, Autres indices, Statistiques et données macro, Taux & Devises, US Imprimer

L’hystérie qui entoure la Russie est assez incroyable, aux États-Unis. On la voit dans les médias, les discours politiques et les conversations courantes. On la doit essentiellement, soit à la campagne peu orthodoxe menée par Trump soit à ses détracteurs. C’est dommage, car la Russie est un pays important qui devrait être pris au sérieux, et non de se faire brocarder comme c’est le cas actuellement.

La Russie : too big to be ignored

Avant de nous immerger dans les aspects les plus sensibles des relations américano-russes, il convient d’examiner la réalité. Les faits sont les suivants :

  1. La Russie est le pays qui recouvre le plus vaste territoire, dans le monde ; il est presque aussi grand que le Canada et les États-Unis réunis. C’est également l’une des deux superpuissances nucléaires, avec les États-Unis.
  1. La Russie est le deuxième producteur mondial de pétrole et de gaz, derrière l’Arabie Saoudite (parfois, elle passe devant l’Arabie Saoudite même). Son économie se range au douzième rang mondial, et sa population au neuvième rang de par sa taille. La Russie est le troisième producteur mondial d’or (250 tonnes par an) et ses 1 460 tonnes de réserves d’or la classent au sixième rang mondial des détenteurs d’or.
  1. Bref, la Russie a trop d’envergure pour être ignorée. Quoi qu’en disent les politiciens et les médias, ce pays ne va pas disparaître. Au contraire, après avoir été mis au ban depuis 2014, sanctionné et affaibli par la baisse des prix du pétrole, la Russie est en train de se redéployer. Le rôle géopolitique de la Russie va compter, quel que soit le nouveau rapport de force.

Émergence de la théorie du complot : les Russes auraient favorisé l’élection de Trump

La publicité négative en terme politique (le travail de sape avait déjà commencé en Europe avec la crise Ukrainienne en 2014) a commencé à se répandre l’été dernier, pendant la campagne présidentielle, lorsque Wikileaks a divulgué les e-mails piratés du parti démocrate. Les services du renseignement américain ont remonté la piste de ce piratage informatique jusqu’en Russie.

Ensuite, les démocrates ont rendu ces fuites responsables de leur défaite à l’élection présidentielle du 8 novembre. C’est probablement exagéré, mais cela a fourni un bon argument à l’aile sociale-libérale-progressiste du parti démocrate. Cet argument a été repris ensuite par leurs sympathisants dans la presse.

Parallèlement, pendant sa campagne, Trump a formulé des commentaires positifs à l’égard du président russe, Vladimir Poutine, et indiqué que s’il était élu, il se pourrait qu’il assouplisse les sanctions économiques prises à l’encontre de la Russie. Un certain nombre de responsables de la campagne de Trump, des personnes nommées par le président, ainsi que d’autres partenaires, avaient des relations d’affaires avec la Russie, notamment Paul Manafort, l’un des directeurs de campagne de Trump, et Rex Tillerson, ex-PDG d’Exxon Mobil et tout nouveau Secrétaire d’État.

Trump pro russe

Comme par enchantement, la cordialité de Trump à l’égard de la Russie et la colère des démocrates à l’égard du piratage se sont transformées en folle théorie du complot, selon laquelle l’entourage de Trump aurait conspiré avec les services secrets russes pour faire pencher l’élection en faveur de Trump. Ces allégations de complot, ainsi que le déchaînement médiatique qui les entoure atteignent leur paroxysme.

L’un des responsables du gouvernement de Trump, le Lieutenant Général Michael Flynn, a dû démissionner de son poste de conseiller à la Sécurité nationale pour s’être entretenu avec l’Ambassadeur russe aux États-Unis.

Le procureur général Jeff Session, autre responsable de l’équipe de Trump, a dû se déclarer incompétent dans le cadre de l’enquête que mènent le FBI et le Département de la Justice sur la Russie.

Les fuites concernant la « Russia connection » semblent venues de nulle part. Plusieurs enquêtes parlementaires sont lancées. Cette histoire n’est pas près de se terminer.

Avant de se noyer dans les marécages nauséabonds du scandale, il est important d’y voir clair afin que les investisseurs puissent se concentrer sur les fondamentaux.

Espionnage et trafic d’influence : la norme pour les grandes puissances !

Évidemment que les services secrets russes ont piraté tous les serveurs informatiques du gouvernement américain qu’ils ont pu trouver, ou ceux des partis politiques. C’est leur boulot. Les États-Unis font de même avec la Russie. C’est notre boulot (bien que les États-Unis le fassent probablement mieux que les Russes).

Évidemment, aussi, que la Russie a tenté d’influencer l’élection américaine. Elle se mêle des élections du monde entier depuis l’instauration du Cominterm (abréviation d' »Internationale Communiste ») par Lénine en 1919.

Les États-Unis se démènent tout autant pour influencer les élections se déroulant à l’étranger, ou les gouvernements étrangers. Ils ont appuyé l’assassinat de Ngô Dình Diệm, président du Viêt Nam du Sud, en novembre 1963. Tous les membres de la Diète du Japon ont été payés par la CIA de 1950 à 1970. Les États-Unis ont influencé les troubles sociaux survenus en Ukraine, fin 2013. Et cela a abouti à la réaction russe que l’on connait en Crimée et à l’est de l’Ukraine.

Je cite des faits. L’idée que la Russie ait piraté nos serveurs et tenté d’influencer nos élections est d’une banalité à se morfondre. La véritable histoire, c’est que le gouvernement Obama n’a rien fait à ce sujet. Pourquoi n’en a-t-il rien dit, pourquoi n’a-t-il pas pris des mesures de rétorsion et imposé des sanctions ?

Réponse : Obama pensait qu’Hillary Clinton remporterait l’élection et que les agissements des Russes n’auraient aucune importance. Oups ! Trump a gagné. Et c’est ainsi que des agissements russes parfaitement normaux se retrouvent au centre d’une tempête politico-médiatique.

En quoi est-ce important, pour les investisseurs ? C’est important car la Russie représente une opportunité d’investissement remarquable, en ce moment, mais on a du mal à s’en rendre compte en raison du brouhaha politique.

Oubliez tout ce « bruit » et regardez seulement l’opportunité Russe

De 2014 à 2016, l’économie russe a été prise dans une spirale infernale provoquée par deux coups durs simultanés : l’effondrement des prix du pétrole et les sanctions économiques infligées par les États-Unis après l’annexion de la Crimée et l’intervention des Russes à l’est de l’Ukraine.

La croissance du PIB russe a chuté d’un niveau légèrement positif en 2013 et début 2014 à un niveau fortement négatif mi-2015, comme l’indique le graphique ci-dessous. Les réserves de change de la Russie se sont effondrée d’environ 550 Mds$ en 2013, à environ 350 Mds$ en 2015, soit un plongeon de 36%.

PIB Russie

Le cours croisé USD/RUB a chuté de 35 roubles par dollar début 2014, à 85 roubles par dollar début 2016. La Russie était K.O. On aurait dit que l’économie allait imploser.

USDRUB Russie

Juste au moment où la Russie allait peut-être crier pitié et se soumettre aux exigences américaines, tout s’est inversé. Le prix du baril de pétrole est remonté de 24 $ à 55 $. Le rouble est remonté à 58 par dollar en mai 2015, alors qu’il avait chuté jusqu’à  85 par dollar en janvier. Les réserves de change se sont stabilisées et sont remontées à près de 400 Mds$.

Ce revirement est dû à la fois à la résilience du peuple russe (que le gouvernement Obama a largement sous-estimée) et au fait qu’Elvira Nabuillina, responsable de la Banque centrale de Russie, a remarquablement bien géré les positions de réserve du pays. Nabuillina est l’une des rares responsables de banque centrale, dans le monde, qui ait réellement compris son métier.

Mieux encore, le président Trump a indiqué qu’il allait peut-être alléger – à la prochaine échéance de juin 2017 – certaines des sanctions économiques imposées à la Russie.

C’est en partie sur cette base que le marché actions russe, dont l’indice RTS mesure les performances, a décollé comme une fusée après l’élection américaine du 8 novembre 2016. Puis, le marché russe a consolidé en début d’année au fur et à mesure que les rumeurs entourant le piratage russe prenaient de l’importance.

Est-ce déjà la fin du renouveau russe ? Ou bien le RTS va-t-il reprendre son rally car les allégations liées à Trump sont dénuées de substance, et parce que les fondamentaux russes sont positifs, indépendamment de l’agitation politique ? Je pense que vous avez deviné notre point de vue sur le sujet.

 

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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