La tentation de passer en mode « taux négatifs »

Rédigé le 15 mai 2014 par | Analyses indices, Apprendre la Bourse, Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Les indices boursiers américains avaient battu des records absolus en cascade lundi en clôture. Ils ont été imités ce mardi par le DAX 30 (+0,53% à 9 754 points, Francfort surpasse son zénith historique de clôture du 17 janvier à 9 750 points) et par le FTSE 100. Ce dernier inscrit sa meilleure clôture de tous les temps à 6 873 points – si l’on veut bien excepter l’unique clôture aberrante et totalement artificielle du 30 décembre 1999 à 6 930 points, qui ne fut jamais retracée pendant les 14 années qui ont suivi.

Le CAC 40 (+0,25% à 4 505 points) a inscrit sa seconde clôture de l’année 2014 au-dessus des 4 500 points – non sans avoir retracé les 4 511 points en intraday (un niveau plus atteint depuis le 3 septembre 2008).

Mais un nombre toujours aussi impressionnant de gérants continue de souligner que le CAC 40 reste à 1 650 points (40%) de ses sommets de l’été 2007… Cela alors que, dividendes réinvestis (en global return pour disposer d’une base de comparaison cohérente avec le DAX), nous avons assisté à une clôture à 10 200 points, un niveau situé au-delà des 10 000 points du 4 septembre 2000 et à 3,6% du zénith absolu du 10 700 du 11 octobre 2007.

Il resterait donc dans l’absolu un peu d’espace pour progresser ?

Je crois en effet que tout est possible, à partir du moment où toutes les barrières mentales sont tombées… ce qui est le cas depuis le franchissement des 4 400 points fin mars.

Les actions françaises se payent en réalité beaucoup plus cher qu’en 2007 – non seulement en valorisation instantanée mais également en termes de revenus anticipés : en résumé, les ratios cours/bénéfices explosent.

Les PER ont progressé de 20 à 30% en 2013. De nombreux stratèges anticipent qu’après un début d’année un peu hésitant où les valorisations se sont stabilisées, la mécanique haussière va retrouver son momentum haletant de l’an dernier.

Une fois de plus, les marchés s’en remettent intégralement à la pompe à morphine des banques centrales : l’assouplissement de la position de la Bundesbank, à l’occasion d’un communiqué d’un de ses membres mardi, valide implicitement le recours à des moyens « non conventionnels » pour combattre la hausse de l’euro et le risque de déflation (taux négatifs, achats d’ABS, LTRO…).

L’option « taux négatifs » semble de plus en plus discutée en haut lieu. Elle constituerait une incitation supplémentaire à acheter des actions, ringardisant au passage le débat autour des PER : même avec un multiple de 100, une action rapporte toujours plus que des taux nuls ou négatifs (ben voyons !).

Cette vision mécaniste de l’investissement – digne des capacités intellectuelles d’un enfant de 4 ans – écrase tout débat économique, balaye toute inquiétude géopolitique. Il n’y a tout simplement aucune alternative à des achats d’actions, peu importe en fait qu’il y ait ou pas de la croissance ou une hausse des profits.

La hausse des profits – en dépit des beaux discours concernant la nécessité de « délivrer » pour confirmer les anticipations – est en réalité un faux débat puisque seuls comptent les dividendes. Or, il est facile de les gonfler artificiellement pour une entreprise… en rachetant ses propres titres avec de l’argent emprunté à 0%.

Alors imaginez la tentation une fois les taux passés en négatif ! Plus aucune raison de détenir de la trésorerie qui ne rapporte rien : bien au contraire, le message de la BCE pourrait devenir « emprunter c’est s’enrichir » !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “La tentation de passer en mode « taux négatifs »”

  1. […] Les dernières informations parues dans la presse ces derniers jours laissent plutôt entrevoir une nouvelle baisse des taux directeurs de la BCE et peut-être même des taux négatifs. Et c’est sur cette politique que revenait Philippe Béchade dans la Bourse au quotidien. […]

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