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GAFA= PIB de la France. La pire équation boursière de tous les temps

Rédigé le 20 février 2017 par | Actions, Big caps, Statistiques et données macro Imprimer

Dans la vidéo de jeudi dernier (le 16 février), je lançais en guise d’avertissement « faites GAFA à la bulle ». Les GAFA… nous allons en reparler aujourd’hui, car vous allez voir qu’ils pèsent plus lourd que l’économie (PIB) française. L’équation boursière menée par les algorithmes devient vraiment terrifiante.

Mais en attendant, le marché, lui, n’a pas fait gaffe et le Nasdaq a inscrit un 9ème record absolu à l’occasion des trois sorcières vendredi soir (+0,41% à 5 738Pts). Cette 9ème symphonie haussière a été permise par l’annonce d’une offre de rachat d’Unilever (+14%) par l’Américain Kraft (qui a bondi de +10,7%) pour un montant de 140 à 145 Mds$… Un projet d’OPA pourtant abandonné dès dimanche…. mais qui a constitué le catalyseur providentiel pour permettre à Wall Street de finir la semaine sur un sans-faute (ce qui est pris n’est plus à prendre).

Cachez cette bulle que le marché ne veut voir

Que les motivations du marché soient ancrées dans le réel ou relèvent d’un délire permabullesque, les commentateurs sont unanimes : les cours progressent tout aussi inexorablement qu’au tournant du 21ème siècle mais sans la moindre hystérie haussière, avec au contraire une sérénité quasi monastique.

Plus rien n’étonne les professionnels alors que le S&P des valeurs Technologiques aligne 13 séances de record historiques consécutives. Même en 1998/1999, une telle série ne s’est jamais matérialisée au plus fort de la bulle des dot.com, en pleine ruée des épargnants attirés comme des papillons de nuit par les spots d’un stade un soir de coupe du Monde. Personne donc ne s’inquiète de cette progression somnambulique qui ne présent « aucune caractéristique classique d’une bulle » — c’est donc que tout va bien.

Oui, il n’y a pas d’inquiétude à avoir puisque les épargnants avides et fascinés des années 2000 sont remplacés par des algos qui ne font que singer de précédentes séquences ultra-bullish, illustrant le principe que la « hausse qui entraîne la hausse ».

Les analystes techniques continuent de constater avec une froide rationalité que le marché reste « robuste » (sic !) et reflète une « psychologie » haussière en béton. Savent-ils qu’il s’agit d’une « psychologie de synthèse », les décisions d’investissement étant automatisées à 99%, partant d’un scénario qui semble soigneusement préétabli tant son déroulement frôle l’absolue perfection ?

 

Quand 5 valeurs pèsent aussi lourd que la France

titanLa programmation des algos s’appuie la hausse des GAFA, ces catalyseurs titanesques de la cote. Mais il serait plus juste de mentionner l’acronyme AGMAF pour pouvoir désormais intégrer Microsoft : les 5 premières capitalisations planétaires sont, dans l’ordre, Apple (710 Mds$), Google (et sa galaxie d’Alphabet à 680 Mds$), Microsoft (qui tutoie les 500 Mds$), Amazon (403 Mds$) et enfin Facebook (avec 390 Mds$).

Mais comment justifier que la valeur cumulée des AGMAF, qui sont le pur reflet d’une économie immatérielle si l’on excepte les i-Phones, pèsent plus de 2 680 Mds$ de capitalisation, soit 40% de plus que le PIB de la France ? Rajoutons Berkshire Hattaway (415 Mds$), Exxon et General Electric (environ 340 Mds$) puis JP-Morgan (320 Mds$), et nous cumulons 4 100 Mds$, soit deux fois le PIB de la France et l’équivalent de celui du Japon ! Imaginez si le PIB de la France grimpait aussi vite que la capitalisation de ces géants !

Cette ultra-concentration est une grande première historique… mais nous attirons surtout votre attention sur le fait que le taux de progression des AGMAF depuis fin juin 2016 est deux fois plus rapide que celui des cinq titans suivants. La raison ?

Les algos sont tout simplement programmés pour surpondérer les valeurs qui surperforment (peu importe l’ancrage dans le réel). C’est l’essence même du scénario auto-réalisateur et en même temps la quintessence d’une bulle parvenue au dernier stade avant sa désintégration – celui ou l’aveuglement le dispute à la peur de rater la hausse. Mais un algo n’éprouve aucune peur.

Avons-nous jamais connu pire situation boursière ?

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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