La hausse de l’or, un attrape-gogos ?

Rédigé le 17 août 2011 par | Matières Premières Imprimer

Dans la lettre Vos Finances, j’avais promis à mes lecteurs, en février dernier, qu’ils seraient riches cet été en achetant de l’or. Il cotait 992 euros l’once (soit 1 426 dollars). Nous y voilà. Nous en sommes à 1 237 euros l’once (environ 1 780 dollars) : +24,7% en euro (et oui, +24,8% en dollar).

Performance du CAC 40 entre février et hier ? -23,6%.

Ne me remerciez pas, c’est bien normal. Voyez-vous mon seul et unique intérêt est de donner à mes abonnés de bons conseils. (Eh oui, c’est seulement comme cela qu’ils se réabonnent).

Aussi lorsque Nathalie Boneil m’a poussé sous le nez un article de Marc Touati publié le 29 juillet sur le site Atlantico.fr intitulé « Crise : la ruée sur lor, eldorado pour gogos« , je me suis inquiétée. Pour Monsieur Touati, l’or est tout simplement en bulle !

Allons donc. De quoi nous parle-t-il.

Sommes-nous des gogos ? Faut-il vendre notre or ? Oui, cher lecteur, je dis « nous » car sans dévoiler ma vie privée, je peux vous avouer que je possède de l’or.

Establishment versus gogos
Marc Touati est un économiste, c’est-à-dire un praticien d’une science molle. Science molle car l’économie et les marchés sont mus par des ressorts humains et psychologiques extrêmement difficiles à modéliser (heureusement !).

L’économie est une discipline qui a ses doctrinaires, ses chapelles et ses prêtres. Marc Touati appartient à la chapelle des néokeynésiens. Sa médiatisation en fait un grand prêtre. Il est professeur à Science Po et contribue à mouler de jeunes cervelles. Enfin, il est directeur des études économiques du fonds Assaya Compagnie Financière. Ce fonds est lui-même coté sur Alternext.

Nous, le peuple des gogos, sommes loin de cet univers. Tout ce que nous voulons, c’est que la monnaie fiduciaire que nous utilisons tous les jours soit capable de stocker de la valeur, qu’elle conserve son pouvoir d’achat dans le temps – que ce soit pour les biens de consommation courante ou pour de l’immobilier. Si nous sentons que ce n’est pas le cas, nous essayons de trouver autre chose…

Les trois ingrédients qui expliqueraient une hausse « saine » de l’or selon Touati
Pour Marc Touati, les trois éléments qui justifient une flambée de l’or sont : « une récession mondiale et/ou un krach boursier et/ou une hyperinflation. Ces trois phénomènes étaient, par exemple, réunis au début des années 1980. »

Cette affirmation est en soi contestable. Je vais donc décortiquer ces trois éléments qui, pour Monsieur Touati, seraient les seuls à justifier cette hausse de l’or.

Déjà, Marc Touati ne nous explique pas clairement en quoi une récession favorise la hausse de l’or. On a l’impression que son analyse de la bulle de l’or se fonde uniquement sur la similitude avec l’épisode des années 1974 à 1980 (1981 pour la France) consécutif aux deux chocs pétroliers.

L’idée communément admise d’une récession est un ralentissement de l’activité économique. Or Touati voit toujours de la croissance. « Même si la croissance américaine décélère légèrement et temporairement, elle avoisinera les 3% en 2011 et 2012. Parallèlement, la croissance mondiale restera particulièrement forte. Elle devrait se stabiliser autour des 4% tant cette année qu’en 2012 (contre un niveau moyen de 3,5% au cours des trente dernières années) », écrit-il.

A ce stade, nous constatons une asymétrie d’informations entre Marc Touati et nous, le peuple des gogos. Je n’ai décidément pas les mêmes informations que lui. J’ai donc du mal à comprendre d’où il peut anticiper une croissance de 3% pour les Etats-Unis en 2011-2012. La croissance américaine du premier trimestre a été révisée à +0,4%. Celle du second trimestre s’affiche à 1,3% (alors que le consensus des économistes attendait 1,8%). Il va falloir que la machine américaine mette le paquet pour atteindre 3% dans l’année après deux trimestres à 0,4% puis 1,3% – si tant est que ce dernier chiffre ne soit pas révisé dans trois mois !

Après révision, les dernières statistiques officielles américaines montrent maintenant que le PIB américain a connu en 2009 sa plus sévère chute depuis l’arrêt de la production civile consécutif à la Deuxième Guerre mondiale. Mais les médias se préoccupent peu des révisions, les chiffres qui occupent la « Une » sont les chiffres chauds.

Depuis 2009 et après deux passes d’impression monétaire, la « croissance » est en réalité anémique, voire absente. Entre 1999 et 2011, le PIB américain a progressé de 5 700Mds$ tandis que la dette publique se gonflait de 8 800Mds$. Les politiques keynésiennes ou néokeynésiennes préconisées par Marc Touati et ses confrères conduisent à ceci : 1$ d’emprunt public achète 0,88$ de PIB. La seule croissance que nous voyons à l’horizon est celle de la dette et du déficit !

Le FMI dans sa note du 17 juin prévoit effectivement une croissance mondiale de 4,3% en 2011. Cependant cette croissance se situe dans les pays émergents soumis à une forte inflation. Là où il y a de la croissance, il y a de l’inflation.

Lors du dernier krach de 2008, l’or a commencé par reculer et non flamber. En 2001, l’or s’est montré volatil et a connu deux pics.

L’analyse du cours de l’or durant le krach de 1929 ne supporte pas non plus cette idée. Et entre 1928 et 1933 l’or a reculé également, passant de 20,66 dollars l’once à 17,06 dollars l’once. Il ne s’est renchéri qu’à partir de 1933.

Le krach seul n’est ni une condition suffisante, ni une condition nécessaire si on se réfère à l’Histoire.

Nous sommes d’accord avec ce point : elle est inexistante… pour le moment. La définition communément admise de l’hyperinflation est une inflation à deux chiffres. Avant l’hyperinflation, on commence par le stade de l’inflation.

Une théorie économique traditionnelle veut qu’inflation et chômage ne puissent coexister. Cette idée est absolument contredite par ce qui se passe en ce moment même en Angleterre (cette île n’est pas un pays émergent que je sache) : inflation 4,5%, chômage 7,6%.

Nous estimons que seul un des trois ingrédients cités par Marc Touati est nécessaire à la hausse de l’or : l’inflation. Mais se limiter à un tel raisonnement fait manquer selon nous les deux forces majeures de la hausse de l’or.

_______________________________Pour vous aider dans vos trades________________________________

Un seul investissement pourrait sortir gagnant des difficultés actuelles…
… et nous lui consacrons une journée toute entière.

Le 16 septembre 2011 marque notre Jour de l’Or, avec de nombreux intervenants dans tous les domaines de l’investissement aurifères : or physique, or papier, minières, pièces, risques, fiscalité… nous ne laisserons rien au hasard.

Le nombre de places pour cet événement exceptionnel est limité : n’attendez pas pour réserver la vôtre !

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Pour nous, pauvres gogos, ces deux ingrédients justifient pleinement la hausse actuelle ce l’or !
Cher lecteur, peut-être connaissez-vous déjà mon premier argument. Les taux d’intérêt réels, c’est-à-dire le taux court diminué de l’inflation, sont actuellement négatifs dans la plupart des monnaies.

Lorsque Mme Michu, Mme Smith, Mme Téousaké déposent de l’argent sur leurs livrets en euro, dollar, livre ou yen, le rendement qu’on leur sert est inférieur à l’inflation. Leurs économies (au sens domestique, le vrai) perdent de leur valeur.

Figurez-vous que Mme Michu, Mme Smith, Mme Téousaké apprécient d’autant moins qu’elles savent que l’inflation est chroniquement sous estimée. Je n’ai pas hélas la place d’approfondir ici ce point, mais vous pouvez vous reporter à un article que j’ai écrit pour MoneyWeek le 5 avril dernier : Pourquoi l’inflation officielle et votre pouvoir d’achat divergent.

Historiquement, à chaque fois que l’épargne est punie dans une monnaie, l’or monte dans cette monnaie. La hausse de l’or depuis 2000 est due à ce simple fait. Il échappe totalement aux brasseurs d’argent car dans ce milieu, on n’épargne pas. Au contraire, on emprunte et le rendement réel négatif est une bonne chose. Le nouveau facteur de hausse, à l’oeuvre depuis cette année, est que de plus en plus de monde réalise que la finance est désormais zombifiée.

Un zombie financier est une créature qui donne l’illusion de la vie car elle paie ses intérêts mais qui est en fait morte car elle sera incapable de rembourser le principal.

Au début on a du mal à détecter le zombie. Mais un symptôme ne trompe pas : sa dette enfle toujours… Le 25 juillet, dans Bloomberg Businessweek, sous la plume de Michael Kinsley « les Etats-Unis sont tombés dans le piège classique du débiteur qui consiste à emprunter pour payer les intérêts du crédit précédent. Ceci signifie que même si nous supprimions complètement le gouvernement, les factures continueraient à arriver, les intérêts resteraient dus, et nous serions incapables de les payer. » Même Bloomberg a détecté le zombie !

Le constat qui s’impose en ce moment pour les pays occidentaux est le suivant : il n’y a pas assez de croissance pour rembourser les dettes, « intérêts comme principal, foi d’animal », dirait La Fontaine.

Face à une telle situation, l’Histoire nous enseigne que les politiques choisissent en général deux voies : imprimer de l’argent (ce qui a déjà commencé), s’engager dans une guerre (c’est le plan de relance ultime). Au sommet de la bêtise humaine, bien entendu, on cumule les deux. Les économistes devraient lire l’Histoire car toutes les bêtises ont déjà été faites. Cela leur éviterait d’élaborer des théories invalidées par l’expérience et de les imposer à leurs malheureux concitoyens

La finance zombie va perdre son triple A. Les banquiers centraux des pays émergents le savent et ils achètent de l’or. La Chine, la Corée, le Mexique, la Russie, le Kazakhstan… les banques centrales des pays émergents ont acheté pour presque 180 tonnes, le double de tous leurs achats de 2010. Les pauvres, mettez-vous à leur place, ils ont stocké le fruit de leur travail en dollar, en yen, en euro et il ne leur a pas échappé qu’on imprimait beaucoup de monnaie en ce moment.

Tous des gogos ? Non, mais simplement l’or est le seul actif qui n’a besoin de payer personne pour être estampillé triple A.

Et si l’or redescend
Marc Touati nous prévoit que l’or redescendra à 1 200 dollars l’once. Je ne doute pas une seconde qu’il ait parfaitement raison. L’or va baisser et peut-être même en dessous de 1 200 dollars l’once lorsque la crise sera finie et que les taux d’intérêt réels seront redevenus décents.

Cet horizon est encore lointain puisqu’aujourd’hui toute augmentation des taux au-dessus de 6% met les gouvernements occidentaux surendettés en faillite. En attendant ce grand jour, tant que les taux d’intérêt réels seront négatifs et que les chiffres officiels d’inflation divergeront par rapport à votre pouvoir d’achat, mettez à profit tout recul pour charger la mule !

_______________________________Pour vous aider dans vos trades________________________________

Ca va mal pour les devises papier. De l’euro au dollar, de la Grèce à la Maison Blanche… la crise de la dette souveraine ébranle les fondations mêmes de notre système économique et financier.

La question, c’est… que faire ?

Dans les lignes qui suivent, vous trouverez une réponse à cette question : un moyen de transformer les turbulences actuelles en potentiel de gain… et ça en seulement 10 minutes par jour, sans prendre de risques inutiles.

Pour en savoir plus, continuez votre lecture…

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

Pour en savoir plus sur Crise, Or & Opportunités et La Stratégie de Simone Wapler.

Visitez le site officiel de Simone Wapler : www.Simone Wapler.fr

3 commentaires pour “La hausse de l’or, un attrape-gogos ?”

  1. Chère Mme il y a longtemps que je lis vos articles pertinents et iconoclastes
    malgré cela je n ‘ ai pas encore d’or
    je pense depuis longtemps que les gouvernements endettés vont bloquer le marché de l’or en interdisant le commerce par les particuliers , seul les pros y auront accès avec moultes taxes extravagantes . les particuliers qui en possèdent seront « gogo » Je n’ai pas d’idée sur les conséquences d’une telle décision, sur la monnaie mais je suis persuadé qu’elle va arriver . salutations et merci pour vos articles , je pense que vous devriez les faire payer ainsi que mr Bonner et Becarde car il sont audacieux JC

  2. […] Première parution dans le Billet du Trader du 17/08/2011. […]

  3. […] Première parution dans le Billet du Trader du 17/08/2011. […]

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