La hausse de l’euro va changer le monde

Rédigé le 19 février 2008 par | Matières Premières Imprimer

Ne vous focalisez pas sur les Unes des médias Ceci dit, il ne faut pas ignorer ce qui se trame sur les autres marchés, même s’ils évoluent un peu en catimini. Ainsi, le marché des obligations a nettement progressé — le phénomène de « fuite vers la qualité » ayant été le maître mot du mois de janvier –, tout comme de celui des matières premières : peu d’intervenants ont remarqué les nouveaux records inscrits sur les métaux précieux.

Le temps où nos hommes politiques criaient au scandale face à l’envolée de l’euro, s’en prenant tantôt à la Banque Centrale Européenne, tantôt à la politique monétaire des Etats-Unis, semble à présent bien loin. Comme d’habitude, la permanente agitation des marchés et le simplisme des médias avaient attiré l’attention du public sur cette actualité… dont tout le monde avait alors parlé. Mais comme à chaque fois qu’un sujet fait la Une des médias, il était alors trop tard pour jouer le mouvement — et les vrais gagnants avaient déjà le regard posé ailleurs. Puis les médias ont mis sur le devant de la scène d’autres sujets plus brûlants, comme la débâcle boursière mondiale.

Mais vous et moi sommes acteurs et non spectateurs de ces marchés, alors que peut bien nous faire toute cette risible panique ? L’analyse technique nous permet d’anticiper ces mouvements et de pouvoir faire partie de ceux qui, justement, en auront profité. Alors voyons de plus près ce qu’elle nous dit concernant l’évolution de l’euro.

La Fed a entrainé le monde avec elle dans sa chute La chute des actions n’a nullement remis en cause l’évolution de l’EUR/USD, ni même la décision de la Réserve Fédérale de réduire drastiquement le coût de l’argent — je vous rappelle qu’elle a abaissé son taux directeur de 1,25% en l’espace de deux semaines seulement : du jamais vu !

Il y a une dizaine d’années, j’avais vu dans une revue américaine une image fort drôle, qui représentait un homme en train de se balancer sur la corniche d’un gratte-ciel new-yorkais. Un autre homme, penché par la fenêtre, lui dit: « Ne sautez pas, attendez au moins ce que va dire Alan Greenspan », et l’autre de répondre: « Je SUIS Alan Greenspan ».

Aujourd’hui, Alan Greenspan a sauté dans le vide, et les marchés mondiaux avec lui. En dix années à peine, que de changements dans un monde de plus en plus complexe ! La fragilité de l’économie américaine, dont tout économiste sérieux parlait il y a déjà dix ans, a enfin éclaté au grand jour. Et la devise européenne, qui traînait sous un dollar au début du siècle, a pris sa revanche (ce qui n’est pas sans poser de problèmes aux économies européennes).

Le soutien de la moyenne mobile à 150 jours (le fameux indicateur de tendance de Weinstein) accompagne allègrement les cours. En l’espace de six mois, l’euro s’est ainsi apprécié de 11%, afin de venir tutoyer un nouveau record historique à 1,49 courant novembre.

L’euro en route vers le 1,605 dollar ! Voilà bientôt trois mois que les cours consolident sous cet obstacle des 1,49. C’est comme si, tel un sportif qui n’ose pas s’attaquer aux 6 mètres avec sa perche, le marché n’osait pas s’attaquer à l’objectif symbolique des 1,50. La pression sous ce niveau se fait de plus en plus grande, et l’hypothèse d’une figure de continuation en « triangle ascendant* » semble la plus vraisemblable. La sortie prochaine de cette figure devrait donc se faire par le haut, ce qui laisse envisager une poursuite de la hausse, avec des objectifs qui se situent respectivement à 1,55 (pour le premier semestre 2008) puis 1,605 à plus long terme.

Il est fort à parier que ce sujet reprendra toute sa place dans nos quotidiens et journaux télévisés dès lors que le seuil psychologique des 1,50 sera franchi… Et comme toujours lorsqu’un niveau a du mal à être franchi, la sortie pourrait être fulgurante. Depuis novembre, la courbe s’est attaquée trois fois à ce seuil de 1,49, avec à chaque fois un reflux. Le jour où les 1,50 seront franchis, la hausse pourrait être aussi belle et rapide qu’en automne 2007.

Les éléments macroéconomiques renforcent ma conviction dans cette hypothèse. Les pays avec les réserves les plus fortes (la Chine, la Russie, le Japon, les pays arabes) depuis longtemps se débarrassent de leurs dollars et n’accélèrent pas le mouvement de peur de ne pas pouvoir sortir à un niveau décent. Mais avec le passage de nouveaux seuils psychologiques, les banques centrales vont probablement se couper le bras.

Avec l’euro à 1,60, le monde va changer Les Américains vont devoir apprendre à gérer leur économie autrement qu’en faisant financer leur déficit et leur inflation par un impôt mondial payé par le monde entier (tous les détenteurs du billet vert).

Quant aux Européens, nous allons devoir faire des miracles dans la course à l’efficacité et à la productivité, voire remettre en cause nos systèmes sociaux trop généreux, trop chers. Car sans cela, les biens et les services européens coûteront de plus en plus cher face à la concurrence américaine et asiatique.

Le comportement de la courbe euro/dollar est tout sauf anodin, et je suis persuadé que loin de représenter une menace, il est au contraire une opportunité, celle de rendre le fonctionnement de l’économie mondiale moins bête, moins injuste. Et c’est aussi une opportunité pour nous, traders et investisseurs, de nous enrichir en misant sur le bon cheval et au bon moment.

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