La guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’UE n’aura pas lieu !

Rédigé le 26 juillet 2018 par | Toutes les analyses, Trading, Bourse Imprimer

Protectionnisme américain et euroscepticisme européenDu Donald Trump tout craché ! Est-ce une preuve supplémentaire de la maestria du président américain en matière de négociation, lui qui continue de se gargariser, trois décennies plus tard, de son ouvrage devenu mythique The Art of the Deal ?

Je lui concède en tout cas une certaine science du contrepied. Avec le peu de recul dont nous disposons aujourd’hui, on peut affirmer sans trop de risque de se fourvoyer que le locataire de la Maison-Blanche aura procédé comme avec Kim Jong-un, « Rocket Man » ravagé et paria, devenu homologue fréquentable : des menaces et admonestations en rafales et, finalement, à la stupéfaction générale, un accord en bonne et due forme.

Ainsi Donald Trump n’est-il pas qu’homme à jeter aux latrines les anciens traités, tous synonymes de mauvais deals : il est aussi capable de s’entendre avec les alliés ou ennemis historiques des Etats-Unis, par-delà les tweets enflammés et jugements soi-disant définitifs.

Pour tout vous dire, moi qui suis le feuilleton de la guerre commerciale de très près, je n’attendais rien de la rencontre entre le locataire de la Maison-Blanche et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Les deux hommes sont cependant parvenus à sceller un accord et le marché parisien a logiquement ouvert en hausse, sous une avalanche de résultats et en faisant abstraction de la publication trimestrielle décevante de Facebook.

Au lendemain de l’avertissement de General Motors (US37045V1008-GM) sur ses bénéfices annuels, une conséquence directe de la hausse des prix de l’acier et de l’aluminium qui a découlé de l’augmentation des droits de douane instaurée par Donald Trump, un mois après la menace de Harley-Davidson (US4128221086-HOG) d’accélérer la délocalisation de sa production, et alors que plusieurs médias américains ont récemment fait état d’une volonté commune et résolue d’Alcoa, d’Amazon et de Toyota de tempérer les ardeurs commerciales de Washington, le successeur de Barack Obama a rétropédalé ou en tout cas changé complètement de cap. Vient-il de prendre conscience que son grand dessein de guerre commerciale risquait de faire beaucoup – trop – de malheureux outre-Atlantique ?

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Un accord gagnant-gagnant

Concrètement, Américains et Européens se sont entendus sur la nécessité d’œuvrer conjointement à une réforme de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) – Philippe Béchade l’évoque également dans son article du jour – et sur l’instauration d’un groupe de travail pour plus de libre-échange transatlantique. « Nous nous sommes mis d’accord pour travailler vers l’objectif d’avoir zéro droits de douane, zéro barrière non-tarifaire et zéro subvention sur les biens industriels hors automobile », a indiqué Donald Trump, selon lequel la journée d’hier aura été « un très grand jour pour le commerce libre et équitable ».

La menace de taxer les importations de voitures européennes à hauteur de 25% à l’entrée du territoire américain est quant à elle suspendue, au grand soulagement d’Angela Merkel, des constructeurs allemands et des équipementiers automobiles.

La guerre de l’acier et de l’aluminium a de son côté vocation à prendre fin, quand bien même les droits de douane supplémentaires instaurés par Washington et leur corollaire (les représailles de Bruxelles sur le beurre de cacahuètes ou encore les jeans Levi’s) demeurent encore d’actualité.

L’UE s’est par ailleurs engagée à acheter davantage de soja et de gaz naturel en provenance des Etats-Unis, un succès majeur pour Donald Trump, qui avait récemment fait sensation en déclarant que « l’Allemagne (était) complètement contrôlée par la Russie ». Il ciblait le projet de gazoduc Nord Stream 2, qui doit acheminer 55 Mds de m3 de gaz par an, de la Russie jusqu’en Allemagne…

Contre toute attente, l’Oncle Sam et l’UE marchent donc de nouveau main dans la main, au point qu’on pourrait se demander s’ils ont vraiment été fâchés. L’accord signé hier semble surtout ne faire que des heureux, avec d’un côté des Européens qui devraient recouvrer toute leur puissance exportatrice et de l’autre un Donald Trump qui rassure de nombreux poids lourds de la cote, le parti républicain (qui était loin de faire bloc derrière lui sur ce dossier) et les Etats producteurs du Midwest, lesquels ont massivement voté pour lui lors du scrutin présidentiel et dont le soutien est infiniment précieux pour espérer l’emporter lors des élections de mi-mandat.

On attend à présent de savoir quel traitement sera réservé à la Chine. Le président américain va-t-il également lâcher du lest sur ce dossier ? Maintiendra-t-il au contraire une ligne très dure comme avec l’Iran ? Bruxelles et Washington vont-ils s’unir contre Pékin ? La réforme de l’OMC dont je vous ai parlé plaide en ce sens.

D’après le communiqué, elle suppose en effet de « traiter le problème des pratiques commerciales inéquitables, notamment le vol de propriété intellectuelle, le transfert forcé de technologies, les subventions industrielles, les distorsions créés par l’Etat et les surcapacités ». On ne saurait viser plus explicitement le modus operandi de l’empire du Milieu…

Bonne séance à tous,

Guillaume

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Guillaume Duhamel
Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel suit l’actualité boursière au quotidien depuis plus de 5 ans. Historien diplômé de l’Université de Paris IV-Sorbonne et journaliste de formation, passé également par le sport et le développement durable, il voue un intérêt particulier aux small et midcaps, ainsi qu’aux secteurs de l’énergie et de l’aéronautique

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