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La Fed continue de faire « comme si »

Rédigé le 29 août 2016 par | Fed, Matières Premières, Taux & Devises Imprimer

Janet Yellen a fréquemment repris à son compte le sentiment d’une amélioration du marché de l’emploi ; mais elle se montre beaucoup moins disserte quant à l’envolée de +31,5% des ventes de logements neufs sur 12 mois. Et pour cause : si elle devait dévoiler la typologie des acheteurs, tout le monde verrait que l’argent déversé par la Fed profite encore et toujours aux mêmes qui s’enrichissent avec les plus-values obligataires et qui captent l’essentiel des dividendes distribués… y compris par des entreprises qui voient fondre leurs bénéfices mais qui augmentent leurs dividendes pour s’assurer la fidélité de leurs actionnaires (cf. Shell et BP).

Pour distribuer de l’argent qu’elles ne gagnent pas, de nombreuses firmes succombent à la tentation de l’endettement (l’argent gratuit, ça ne coûte rien… jusqu’au jour où la trésorerie manque) et à la réduction drastique de leurs investissements (après avoir passé leurs effectifs salariés à la paille de fer).

La chute des investissements, c’est le véritable canari dans la mine d’une violente crise à venir: les entreprises ne croient pas dans l’avenir, redoutent ou anticipent une paupérisation de la clientèle solvable. Cette absence d’investissement se traduit de façon criante par une dégradation de la productivité aux Etats-Unis (-0,5% en regard d’une croissance révisée de +1,2% à +1,1% au 2ème trimestre 2016).

De nombreux chefs d’entreprises et conjoncturistes expliquent que la masse salariale pèse sur les marges. C’est normal puisque c’est le signe que les compressions d’effectifs ont atteint l’ultime limite du processus engagé fin 2008. Il existe quelques exceptions à l’érosion des marges avec des firmes à la pointe de l’automatisation (Amazon) ou de l’optimisation fiscale (Google)… mais Apple commence à souffrir de la concurrence (et de l’inventivité) chinoise ou coréenne, et se retrouve dans le collimateur des Etats qui ne supportent plus de voir ces firmes accumuler des dizaines de milliards de bénéfices pour ne verser que quelques pièces jaunes au fisc.

La conjoncture interne aux Etats-Unis est donc loin d’être idéale (une fois évacuée la fiction statistique du plein emploi) et la Fed doit tenir compte de la conjoncture internationale, avec des pressions déflationnistes qui se renforcent au Japon (CPI à -0,4% en juillet en rythme annuel, aucune chance de voir les prix repasser positifs d’ici fin 2016), et une chute de la demande en provenance des émergents (Brésil, Russie, Mexique, Turquie, pays producteurs de pétrole, etc.).

Or une nouvelle hausse de taux renforcerait le billet vert et compliquerait encore la situation dans les nombreux pays émergents endettés en Dollar. ET ça, Janet Yellen le sait.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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