La BCE va-t-elle créer la plus grande bulle boursière de l’histoire ?

Rédigé le 3 avril 2014 par | Autres indices, Matières Premières Imprimer

L’or a bien failli être « Le » placement du 1er trimestre 2014. Mais la dernière quinzaine du mois de mars lui a été fatal : les banques centrales qui lui ont savonné la planche.

030414 Gold 2014

La BCE fait miroiter depuis dix jours une nouvelle baisse de taux (et l’instauration de prises en pension à intérêts négatifs). Cela peut paraitre antinomique avec la baisse du GOLD, dont nous reparlons ci-dessous, mais le raisonnement des opérateurs est le suivant : la BCE veut orchestrer une décrue de l’Euro (qui ferait grimper le billet vert, le Yen et le Franc suisse) et donner un nouveau coup de fouet aux émissions obligataires des pays périphériques.

Plus les comptes sont mauvais, moins vous empruntez cher

Et puis la FED avait esquissé le portrait d’un Dollar mieux rémunéré d’ici avril 2015 (le métal précieux n’a pas de rendement) grâce à une remontée des taux (6 mois environ après la fin du QE)

Les emprunts espagnols, italiens, portugais, qui s’envolaient déjà de 5 à 7% depuis le début de l’année, ont vu leurs gains s’envoler de +10 à +12%. Le rendement des Bonos ibériques ou des BTP italiens a chuté de 100 points de base depuis le 1er janvier. L’Espagne et l’Italie battent pourtant des records en matière de pourcentage de créances douteuses… Qu’à cela ne tienne, les taux longs se détendent.

EVOLUTION DES TAUX A 10 ANS : ESPAGNE, ITALIE, PORTUGAL

taux periphériques

… Mais ce n’est pas tout : le rendement des OAT (nos si précieuses OAT !) et des Bunds allemands s’est également détendu de 40 points de base en 3 mois. Le coût des CDS associés aux émissions à 5 ans de France-Trésor a chuté de -8% dans l’intervalle… alors que le déficit budgétaire français dérape au-delà des 4,3% avec un taux d’endettement de 95% (contre 92% anticipé) et en nette hausse par rapport à 2012 ! Plus ça va mal, moins la France emprunte cher !

 OAT 10 ansDonc vous l’avez compris : les grandes gagnantes du premier trimestre 2014 sont les dettes périphériques en recovery. Un portefeuille diversifié de titres de maturité s’étageant entre 7 et 10 ans rapporte environ +9 à 10% (de plus-values latentes) et vos OAT (celles dont sont composées vos futures retraites) se sont appréciées de +3,5% en moyenne ; le high yield soutient la comparaison avec +4%.

C’est toujours deux fois mieux que le CAC40 et 4 fois mieux que la moyenne des trois principaux indices US. Parce que ces fameuses actions « qu’il faut acheter à tout prix, quelle que soit la conjoncture », et bien elles ne sont plus très nombreuses à rapporter du 2,75% comme les T-Bonds US.

Les actions sont-elle bien des placements « toujours gagnants » ?

Les valeurs du Nasdaq rapportent moins que les 1,65% des Bunds sur la période, les valeurs du S&P ne soutiennent pas la comparaison avec les 2,1% de nos OAT ou avec des T-Notes de maturité supérieure à 7 ans.

Alors bien sûr, ces niveaux de valorisation des emprunts d’état sont artificiels, une multitude d’emprunts high yield surcotés sont émis par des entreprises insolvables… Mais la question n’est pas de savoir ce que cela vaudra dans 5 ans mais bien de ne pas rater la hausse des 5 prochains jours parce que la planche à billet continue de tourner et qu’il faut bien placer l’argent quelque part, en attendant de trouver mieux. Il s’agit certes de placements archi-risqués – et pour tout dire idiots dans l’absolu – mais tant que l’orchestre joue, on danse… (sur un volcan).

Mais les mêmes questionnements imbéciles envahissent de nouveau les titres et les commentaires des médias qui couvrent l’évolution des marchés : « est-ce le début d’un nouveau « bull market » séculaire après 3 mois de stagnation » ?

Bull market ou bulle market ?

Car beaucoup d’éléments « favorables » semblent se mettre en place : plusieurs mauvais chiffres aux Etats-Unis, une inflation trop faible en Europe et des PMI manufacturiers décevants (sauf en France notez-le bien), des Abenomics dont les effets sur la croissance du Japon s’évaporent, des entreprises qui avertissent en cascade qu’elles revoient leurs estimations à la baisse, une Chine qui ne sait comment se sortir du piège de la bulle immobilière et des créances pourries…

Vous connaissez bien ce genre de circonstances : c’est le moment que choisissent les banques centrales pour faire tourner la planche à billet. Comme ça ne marche depuis 15 à 18 mois, il faut déclencher un autre QE encore plus massif que le précédent, et ainsi de suite, et à l’infini. Et les opérateurs sont convaincus qu’en 2014, c’est à la BCE de faire rugir les rotatives !

Les marchés veulent des liquidités, toujours plus de liquidités : avec une inflation tombée à 0,5% en mars, ils ne se contenteront plus des promesses verbales de Mario Draghi. Car depuis décembre, la FED restreint la quantité d’argent injectée toutes les 6 semaines : le scénario parfait serait que la BCE comble ce manque et redonne aux opérateurs les moyens de gonfler toutes les bulles d’actifs sans limite de valorisation et sans aucun rapport avec la conjoncture réelle… comme depuis juillet 2012.

Car les bénéfices des entreprises US – sauf ceux des banques bien entendu – déçoivent systématiquement depuis l’automne 2012… mais cela fait 6 trimestres que les actions se payent chaque fois plus cher. Les PER sont non seulement au zénith aux USA depuis l’été 2007 mais surtout, ils accélèrent alors que les entreprises sont de plus en plus nombreuses à revoir leurs prévisions à la baisse par rapport à fin 2013 (et y compris par rapport à janvier 2012).

J’ai pu lire sur MarketWatch.com un de ces argumentaires comme je les aime (signé du stratège LPL Financial, un dénommé Kleintop). Ce n’était pas un poisson d’avril : « en l’an 2000, il y avait plus de 60 valeurs du S&P500 qui se payaient plus de 30 fois les profits, aujourd’hui, on n’en dénombre que 4… Où voyez-vous une bulle boursière dans de telles conditions ? » 

actions à crédit 

Evidemment, ce bel esprit oublie de préciser que 50% des valeurs du S&P se payent plus de 20 fois les profits (la moyenne historique, c’est entre 13 et 16) et qu’une bonne cinquantaine d’entre elles (10%) explosent la barre des 25 fois (la quasi-totalité des biotechs, les stars des réseaux sociaux, des applications internet, etc.).

Nous avons de plus en plus à faire à de purs vendeurs d’actifs financiers qui ne vivent qu’aux dépends de ceux qui les écoutent, leurs futures commissions étant liées à une hausse éternelle des indices boursiers (ou obligataires) : toutes les plus grosses ficelles de la manipulation des non-initiés y passent, la mauvaise foi prolifère à tous les niveaux des argumentaires que vous lisez.

Le bal des trimestriels débutera dans quelques heures et le vrai coup d’envoi est attendu en début de semaine prochaine ; mais on peut faire confiance aux analystes : les résultats seront surement médiocres mais naturellement… « meilleurs que prévus ». Et les dernières objections de quelques économistes honnêtes sont balayées d’un imparable : « d’ailleurs, vous voyez bien que nous avons raison d’être optimistes puisque ça monte ».

Extraits de Pitbull, la lettre d’investissement et de vérité financière de Philippe Béchade

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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