BCE et Fed : les vases communicants

Rédigé le 26 mars 2014 par | Autres indices, Matières Premières Imprimer

Mais peu avant 12h00, la rumeur est devenue une déclaration officielle, ou tout du moins, enfin accessible à tous : Jozef Makuch, gouverneur de la banque centrale de Slovaquie (membre du Conseil de la BCE) a déclaré lors d’une conférence de presse que « les risques de déflation se sont accrus en zone euro et que de nouvelles mesures non conventionnelles sont l’étude ». Et pour que tout soit beaucoup plus clair pour les cambistes (à qui ce discours s’adressait en particulier), il fit résonner la musique céleste : « La BCE pourrait, par exemple, injecter des liquidités dans l’économie ». Nous y voilà !

Ce qui est particulièrement frappant, en superposant le graphique de l’Euro/Dollar et celui du CAC40 ou de l’Euro-Stoxx50 (en unité de temps serrée), c’est de voir que les indices boursiers avaient à chaque fois un bon coup d’avance sur le plan de com’ de la BCE ; quelle remarquable préscience !

EURUSD et CAC40

Car quelques heures seulement après Mr. Makush, ce fut au tour de Jens Weidman, le patron de la Bundesbank de confirmer que la BCE réfléchissait à des mesures non conventionnelles ; et chacun d’anticiper un programme de rachats d’actifs bancaires afin de libérer de nouvelles marges de manœuvre pour l’octroi de crédits.

L’Euro chute alors de 1,3840 vers 1,3750$ et reste sur les 1,3770$ quand les places européennes terminent sur les plus-hauts de la séance. Une fois la cloche de clôture sonnée en Europe, le Dollar s’empressa alors de reperdre tout le terrain gagné  tandis que l’Euro remontait en une demi-heure vers 1,3820$. Ce qui eut pour effet de doper les indices US à Wall Street, le Dow-Jones refranchissant les 16.400 points et le S&P500 les 1.866 points.

Maintenant, il me faut tenter d’expliquer pourquoi l’euro-dollar n’a pas poursuivi son repli sous les 1,38 $. Eh bien… tout simplement parce que les cambistes estiment que la BCE tente une nouvelle fois de piloter l’évolution des marchés par la magie du verbe et qu’elle n’a pas vraiment l’intention d’injecter de l’argent dans le système alors que les bulles d’actifs prolifèrent. Bien entendu, les  investisseurs drogués aux liquidités sont convaincus que le tapering de la FED fait parti d’un merveilleux scénario parfaitement orchestré où la BCE et la Bank of Japan se sont engagées à rajouter dans le système financier les liquidités que la FED retranche progressivement, afin que les actions continuent de grimper éternellement.

Un drogué, s’il entend un bruit métallique et aperçoit une petite cuiller sur la table en déduit que c’est l’heure de son injection quotidienne, pas qu’un médecin tourne la clé dans la serrure de sa chambre… pour la verrouiller à double-tour.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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