Jusqu’où nous conduira le mimétisme entre APPLE et le Nasdaq ?

Rédigé le 9 novembre 2012 par | Autres indices, Big caps Imprimer

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Wall Street serait donc déçu de la réélection de Barack Obama, un Président dont le mandat s’est achevé sur une progression de +60 à +75% des principaux indices US ? Par le Président qui a permis au Nasdaq de doubler depuis son entrée en fonction le 20 janvier 2009 ?

Quelle ingratitude !

Wall Street se moque bien en réalité de la popularité ou de l’impopularité de la politique menée par la Maison Blanche au cours des quatre dernières années : tout s’était joué en mars 2009 lorsque le lobby bancaire avait réussi à dissuader le Congrès (à coup de centaines de millions de dollars) d’adopter des mesures visant à réguler le secteur et à restreindre la taille des banques dites systémiques.

Le pompier pyromane n’a non seulement pas été jeté en prison mais il s’est fait offrir un joli camion tout neuf, doté de la super lance à liquidité brevetée par Ben Bernanke, avec les compliments de Tim Geithner, le Secrétaire d’Etat au Trésor qui va rendre son tablier d’ici janvier prochain… Qui le remplacera ? Certaines rumeurs laissent entendre que ce serait l’ultralibérale Lawrence Summers (qui a déjà exercé la fonction auprès de Bill Clinton) ou quelqu’un ayant un profil similaire.

En résumé, Wall Street n’a guère à se préoccuper du climat politique qui devrait rester clément pour les brasseurs d’argent, d’autant que Ben Bernanke n’a plus à craindre de perdre son fauteuil de patron de la Fed. Les seuls dangers que les investisseurs perçoivent, vous les connaissez aussi : ce sont les prévisions des entreprises après deux trimestres de contraction globale des marges et des profits.

La dégradation de la conjoncture internationale et des perspectives à l’échelon local suffit à justifier une correction boursière. Mais la principale inconnue demeure le niveau futur de contribution des dépenses fédérales à la croissance du PIB américain : elle se situe aujourd’hui à hauteur d’un tiers, par le biais notamment des programmes de coopération entre le Pentagone et les firmes de hautes technologies. Les différentes guerres impériales menées en Afghanistan et en Irak ont constitué de formidables accélérateurs pour nombre d’entreprises de la Sillicon Valley ; mais cette manne va se tarir avec les programmes d’économie menés depuis le retrait des troupes américaines des pays du Proche-Orient.

L’Etat a déclaré la guerre à votre épargne et à votre capital

Allez-vous rester les bras croisés ?

AGISSEZ !

L’autre danger pour nombre d’entreprises du Nasdaq, et qui n’ont rien à voir avec le Pentagone, c’est paradoxalement leur parcours boursier à couper le souffle depuis janvier 2009 : PRICELINE (PCLN-Nasdaq) s’est envolé de +1 100%, WHOLE FOODS (WFM-Nasdaq) de +875%, EXPEDIA (EXPE-Nasdaq) de +570% et APPLE (AAPL-Nasdaq) de +500% (et c’était +600% il y a six semaines). Il y a certes de belles réussites commerciales et industrielles qui ont été saluées comme il se doit… mais il y a aussi derrière ces performances des stratégies de gestion totalement mécanistes qui consistent à surpondérer systématiquement les « vedettes » de la cote, rendant leur surperformance auto-réalisatrice.

Et puis, il y a aussi et surtout, le cas APPLE qui pesait encore récemment un quart de la capitalisation du Nasdaq 100 et qui représentait une proportion comparable du volume des profits déclarés par les 99 autres.

APPLE vend certainement beaucoup de produits « sexy » mais s’impose surtout comme le champion du monde de l’optimisation fiscale avec un taux d’imposition global, hors Etats-Unis, de 2% (et de 0,2% en France). La société représente la quintessence de la logique actionnariale : ne partager la richesse créée ni avec les salariés (payés des queues de cerises en Chine), ni avec les pays où l’entreprise réalise ses meilleures marges (Europe, Japon) et accumuler un trésor qui ne profite en fait à personne puisque l’entreprise ne distribue que des dividendes symboliques faute de pouvoir les rapatrier des paradis fiscaux où ils sont stockés.

Si ce modèle poursuit sa généralisation, les Etats-Unis et l’Europe vont continuer de creuser leurs déficits commerciaux et budgétaires… et c’est la demande mondiale qui risque, au bout du compte, de s’effondrer.

Mais le véritable problème d’APPLE, c’est d’avoir sorti coup sur coup deux produits qui n’offrent aucune évolution technologique majeure : le premier est simplement plus grand que la version précédente… et le second est plus petit. La puissance de l’outil marketing d’APPLE permettra peut-être de lancer avec succès des modèles « plus plats » ou transparents (il faut toujours garder une longueur d’avance au niveau du design !) mais la firme commence à tester la limite de la logique commerciale et du snobisme de la clientèle : en période de récession, la question des prix redevient cruciale dès lors que deux produits présentent des capacités techniques comparables.

Or, un simple graphique nous montre l’impact de la correction d’APPLE depuis ses 705 aux 560$ sur le Nasdaq 100 et même sur le composite.

APPLE (AAPL-Nasdaq)
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Avec une chute de -20%, le titre rentre en « zone de correction » et cela signifie que la logique de surpondération systématique pourrait s’inverser avec le basculement des programmes de gestion quantitatif qui passeraient en mode « sous-pondérer ».

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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