Les joies du comique de répétition boursier

Rédigé le 29 janvier 2014 par | Apprendre la Bourse, Autres indices, Big caps Imprimer

Et si la matière première de tout investissement était le bon sens ou un minimum d’attention ? Finalement, après avoir identifié un titre à l’achat, il faut encore arriver à l’acheter sans encombre. Hé oui, ça paraît évident mais il est très fréquent que des investisseurs se trompent de symboles boursiers (tickers).

Les plus attentifs d’entre vous se souviennent de la confusion qui avait accompagné l’introduction en Bourse de Twitter, en octobre dernier et dont je vous parlais ici. Des suiveurs tout aussi empotés avaient acquis en masse l’action du détaillant en informatique (en faillite) Tweeter, dont le ticker boursier TWTRQ ressemblait furieusement à celui du site de micro blogging (TWTR).

Aussi effarant que cela puisse paraître, les mêmes erreurs se répètent encore et encore. A tel point que des chercheurs se sont penchés sur ce qui relève du comique de répétition financier : la confusion des symboles boursiers, fournissant au passage quelques conseils pour en profiter.

Mais l’attention n’est pas tout ; un deuxième élément peut non seulement vous éviter des erreurs, mais aussi vous donner une longueur d’avance : l’imitation peut aussi fournir matière à investissement. Une stratégie simple consiste, par exemple, à répliquer à la lettre les transactions effectuées par les ténors, comme George Soros ou Warren Buffett. Malgré le décalage temporel, cette technique simplissime continue à générer de solides résultats, comme le démontre la recherche académique (je vous parlerai plus en détail de ce sujet dans un prochain billet, si vous le souhaitez.

Avantage de cette stratégie : les suiveurs n’ont pas besoin d’être aussi intelligents que Buffett ou aussi rusés que Soros pour investir comme eux. Deux risques existent cependant : le premier est que les stars se lancent dans des opérations perdantes (ce n’est jamais exclu) ; le second est que ceux qui les copient n’arrivent même pas à le faire convenablement (cela c’est encore produit mi-janvier)… ce qui nous ramène à notre constat de départ : l’attention en Bourse est déjà primordiale.

Un bond de 1900% en séance

Car, finalement, tout est question d’attention, même pour ce qui est de l’imitation. Comme vous l’avez peut-être lu, des milliers d’investisseurs-copieurs ont été à l’oeuvre le mardi 14 janvier lorsqu’ils ont cherché à acquérir des actions de Nest Labs. La veille, Google avait annoncé débourser 3,2 milliards de dollars pour acquérir ce fabricant de thermostats et de détecteurs de fumée connectés à Internet, fondé par Tony Fadell, l’un des inventeurs de l’iPod chez Apple. Ni une ni deux, l’action NEST a bondi de 1900% en séance.

Sauf que le symbole boursier NEST correspond à l’action Nestor Inc, une microcapitalisation qui a fait faillite en 2009 et dont les actifs ont été saisis puis vendus. Mais l’entité elle-même, qui n’a jamais été vendue, est toujours cotée sur les marchés OTC. C’est sur cette coquille vide que les suiveurs maladroits se sont jetés comme des morts de faim, le 14 janvier. Nest Labs, elle, n’a jamais été cotée en Bourse.

Comme je vous le disais donc, les chercheurs ont travaillé sur ce sujet et nous donnent quelques pistes de réflexions qui pourraient aussi nous rapporter de l’argent.

Les choix fous de Mad Money

Une première étude* aborde donc le sujet de la confusion des symboles boursiers sous l’angle du bon sens. Ce dernier étant souvent absent des investissements effectués par de nombreux acteurs, les confusions de tickers sont fréquentes (sans chercher à être cynique). Par exemple quand une entreprise fait la Une des médias ou qu’une action est recommandée par un gourou télévisé comme Jim Cramer, de l’émission Mad Money sur CNBC.

Pour étayer leur hypothèse, les trois auteurs de l’étude ont analysé toutes les actions américaines entre 1963 et 2008, rien de moins. Après un examen chirurgical, ils démontrent que les petites capitalisations dont le symbole a été confondu avec celui d’une grande société ont tendance à surperformer de 3,3% dans les trois semaines qui suivent l’annonce à l’origine de la méprise. Même lorsque les fondamentaux de la petite société ne le justifient pas et n’ont pas changé d’un iota.

Les auteurs de ce papier recommandent donc aux investisseurs de rechercher de grandes sociétés qui ont enregistré des performances extrêmes ou d’importants volumes d’échanges. Puis de trouver des plus petites sociétés dont le symbole boursier est similaire à celui des grandes. Croyez-moi, lorsque le marché compte des milliers de titres, des ressemblances possibles, il y en a à profusion. Evidemment, les chercheurs ont pu démontrer que plus les tickers sont proches, plus la surperformance sera importante.

Ajoutez « .com » et gagnez 74% en 10 jours

L’attention des investisseurs distraits est également mise à rude épreuve lorsque des entreprises cotées décident de changer de nom. Par exemple, pour tourner la page d’un passé marqué par des scandales ou pour mettre en valeur une marque en particulier.

Cette deuxième recherche* se tourne sur le marché français (pour une fois !) en examinant 83 changements de noms d’entreprises cotées sur l’Euronext Paris entre 2004 et 2007. Comme par enchantement, le jour de l’annonce, les titres concernés dégagent une surperformance de 1,1% (en plus donc de la tendance du marché). Au cours des cinq jours suivants, la réaction positive se poursuit et ces actions gagnent 2,8% supplémentaires, ce qui correspond à plus de 300% en rythme annualisé. Une annonce de changement de nom peut donc être utilisée comme un signal pour exploiter cette tendance, conclut l’auteur.

L’effet est encore plus radical pour les sociétés qui ont eu la bonne idée d’ajouter « .com » à leur nom durant les années de la bulle Internet, à la fin du siècle passé. Cette autre étude* établit ainsi une surperformance de 74% en 10 jours.

Délit d’initié quand même

On peut donc en déduire qu’une société peut influencer le cours de son action simplement en changeant de nom. Ou en changeant de symbole boursier, comme le montre cette dernière recherche*. En effet, une entreprise a tout intérêt à choisir un ticker à la sonorité quasi subliminale. Comme GEEK pour Internet America ou DROP pour un fabricant de médicaments en gouttes. En contrôlant les autres facteurs pouvant expliquer l’évolution d’une action, les auteurs découvrent (avec stupéfaction) que le simple fait d’avoir un ticker facilement mémorisable permet de surperformer significativement le marché…

Finalement, si quelqu’un avait su à l’avance que Google allait acquérir Nest Labs et aurait acheté des actions NEST, aurait-il commis un délit d’initié ? En clair, est-il possible de commettre un délit d’initié en confondant les symboles boursiers (ou en profitant de la confusion) ?

Une transaction qui aurait anticipé cette remarquable erreur sur NEST aurait été extrêmement enrichissante. Hé oui, cela aurait probablement constitué un délit d’initié, puisque des informations non accessibles au grand public auraient été utilisées. Mais il est peu probable que son auteur aurait dû affronter la justice, puisqu’il a simplement parié sur la bêtise humaine. Est-ce un crime ?

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Directeur de la recherche chez Straight from The Lab

Sylvain Frochaux est le directeur de la recherche chez Straight from The Labet fondateur de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/). Il est surnommé par ces pairs le « Japonais blanc » de la finance, en raison de son caractère jusqu’au-boutiste et de son parcours de vie.

Après des études brillantes à HEC Lausanne (où il finit premier de sa volée, avec notamment une thèse de master en économétrie financière), il se dirige vers le Japon pour y effectuer son doctorat. De retour en Suisse, il devient responsable de l’analyse financière et de la recherche académique pour le quotidien financier L’Agefi.

En 2009, il quitte le journalisme pour créer le groupe Straight from The Lab (https://ra113.infusionsoft.com/go/sftl/Agora/) qui a pour objectif de rendre accessible, aux investisseurs privés, les dernières recherches en finance. En 2013, après trois ans de recherche, il lance avec son équipe le service Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/), une solution d’investissement basée exclusivement sur l’analyse scientifique des marchés. Unique en son genre, cette stratégie fournit aux investisseurs un portefeuille clé en main, avec une garantie de performance (minimum 50% en cinq ans).

Toutes les études mentionnées dans les articles signés par Sylvain Frochaux peuvent être consultées en vous enregistrant sur la page commune des Publications Agora et de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so-agora/Agora/).

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