Arrêtons avec ces consensus stériles : le moment est venu de vendre

Rédigé le 22 décembre 2009 par | Big caps Imprimer

Par Marc Mayor

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur www.lecoindesinsiders.com/profits-garantis.html

Nous y sommes. Noël tend ses guirlandes et les stratèges de tous bords abreuvent leurs clients de magnifiques prévisions pour 2010. C’est un moment que j’apprécie par-dessus tout, entendre les plus grands spécialistes jouer à Nostradamus et nous rejouer, chaque année, les mêmes mélodies : « Nous nous attendons à une progression de l’ordre de 10% à 15% l’an prochain, même s’il faut garder à l’esprit que nous sommes dans une période de haute incertitude.« 

Splendide, non ? Quel verbe, quelle audace ! Il ne faut surtout pas se mouiller (ils auraient d’ailleurs pu ajouter : « il est éventuellement possible que nos prévisions ne se réalisent pas comme nous l’avions espéré« ). Juste de quoi donner à leurs clients un brin d’optimisme en cette froideur hivernale. Oui, car 10 à 15%, c’est presque le double de la moyenne annuelle de ces cent dernières années ; en excluant l’effet de l’inflation, c’est même le triple, voire le quintuple.

Le sacre des lemmings

C’est donc un bon chiffre, et en plus facile à retenir. Ça donne le moral aux troupes. Les pigeons investissent, et les banques prennent leurs commissions au passage. Mieux encore : les entreprises jusqu’alors frileuses se mettent à penser à une éventuelle entrée en Bourse (maintenant que le marché a gagné 50%, c’est vrai que ce serait bête de rater le coche, se disent-ils…), faisant ainsi le bonheur des institutions financières qui, justement, manquaient de quoi s’offrir un bon sapin de Noël (en or massif) en cette période de vaches maigres.

Enfin, nous y voici. Le consensus est bien fixé. Personne n’ose sortir du consensus, par peur de se voir taper sur les doigts s’ils ont tort. Car si le consensus a tort, ce n’est pas grave. Mieux vaut avoir tort avec le reste du troupeau que tout seul. (Vous connaissez ces petits lémuriens qui, suivant pour une raison inexpliquée un chef de file, se jettent tous du haut d’une falaise ?). Telle est la devise des analystes institutionnels. Moi, Hervé de la Tartempière, analyste star chez Luxure & Volupty Equity Research, si je me trompe, si je suis un brin hors du consenus, il vaut mieux que je sois un peu bullish, car être optimiste c’est, au final, une belle chose et personne ne m’en voudra. Les abeilles s’amusent à butiner à longueur de journée. Pourquoi pas nous ?

Enfin, disons qu’être optimiste alors que tous les indicateurs signalent une baisse importante, voire phénoménale, devrait quand même alerter les investisseurs privés. Oui, vous et moi. Heureusement, il existe encore de rares spécimens qui persistent et signent dans le réalisme (comme Albert Edwards de la Société Générale et son ancien collègue James Montier, maintenant chez GMO).

◊ Mais ne suivons pas bêtement le troupeau : les profits sont ailleurs

L’un des thèmes préférés de ces stratèges courageux est le Japon. Ah, le Japon. Le 29 décembre prochain, l’Archipel fêtera (timidement) les 20 ans de sa débâcle boursière. Vingt ans, jour pour jour, que l’indice Nikkei 225 était alors à quelque 39 000 points, contre à peine 10 000 aujourd’hui. Pourtant, il serait faux de croire qu’un investisseur ayant joué le Japon au cours de ces deux décennies en est sorti la tête basse, voire décapitée.

Non, le Japon a été très volatil, avec des gains annuels de 40% à 50% à plusieurs reprises, suivis de chutes tout aussi phénoménales. Pour vous en convaincre, regardez le graphique ci-dessous. Il compare l’évolution du Nikkei avec l’indicateur avancé japonais.

Graphique du Nikkei

Un investisseur qui aurait vendu ses positions un ou deux mois après que l’indicateur avancé a atteint son pic aurait gagné une fortune… Alors que les économistes les plus renommés (enfin, disons, ceux employés par les institutions les plus illustres… celles-là même qui seront sauvées quelques années plus tard par leur gouvernement respectif) criaient haut et fort, dans un consensus bien huilé, que l’économie nipponne était sur le terrain du redressement. Dommage pour eux, tant mieux pour l’investisseur clairvoyant.

Et comme notre ami Ben Bernanke rappelle à longueur de journée que le Japon (sa déflation et son agonie boursière) est un exemple pour l’histoire, prenons-le au mot. Et regardons l’évolution des deux principaux indicateurs avancés aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis : version nippone bis ?

Oups, ça s’annonce mal. Comme vous pouvez le voir ci-dessous, la tendance s’affiche clairement à la baisse, après un optimisme inégalé depuis au moins 10 ans.

Graphiques des indicateurs avancés ECRI:Conference Board

Le retour de manivelle est donc maintenant enclenché.

A vous de voir, cher investisseur, si vous préférez continuer à croire les bonnes paroles des médias ou de votre banquier — qui a clairement montré son aptitude à digérer votre argent, plutôt que le gérer.

Avec des cycles haussiers-baissiers aussi marqués et prononcés, mieux vaut en effet se prémunir contre les mauvaises surprises tout en gagnant 40% à 50% par an, ce que permet une approche d’investissement neutre au marché. Mais vous commencez à connaître ma stratégie, alors je n’en ajoute pas plus !

Bons trades

Mots clé : - - -

Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

Un commentaire pour “Arrêtons avec ces consensus stériles : le moment est venu de vendre”

  1. En effet, j’ai le sentiment que les arbres ont monté au ciel ! le plomb à 139 % en 2009…alors que les industries sont en repli, que fait-on du plomb ?! si ce n’est un véhicule spéculatif ! beaucoup de marchés semblent en bulle, et la suite est connue ! et de plus ce qui a été gagné dans la montée sera gagné dans la descente ! tous les marchés sont soi en range latéral ou en consolidation (ou repli), on se cherche, le dollar remonte ! il semble que des bulles se sont formées un peu partout et que cela va faire boom…la cupidité est un vilain vice, 2009 a été un millésime magnifique pour les traders : une grande descente, une grande hausse en pleine crise économique majeure ! mais finalement 2010 pourrait être aussi fameuse 🙂

Laissez un commentaire