Janet Yellen : Gloups !

Rédigé le 20 mars 2014 par | Autres indices, Matières Premières Imprimer

Janet était attendue, Janet est venue… mais Janet a-t-elle convaincu ? C’est la question que nous nous posons après le communiqué du comité monétaire de la Fed (FOMC) qui clôturait 2 jours de réunion et après la conférence de presse de Yellen, venue couronner ces événements d’hier.

Comme prévu, Janet Yellen a annoncé une nouvelle réduction du quantitative easing, et une nouvelle fois de 10 milliards de dollars. Le montant des achats mensuels de la Fed atteindra donc les 55 milliards, ce qui est loin d’être négligeable.

Cette réduction était attendue mais ce qui l’était moins c’est l’anticipation d’une remontée des taux directeurs plus rapide que prévue.

Plus encore que le quantitative easing, c’est la politique de taux bas de la Fed qui permet l’afflux de liquidités sur les marchés depuis 2009. Quand emprunter auprès de votre banque centrale ne vous coûte rien ou presque, pourquoi vous priver ?

evolution du SP500 et liquidité Fed

Depuis 2008, la Fed appliquait une tactique très simple : marteler aux marchés que les taux seraient maintenus à zéro pendant très longtemps encore. Cette forward guidance a fait les beaux jours de la Fed jusqu’à ces derniers mois.

Mais récemment, cette belle machine s’est un peu grippée. Les marchés ont commencé à se demander à quoi jouait la Fed et ce qu’elle voulait vraiment. En cause, un cafouillage dans les déclarations. La Banque centrale a en effet décidé de lier sa politique monétaire au taux de chômage.

Ben Bernanke, en son temps, avait ainsi assuré que les taux ne remonteraient pas tant que le taux de chômage dépasserait les 7%. Quand celui-ci s’est approché de ce seuil, la Fed a revu son objectif à 6,5%.

Seulement voilà, selon les derniers chiffres (de février), le taux de chômage américain atteint aujourd’hui les 6,7%. La Fed a donc hier pris la décision de changer une nouvelle fois ses critères en désolidarisant les taux directeurs du chômage mais en les fondant sur « une vaste série d’informations, notamment les conditions du marché du travail et les pressions sur l’inflation ».

Très clair, n’est-ce pas ?

Or c’est justement ce que les marchés reprochent de plus en plus à la Fed : un manque de clarté dans ses intentions. Les tensions internes au sein de l’institution pèsent sur sa communication. Plus personne n’ignore que le clan de ceux qui veulent mettre une fin définitive et rapide à la politique accommodante pratiquée depuis 2008 prend de l’ampleur.

En revoyant pour la troisième fois en quelques mois les critères sur lesquels sont fondés sa politique monétaire, la Fed ne donne pas l’image d’une institution qui mène sa barque d’une main assurée…

Mais cela ne s’arrête pas là. Car au cours de la conférence de presse qui a suivi cette réunion, Janet Yellen a jeté un nouveau froid sur les marchés. Un journaliste lui a demandé de préciser la déclaration faite par le FOMC selon laquelle il maintiendrait les taux à zéro « pour une durée considérable après la fin du programme de rachat d’actifs ».

Question d’un journaliste pour Janet Yellen : que signifie « durée considérable » ? Réponse de la présidente de la Fed : « C’est le genre de terme qui est difficile à quantifier… peut-être de l’ordre de six mois ». En tendant attentivement l’oreille, vous avez pu entendre le « gloups ! » prononcé par les marchés à ce moment-là.

Marchés qui ont immédiatement sortis leur calculette pour faire le calcul suivant :

Au rythme actuel, le quantitative easing devrait prendre fin à l’automne 2014. Si on ajoute 6 mois, on arrive… au printemps 2015.

Re-gloups.

Les marchés s’attendaient plutôt à une remontée des taux fin 2015, voire même au printemps 2016.

Gloups, gloups…

A leur place, je ne procastrinerais pas trop, je me précipiterais au guichet de la Fed, je me gaverais de liquidités et je flamberais tout cela en Bourse pour gagner un maximum avant que la banque centrale ne referme les vannes. Si cela se passe ainsi, on devrait assister à un nouveau rally sur les actions dans les mois qui viennent.

Mots clé : - - -

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Laissez un commentaire