IPSEN vs TECHNICOLOR : à quoi sert d’être bon élève dans un marché toppish ?

Rédigé le 2 novembre 2017 par | A la une, Actions, Analyses indices, Apprendre la Bourse, Europe, Indices, sociétés et marchés Imprimer

Jeudi 26 octobre dernier, il est 7h du matin et le groupe pharmaceutique Ipsen (FR0010259150) publie comme prévu son chiffre d’affaires trimestriel. Il ressort en progression de 22,6% à 470,1 M€ grâce au Somatuline (un traitement utilisé pour les tumeurs de l’intestin et du pancréas) et aux nouveaux produits comme le Cabomety (tumeur du rein) ou encore l’Onivyde (tumeur colorectale). La croissance du groupe a donc accéléré par rapport au premier semestre (elle était de 18,8%).

Et mieux encore : Ipsen a confirmé ses objectifs annuels, mariant croissance des ventes (la direction attend une augmentation supérieure à 20%) et marge opérationnelle à 25%. Quand vous lisez cela au réveil, vous vous dites que le titre va exploser. C’est vraiment bon ; très bon même…

Et pourtant, cela n’a pas suffi aux investisseurs. Le titre a clôturé la séance de jeudi en recul de plus de 6% dans des volumes échangés quatre fois supérieurs à la moyenne !

Ipsen graph graphique bourse titre bons resultats Cours Euronext Paris‎ valorisation

 

Le marché est-il devenu fou ?

 

Acheter la rumeur et vendre la nouvelle

 

Souvent, on dit qu’il faut acheter la rumeur et vendre la nouvelle. Cela veut dire que les investisseurs se positionnent avant, très en amont d’un bon résultat ou d’une bonne nouvelle attendue. Du coup, quand la bonne nouvelle sort… eh bien elle est déjà intégrée dans les cours et les investisseurs vendent à ce moment, pour encaisser leurs gains.

C’est assez classique en Bourse, et vous pouvez le vérifier tant dans les publications de résultat d’entreprises que dans les nouvelles macroéconomiques (PIB, chômage, inflation, etc.).

Mais là, il y a quelque chose de différent à ces prises de bénéfices classiques. Et je vois ce phénomène de plus en plus souvent depuis le début de l’année : les investisseurs sont en réalité déçus ; ils attendent encore et toujours mieux.

Sur Ipsen, les analystes avaient placé la barre beaucoup plus haut et espéraient en réalité un chiffre d’affaires de 480 M€. Voilà ce qui arrive à un groupe habitué à l’excellence, au « meilleur qu’attendu » et qui est déjà très fortement valorisé.

 

Bonne surprise du dernier de la classe

 

Allez, pour remuer le couteau dans la plaie, comparons le cas Ipsen à la publication de Technicolor (FR0010918292) sortie le même jour.

Après de multiples profit warning et autres déceptions, la société a cette fois confirmé ses prévisions 2017 sans avertir le marché négativement. Veine ! le groupe ne fera pas moins pire que prévu !

Eh bien voilà : les spéculateurs se sont rués sur le titre qui a gagné jeudi de plus de 15% en clôture. A l’inverse cette fois, les analystes pricaient le pire, courant après le papier à la suite de la confirmation des objectifs annuels.

Même situation d’ailleurs pour TechnipFMC qui bondissait jeudi dernier grâce à une publication moins pire que prévue.

Mais revenons au cas d’Ipsen…La société a un tel historique boursier qu’on lui demande chaque fois plus.

Ainsi, depuis le 1er janvier, l’action a pris plus de 55%…. et enregistre une hausse de plus de 400% en cinq ans…

 

IPSEN GRAPH graphique hausse hebdo

 

La grande problématique avec ce dossier, c’est qu’il commence à être très cher avec un PER de 30 sur 2017 et de 25 sur 2018 : des ratios quasiment deux fois supérieurs à ceux de Sanofi.

 

Le problème des ratios trop élevés dans un marché toppish

 

Alors certes, les indicateurs sont au beau fixe avec des objectifs 2020 ambitieux puisque le groupe attend un chiffre d’affaires supérieur à 2,5 Mds€ dans 3 ans, contre à peine 2 Mds€ cette année. La rentabilité devrait progresser et arriver à 25%. Certes, le laboratoire (contrôlé par la famille Beaufour) dispose d’une force de frappe de quasiment 1 milliard d’euros pour réaliser des acquisitions…

Mais les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, et la sanction, même injuste du marché, prouve qu’est venu le temps de la consolidation…

D’une manière générale, les marchés sont très toppish, donc les attentes très hautes pour pouvoir justifier de tels niveaux de valorisation (si tant est que le marché ai besoin de justifier quoi que ce soit, mais dans l’univers de l’analyse fondamentale telle que je la pratique, nous essayons de garder encore un peu de bon sens). Le stock picking reste plus que jamais la seule stratégie qui devrait payer, sans prendre trop de risque.

Et si vous voulez plus de détails sur le « secret » de ma stratégie, vous pouvez lire le dossier ici.

 

Eric Lewin

 

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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