Chute d’IPSEN : les Big Pharmas ont de plus en plus besoin des petites biotechs

Rédigé le 9 mars 2012 par | Big caps, Biotechs et Medtechs, Mid et Small Caps Imprimer

L’histoire d’IPSEN (FR0010259150-IPN) est emblématique du malaise des Big Pharmas.

Le 29 février dernier, IPSEN a annoncé la prévision de la baisse de sa marge opérationnelle pour 2012. Ni une ni deux, le titre a dévissé, perdant plus de 9% en séance et touchant un plus-bas à 19,40 euros sur lequel le titre s’appuie encore. Le titre a perdu 12% en quelques séances et est à son plus-bas historique – après avoir caracolé sur les 40 euros fin 2007-2008 et fin 2009-2010.

Graphique: IPSEN
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Les analyses ou communiqués relayés lors de la récente chute du titre, le 29 février, parlaient de la chute de sa marge opérationnelle, d’un « résultat net pénalisé ». Mais, le diagnostic des analystes ne se focalisent cependant pas sur l’essentiel. Les grands groupes n’ont pas droit à l’erreur lorsqu’ils jettent leur dévolu sur les biotechs. ET c’est pourtant ce qui est arrivé à IPSEN à mon avis.

La chute immédiate est due à une mauvaise publication

La dégringolade du titre est principalement due à l’annonce par le groupe de plusieurs mauvaises nouvelles :

  • diminution de la profitabilité de sa branche médecine générale du fait du déremboursement en France de plusieurs médicaments comme le Tanakan à partir du 1er mars 2012 ;
  • baisse des perspectives de vente en endocrinologie d’Increlex, une nouvelle molécule associant deux hormones – dont l’hormone de croissance sur laquelle IPSEN avait beaucoup investi ;
  • chute du résultat consolidé qui s’est élevé à 0,9 million d’euros pour 2011 alors qu’il était de 95,7 millions d’euros en 2010, en partie à cause de l’aventure Inspiration Biopharmaceuticals. Nous allons y revenir.

Plus généralement IPSEN est symptomatique de la situation dans laquelle se trouve bon nombre de groupes pharmaceutiques matures : la recherche de relais de croissance.

C’est d’ailleurs ce que signifiait Marc de Garidel quand il expliquait que la branche de médecine générale d’IPSEN était en déclin depuis près de cinq ans et que le groupe ne pouvait pas la redresser tout seul. D’où son besoin de créer de la nouvelle croissance. Mais comment ?

Quelle stratégie IPSEN a mise en place ?

Le groupe a une solide expérience dans deux domaines : peptides et toxines. Ils sont à l’origine des médicaments stars du groupe : Dysport, Somatuline, Decapeptyl. Ces blockbusters permettent de financer la Recherche & Développement (R&D) du groupe qui y investi plus de 20% de son chiffre d’affaires, soit 253 millions d’euros. Mais la glorieuse incertitude de la recherche frappe même les plus grands.

Alors que la durée de vie des brevets de médicament n’est que de 20 ans, il est urgent pour ces groupes de mettre au point de nouvelles molécules qui seront les relais de croissance de demain.

IPSEN est actuellement engagé dans de nombreux programmes, dont dix essais en phase III : six pour améliorer la durée de vie et augmenter le nombre d’indications de leurs médicaments blockbusters comme le Dysport ou le Decapeptyl. Et quatre programmes sont en cours en oncologie et en hématologie en partenariat avec de petites entreprises biotechnologiques comme Active Biotech ou Inspiration Biopharmaceuticals pour mettre au point de nouvelles molécules.

La problématique suivante peut être posée en ces termes : la révolution biotechnologique est à l’origine de 80% des nouvelles molécules mises sur le marché. Et il est impératif pour IPSEN de faire une transition de la médecine générale vers une médecine de spécialité beaucoup plus rentable. En effet, les objectifs financiers pour 2012 d’IPSEN sont une croissance de ses ventes en médecine de spécialité de 8 à 10% et une baisse des ventes sur la médecine générale de 15%. Pour effectuer cette transition, il faut de nouvelles molécules.

Qu’elle est la meilleure stratégie pour ces grands groupes ? Développer en interne de nouvelles pistes et de nouveaux produits ou profiter de la manne des blockbusters pour racheter à bon compte de jeunes start-ups prometteuses qui permettront d’enrichir le portefeuille de molécules, tout en se dégageant un peu plus de l’aléas de la R&D ?

La réponse comme toujours n’est pas aussi binaire. Mais la balance penche plutôt vers la deuxième option : charge aux petites sociétés de trouver des pistes de recherche et de proposer des molécules innovantes ; après négociations, des groupes comme IPSEN financent des études cliniques jusqu’à leur mise sur le marché. Leur présence commerciale mondiale assure la diffusion et la rentabilisation du produit par le groupe.

Et l’on voit finalement qu’il n’y a rien d’alarmant à faire chuter le bénéfice du groupe s’il s’agit d’acheter aujourd’hui la croissance de demain. Ce qui devient alarmant, c’est de payer au prix fort des start-ups et d’investir à perte dans des nouveaux produits qui ne parviennent pas à accéder au marché (ou ne sont pas rentables).

Et mon avis est qu’IPSEN se trouve lourdement sanctionné par ses perspectives de baisse de vente en médecine générale, alors que ce n’est pas le problème en l’occurrence. Pour moi, le partenariat avec Inspiration Biopharmaceuticals me semble lui bien plus inquiétant.

IPSEN aurait-elle misé sur la mauvaise biotech ?

Je m’explique : en janvier 2010 Inspiration Biopharmaceuticals et IPSEN nouent un partenariat pour le développement de deux nouvelles molécules (IB1001 et OBI-1) permettant de traiter une forme d’hémophilie. Le marché mondial est évalué à environ 8 milliards de dollars. Plutôt intéressant.

L’accord prévoit en l’échange d’une sous licence exclusive sur OBI-1 un versement par IPSEN à Inspiration Biotechnologicals de 50 millions d’euros et de 27,5% de redevances sur les ventes futures du produit. Une obligation convertible de 50 millions de dollars est émise par Inspiration Biotechnologicals au profit d’IPSEN. Puis IPSEN rentre au capital de la start-up à hauteur de 84,9 millions d’euros et, dans le cadre du contrat, souscrit trois obligations convertibles de 50, 35 et 25 millions de dollars en fonction de l’achèvement des différentes étapes d’IB1001 et d’OBI-1.

Les deux molécules avancent dans leurs différentes phases d’essai clinique, une demande d’AMM (autorisation de mise sur le marché) est même déposée pour IB1001, ce qui conduit IPSEN a décaisser l’argent comme convenu.

Oui mais voilà. Entre temps, le groupe a abaissé les perspectives de vente de ses deux produits car des concurrents arrivent plus vite qu’attendu sur le marché. Et IPSEN a chiffré sa perte sur le groupe Inspiration Biotechnologicals à 68,8 millions d’euros.

Alors je souhaite faire deux remarques :

  1. les ventes du Tanakan représentent 96,4 millions d’euros, dont 52% sont réalisés en France ; le groupe évalue la baisse des ventes en France à 35% du fait du déremboursement : cela représente donc une perte annuelle de 17,5 millions d’euros de chiffre. Qu’il faut mettre en parallèle avec une perte de 68,8 millions d’euros, conséquence d’un investissement finalement peu rentable dans une molécule dont le groupe a l’exclusivité et qu’il souhaite commercialiser prochainement ;
  2. la durée de vie des blockbusters est limitée et seule la mise sur le marché de nouvelles molécules rentables peuvent assurer la survie dans le monde de la pharmacie.

Pour l’instant cette nouvelle pépite n’est pas encore arrivée chez IPSEN. Donc même au plus bas sur les 19 euros, je n’achèterais pas le titre.

Ndlr : cette guerre des brevets en pharma commence à peine. Nos collègues américains ont trouvé une pépite américaine qui s’apprête à commercialiser une nouvelle molécule au second trimestre 2012, et cela pourrait révolutionner le traitement du cancer. Nos spécialistes sont formels : ACHETEZ !

Tous les détails sur cette molécule qui pourrait aider des millions de patients souffrant de certaines formes de cancer, vous attendent ici…

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eliasroth
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3 commentaires pour “Chute d’IPSEN : les Big Pharmas ont de plus en plus besoin des petites biotechs”

  1. […] IPSEN en a fait les frais dernièrement. Voyons cela de plus près. […]

  2. […] Première parution dans Small Caps Confidentiel le 09/03/2012. […]

  3. […] Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce partenariat semble voué à l’échec. Déjà en mars dernier, Elias Roth vous mettait en garde : […]

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