Les introductions en Bourse – ou quand la mariée est trop bien maquillée

Rédigé le 17 juin 2011 par | IPO, OPA, opérations financières, Mid et Small Caps Imprimer

Depuis la création du site Small Caps Confidentiel, j’ai rarement parlé des introductions en Bourse…

J’ai pourtant suivi de près les récentes IPO de TEKKA GROUP (FR0010999425 – ALTKA), de CONCOURSMANIA (FR0011038348 – ALGCM), de BIOSYNEX (FR0011005933 – ALBIO) ou encore de GLOBAL BIOENERGIES (FR0011052257 – ALGBE).

Si je n’ai pas fait de point dessus, c’est qu’il m’est difficile d’en parler avant leur arrivée sur les marchés financiers. Pourquoi ? Eh bien, disons qu’étant bien introduit dans le milieu, je ne voulais rien risquer de dévoiler. Et puis, j’ai l’expérience des introductions en Bourse, et voici ce que j’en tire.

Mon expérience m’incite à être méfiant

Je me suis occupé de très nombreuses introductions en Bourse lorsque j’étais chez Euroland Finance, comme par exemple celles de MAESA, ADVERLINE, NETBOOSTER ou encore LE GUIDE.COM. Je me chargeais d’abord de « vendre » une entreprise auprès des investisseurs institutionnels avant qu’elle soit sur le marché. Il s’agissait de leur faire acheter des actions de la société avant son introduction pour en assurer le succès.

Je constituais donc un book dans lequel figuraient les demandes de titres concernant la société et préparais ensuite les chefs d’entreprise à la confrontation avec les gérants. Tâche ardue car nous savions que les dirigeants allaient être interrogés sur les points les plus délicats de leur stratégie mais également sur les grands équilibres financiers de la société.

Vous comprenez donc que j’ai un peu l’habitude des introductions. Alors pourquoi une telle réticence de ma part à analyser les candidats à la Bourse ? Tout simplement parce que souvent à l’introduction on a tendance à rendre la mariée plus belle… pour inciter les investisseurs à participer à l’opération uniquement. Je sais qu’un chef d’entreprise, afin d’obtenir la meilleure valorisation*, peut avoir tendance à surestimer ses performances économiques et financières lorsqu’il rencontre les gérants.

On ne compte plus les exemples de sociétés qui ont publié des résultats en totale inadéquation avec les promesses faites lors de l’introduction, provoquant ainsi de très mauvaises surprises pour les nouveaux actionnaires. J’en ai fait l’amère expérience. Quand vous faites un dossier, les prévisions sont des prévisions sur le papier… La réalité peut être tout autre.

Je reviens donc aujourd’hui sur deux dossiers récemment introduits afin d’essayer de vous guider au mieux. Je reviendrai prochainement sur BIOSYNEX et sur GLOBAL BIOENERGIES qui vient juste de faire ses premiers pas sur le marché. J’ai exclu les introductions sur le marché libre, qui reste un marché extrêmement dangereux car non réglementé.

CONCOURSMANIA

Il fallait être rapide sur cette société spécialisée dans les jeux marketing. En effet, l’action a été introduite sur Alternext mi-mai à 10 euros pour bondir à 13 euros dès son premier jour de cotation… avant d’entamer un repli qui l’a mené jusqu’à un plus-bas de 9,12 euros. Actuellement, l’action est autour de son cours d’introduction à 10 euros.

Le métier du groupe est d’exploiter des sites Internet (Jeux.com par exemple) sur lesquels les internautes peuvent jouer en ligne. Mais ce qu’il y a d’intéressant, c’est que CONCOURSMANIA a établi un fichier de plus de 4 millions de profils, que l’on peut commercialiser pour des opérations de marketing.

L’an dernier, la société n’a réalisé que 3,7 meros (millions d’euros) de chiffre d’affaires. En 2011, son chiffre d’affaires devrait s’envoler autour de 11 meros avec une marge nette autour de 10% à 11%. Cela fait un PER de l’ordre de 30 car la capitalisation boursière de la société ressort à 33 meros. Oui, un PER de 30, c’est beaucoup.

La société est donc chère, même si un adossement du groupe, compte tenu de son positionnement sur une niche porteuse, ne serait pas une hérésie. Mais d’un point de vu fondamental, je ne suis pas acheteur.

TEKKA GROUP

Cela fait quatre mois que le numéro un français de la conception de produits pour la chirurgie maxillo-faciale a fait ses premiers pas en Bourse sur Alternext.

Le groupe est également spécialisé sur les implants dentaires avec 20% des parts de marché. Un marché en devenir car le taux d’équipement en France est de 56 implants pour 10 000 habitants, ce qui est largement inférieur à l’Espagne avec 178 pour 10 000 ou à l’Italie où 219 personnes sur 10 000 se font faire des implants dentaires.

TEKKA GROUP réalise encore 75% de son chiffre d’affaires en France et veut s’étendre de plus en plus à l’étranger. Il a d’ailleurs ouvert des filiales en Italie et au Royaume-Uni au cours des derniers mois. La société est considérée comme une medtech, au même titre que STENTYS et CARMAT dont je vous ai déjà parlé.

… Sauf que son parcours est beaucoup moins brillant. Le prix de l’IPO a été fixé à 10,85 euros, en dessous de la fourchette de cotations (13,15/15,15 euros), prouvant bien ce que je vous disais plus haut : certains dossiers sont proposés avec une survalorisation manifeste.

Après un plus haut à 13,40 euros le 4 mars, l’action n’a cessé de baisser pour atteindre les 9,75 euros, proche de son plus bas de 9,60.

Il faut dire que l’entreprise reste encore déficitaire. Au 30 mars 2010, TEKKA GROUP a réalisé un CA de 12,2 meros pour une perte nette de 2 meros. Le groupe espère être rentable en 2012…

Avec une capitalisation actuelle de 38,9 meros, l’action n’est pas donnée mais le secteur des medtechs jouit d’une prime évidente.

Pour l’instant, je resterais en dehors du dossier, je le garde en surveillance et je me pencherai à nouveau dessus quand les premiers chiffres d’activité sortiront.

* Décryptage : valorisation 

Aussi appelée capitalisation. Il s’agit de la valeur boursière d’une entreprise. Elle se calcule en multipliant le cours de la Bourse par le nombre d’actions. Cet outil détermine le prix d’une société à un instant T.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

En savoir plus sur La Lettre PEA et Mes Valeurs de Croissance.

6 commentaires pour “Les introductions en Bourse – ou quand la mariée est trop bien maquillée”

  1. Bonjour

    quoique qu’avec une certaine timidité étant donné le fait que je suis nouvelle (3 ans) en bourse, je vous lis toujours avec plaisir.

    les actions sur lesquelles j’ai beaucoup de mal à me faire une idée car relativement récentes pour certaines sont =

    ARTPRICE (dont je m’excuse, connaissant très bien le monde des enchères, je trouve les interviews du PDG « mégalo et égotique » aujourd’hui, pas plus que l’on ne sait pourquoi elle est montée si haut, on ne comprend pourquoi elle descend, hormis le sempiternel  » les tradeurs l’ont faite monter et aujourd’hui à quelques encablures de l’AG l’a font redescendre. Je n’y ai pas touché.

    ALBIO

    ALDEI

    AB Science

    CARMAT alors que la première transplantation aura lieu en fin d’année. Carnet de route bien établi

    STENTYS

    et l’éternelle TEO dont on ne sait plus que faire au regard du manque d’info sur le  » véhicule d’investissement » mai au vu du remboursement encore important des Océannes.

    Je vous remercie si vous en dites un mopt, un jour peut-être.

    Je vous en remercie

    très cordialement

    marie noelle perol

  2. Bonjour Madame,
    merci pour votre commentaire.
    Eric Lewin a justement parlé de ARTPRICE aujourd’hui : http://smallcapsconfidentiel.com/2011/06/21/news-398-consolidation-sur-artprice-com/ ainsi que de CARMAT et de STENTYS dans un article plus développé auquel il fait d’ailleurs référence dans sa lettre du jour : http://smallcapsconfidentiel.com/2011/05/20/medtechs-carmat-stentys/
    Eric va également regarder ALDEI et AB Science et si iltrouve quelque chose d’intéressant il le postera sur le site.
    n’hésitez pas à utiliser l’outil « recherche » du site (entrez le nom de la valeur), ou à jeter un oeil à nos archives et à nos news
    bien cordialement,

  3. […] redressement judiciaire avec une période d’observation de six mois. Dur parcours pour une société introduite en février 2011 à 10,85 euros pour une levée de fonds de 11,3 M€… Le titre cote autour de […]

  4. […] en effet que, lors d’une IPO – et j’en ai réalisé beaucoup chez Euroland –, les dirigeants ont tendance à habiller la mariée de ses plus beaux habits. Je vous en avais parlé déjà en juin […]

  5. […] en Bourse, les dirigeants de la société eux-mêmes ou encore les analystes ont tendance à trop maquiller la mariée en la parant de vertus qu’elle n’a sans doute pas, ou pas encore. Cela veut dire tout […]

  6. […] je vous l’accorde, ce genre situations n’est pas si exceptionnel. Et d’ailleurs je vous en ai déjà parlé dans ces colonnes. C’est le principe qui consiste à rendre la mariée plus belle… pour pousser les […]

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