EOS IMAGING s’introduit en Bourse : point sur la medtech

Rédigé le 13 février 2012 par | Biotechs et Medtechs, IPO, OPA, opérations financières, Mid et Small Caps Imprimer

En 1989, Georges Charpark, qui n’a alors pas encore reçu le prix Nobel de Physique, crée la société Biospace Instruments. Après avoir développé une partie internationale, il faudra attendre 2005 pour que la société se consacre à la technologie EOS. Elle réalise alors deux levées de fonds de 7,5 millions d’euros puis de 12 millions d’euros en 2005 et 2007 avant d’obtenir tout récemment (entre 2009 et 2011) l’autorisation de commercialisation des applications logicielles 3D associées à la technologie.

Le groupe, désormais renommé EOS Imaging (FR0011191766-EOSI), va faire son introduction sur le marché Alternext dans les tous prochains jours. En fait, vous avez jusqu’au 14 février, 17h, pour souscrire – ou pas. Cette IPO fait évidemment parti d’une volonté d’aller chercher du capital pour pouvoir poursuivre et étendre sa croissance. Mais, avant de vous décider, faites-vous une idée un peu plus précise de la medtech.

Une vraie révolution de l’imagerie médicale ?

L’ambition de EOS Imaging est simple : le groupe veut révolutionner l’imagerie médicale ostéo-articulaire et, particulièrement, la prise en charge chirurgicale (diagnostic, planification) des pathologies rachidiennes, de hanches et des genoux. Pour cela, la société a mis au point un procédé d’imagerie unique au monde alliant la 2D et la 3D ; cette prise d’image s’effectue sur le corps entier, en position de fonction, c’est-à-dire debout. Il est possible d’avoir une vision tridimensionnelle, réaliste, de l’ensemble du squelette du patient.

Il s’agit en réalité d’allier les avantages de la radiographie (rapidité, facilité d’utilisation) à ceux du scanner (reconstruction tridimensionnelle) tout en s’affranchissant des nombreuses limites de ces deux techniques conventionnelles. En effet, la radiologie a ses limites : distorsion d’image, impossibilité de prendre une image « corps entier » en une seule fois. Et le scanner également : forte irradiation, prise des images en position couchée (alors que les maladies ostéo-articulaires doivent s’appréhender en position de fonction : debout), durée importante de réalisation des examens.

Il n’y a donc pas réellement de révolution, mais plutôt la conjugaison des avantages de deux techniques usuelles en un seul examen.

Images EOS

En 20 secondes la technologie de EOS permet de réaliser, en entier, l’image ostéo-articulaire du patient, simultanément de face et de profil. Un logiciel se charge alors de reconstituer dans l’espace le squelette du patient.

Cette nouvelle technique permet donc, vous vous en doutez, de réaliser un diagnostic plus précis puisque le squelette est visualisé en position debout, là où justement les tensions peuvent se faire. On peut donc imaginer à partir de là une meilleure planification chirurgicale et un meilleur suivi des pathologies.

Mais cette technologie arrivera-t-elle à séduire le milieu hospitalier ? Comment convaincre la communauté chirurgicale de la nécessité d’utiliser cette technologie alors qu’elle se contente jusque-là très bien d’examens d’imagerie traditionnelle ? L’offre crée la demande… mais il faudra que des centres universitaires de renom, des personnalités reconnues fassent la promotion de EOS pour qu’elle s’impose comme un nouveau standard. A ce jour, EOS a déjà vendu 42 installations dans 10 pays et a déjà été utilisé sur plus de 150 000 procédures.

De plus, EOS a obtenu les autorisations de mise sur le marché dans près de 30 pays et régions du monde, dont aux Etats-Unis et au sein de l’Union européenne.

L’argument marketing de la nouveauté ne suffira pas à séduire un milieu chirurgical conservateur, peu enclin à investir 500 000$ sans avantage décisif sur sa pratique quotidienne. C’est là le très gros frein que je vois à la croissance d’EOS, même si ses prévisions sont ambitieuses.

Quel est le marché ?

Les principaux « clients » de l’imagerie d’EOS sont les centres de chirurgie ostéo-articulaire, qu’ils soient publics ou privés, ayant un fort volume d’activité dans la chirurgie prothétique de hanche ou de genou.

Le groupe a identifié 1 490 centres aux Etats-Unis et 1 350 en Europe susceptibles d’être des clients relativement faciles. Et, au final, la société a identifié 12 601 clients potentiels de par le monde lorsque l’univers chirurgical orthopédique sera mature pour cette technologie.

En se basant sur un prix de vente de 500 000$ par machine, avec un renouvellement tous les sept ans, et un coût de maintenance à 8% du prix d’achat, le marché pourrait être analysé comme tel :

  • pénétration du marché : 1,4 milliard d’euros de parc, marché annuel renouvellement : 202 millions d’euros, maintenance 112 millions d’euros annuel ;
  • marché potentiel mondial : 6,3 milliards d’euros de parc, marché annuel de renouvellement : 901 millions d’euros, maintenance : 504 millions d’euros.
La croissance du groupe est soutenue par l’explosion de la chirurgie prothétique. Le marché des implants orthopédiques est en très forte croissance dans le monde : il représente actuellement un marché mondial de 23,2 milliards d’euros et ne devrait cesser de croître du fait du vieillissement, de l’accroissement de la population et de l’obésité, pour atteindre les 32,7 milliards d’euros en 2016.

On sait que le nombre d’opérations réalisées par les chirurgiens orthopédique va être multiplié par trois dans les prochaines années, passant de 52 cas de chirurgie de la hanche et du genou en 2010 par chirurgien à 167 en 2030. Et la technologie EOS permet un diagnostic plus pertinent, plus efficace, donc une prise en charge plus rapide, et des frais moindres.

La technologie proposée n’a pas d’équivalent sur le marché, et aucun grand groupe (General Electric, Toshiba, Philipps, Siemens…) ne peut proposer aujourd’hui un service similaire.

EOS a donc bel et bien une longueur d’avance. Le développement de la chirurgie prothétique qu’elle soit assistée par ordinateur ou personnalisée permettra probablement au groupe de nouer des partenariats stratégiques avec des fabricants de prothèses dans le futur, en vendant des services spécifiques de planification préopératoire.

Quelle est la situation financière de la société ?

Depuis sa création, la société est déficitaire. Comme souvent dans ce secteur, cela s’explique par le caractère innovant de la technologie mise au point, coûteuse en recherche et développement, mais aussi par la nécessité, pour pénétrer le marché de l’imagerie médicale d’investissements en termes de marketing et de forces de ventes.

Tableau EOS

Après avoir émis en décembre 2011 pour 1 915 millions d’euros d’obligations convertibles, la société est à l’abri du manque de liquidités jusqu’à fin mars 2012. Autant dire demain. Elle a donc décidé de s’introduire en Bourse pour lever du capital, et donc continuer son développement.

L’introduction en Bourse de 4 800 000 actions au prix moyen de 6,25 euros par action permettra de lever 30 millions d’euros au premier semestre 2012, assurant au groupe un financement de son développement jusqu’au point de rentabilité. La capitalisation boursière serait alors de 100 millions d’euros.

Mots clé : - - -

eliasroth
eliasroth

6 commentaires pour “EOS IMAGING s’introduit en Bourse : point sur la medtech”

  1. […] C’est demain à 17h que se clôture l’IPO sur Alternext de EOS Imaging (FR0011191766) une medtech, spécialisée dans un procédé d’imagerie unique au monde alliant la 2D et la 3D. […]

  2. […] donc une belle recrue qui arrive sur l’Eurolist C et que l’on vous a longuement présentée en début de semaine sur le site. AKPC_IDS += […]

  3. […] IPO de l’année revient à… une biotech. Et, si Adocia a ouvert le bal avec succès, EOS Imaging, Intrasense et DBV Technologies sont également sur les rangs. La place financière parisienne […]

  4. […] le 15 février, EOS IMAGING, dont Elias Roth vous a déjà parlé, a annoncé le succès de son introduction avec une levée de 38 millions d’euros alors […]

  5. Vous proposez sans cesse de nouveaux abonnements! A quoi sert alors celui que l’on a? Ce n’est pas correct..

  6. […] ce spécialiste dans les systèmes d’imagerie orthopédique…Mon collègue Elias Roth vous avait présenté la medtech en début d’année. Et il a bien fait […]

Laissez un commentaire