Les investisseurs se trompent en pariant sur une baisse du marché obligataire 2/2

Rédigé le 15 octobre 2018 par | Analyses indices, Indices, sociétés et marchés, Statistiques et données macro Imprimer

Vendredi dernier nous commencions à expliquer pourquoi nous pensions que le marché obligataire n’a pas rompu avec sa tendance haussière : contrairement aux idées reçues, il se pourrait bien que les rendements rechutent…

La croissance enregistrée au second semestre 2018 et les prévisions de croissance pour le troisième trimestre sont fortes, mais il existe de bonnes raisons de penser que ce sont des réactions temporaires aux allègements fiscaux et qu’elles ne se maintiendront pas début 2019.

Dans ce contexte politique, on ne peut réduire les impôts qu’une fois : il n’y aura pas d’autres cadeaux fiscaux, en 2019, pour continuer la partie.

Rien ne prouve non plus que les marchés de l’emploi soient assez tendus pour provoquer de l’inflation. Le taux de chômage actuel, de 3,7%, ne tient pas compte du fait que la participation à la main-d’œuvre n’est que de 62,7%, soit un plus-bas sur des dizaines d’années, et que 10 millions d’adultes valides âgés de 25 à 54 ans en sont exclus et ne sont pas comptabilisés comme « chômeurs ». De plus, des millions de personnes travaillent à temps partiel alors qu’elles préfèreraient un plein-temps.

Si l’on corrige les chiffres de l’emploi en tenant compte des gens qui travaillent à temps partiel contre leur gré, et des travailleurs découragés, le véritable taux de chômage est proche des 10% : un niveau digne d’une période de dépression. Les marchés de l’emploi ne sont pas du tout tendus (sauf si l’on se sert des indicateurs choisis soigneusement par le gouvernement) et il n’y a donc aucune raison de s’attendre à de l’inflation.

Enfin, les indications selon lesquelles les investisseurs étrangers se « débarrasseraient » de leurs Bons du Trésor sont exagérées. La Russie se défait de ses Bons du Trésor, certes, mais d’autres pays prennent le relais, et la Chine se maintient. Dans tous les cas, les banques américaines sont friandes de Bons du Trésor, et absorbent donc volontiers les ventes émanant de l’étranger.

En gardant toutes ces réserves à l’esprit, quelles sont les perspectives, pour les cours des Bons du Trésor ?

Pour notre analyse, le facteur essentiel est le suivant : ces dix dernières années, les Bons du Trésor américain se sont négociés au sein d’une fourchette variant de 1,4% à 3,9%.

Chaque fois que les rendements deviennent trop élevés, l’économie ralentit et ils s’effondrent. Chaque fois que les rendements baissent trop, l’économie est dopée et les rendements grimpent à nouveau.

A part quelques bons trimestres de croissance, que nous avons également connus plusieurs fois pendant la période Obama, il n’y a aucune raison de penser que l’économie américaine ait intégré une phase de forte croissance soutenue, du genre à provoquer de l’inflation et une hausse des rendements. La productivité est faible, de même que la participation à la main-d’œuvre, la concurrence étrangère est rude et la nouvelle guerre commerciale freine la croissance. Ces vents contraires sont les mêmes que ceux que nous affrontons depuis dix ans et ne montrent aucun signe d’apaisement.

Le graphique suivant est également révélateur. Il montre que les liquidités des investisseurs sont à leurs plus bas niveaux sur 30 ans, soit encore plus bas que ceux enregistrés à la fin du boom de l’investissement de 2002-2007, avant la crise.

Avec des niveaux de liquidités aussi bas, les investisseurs ne peuvent se permettre de perdre énormément de capitaux. En fait, ils ont tout misé sur la hausse des cours des actions et des obligations d’entreprises. A la moindre baisse de marché, ils se précipiteront en masse vers des valeurs refuges telles que les liquidités et les Bons du Trésor, pour protéger leurs capitaux. Cela fournira un élan supplémentaire au prochain rally obligataire.

Bien à vous,

Jim Rickards Alerte Guerres des Devises

Les deux vraies raisons à la chute des marchés

Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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