L’indicateur de sentiment, pour éviter d’intervenir au pire moment

Rédigé le 14 avril 2010 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Dans le domaine des placements, il est un comportement qui coûte très cher aux épargnants : celui d’investir en fonction du climat de confiance, ou des performances passées, autrement dit, à contretemps. Les organismes de placement tels que les sociétés de gestion et les banques connaissent leur meilleure période de collecte quand les marchés vont bien et évoluent à leur plus haut depuis plusieurs années.

Est-ce là une volonté délibérée de leur part de vous tromper ?

Non, car les commerciaux, agents ou responsables ne savent souvent pas mieux que vous ce que feront les marchés. Ce qui, je vous l’accorde, n’est pas plus rassurant. Seulement, les performances enregistrées par les fonds « maison » de votre aimable intermédiaire sur les une, trois et cinq dernières années sont si importantes que cela s’avère forcément alléchant auprès des épargnants… A l’inverse, c’est lorsque les marchés sont en pleine panique et proches du seuil de retournement que le grand public à tendance à vouloir sortir du marché et rechercher la sécurité, pouvant même entraîner des problèmes de solvabilité à certains acteurs au plus fort de la crise, comme nous avons pu le constater en 2008/2009.

L’unanimité doit vous mettre la puce à l’oreille Parler de cela a posteriori n’est que trop facile, me direz-vous. Certes, je n’ai pas la prétention de pouvoir vous indiquer à coup sûr quand le marché est sur le point de se retourner. Mais il existe des indicateurs de sentiment faciles à employer qui permettent de prendre la température du marché. L’expérience montre que les mêmes configurations ont tendance à se reproduire, il est donc utile d’en tenir compte pour améliorer votre timing.

Lorsque la tendance du marché se situe à une extrémité, il est souvent préférable d’éviter de prendre une décision qui va dans le sens de la foule, car elle pourrait s’avérer coûteuse pour votre portefeuille. Soyez ainsi vigilant envers l’avis des médias (presse écrite, télévision, Internet) ; lorsque vous constaterez que le consensus s’avère anormalement unanime comme en 1999/2000 en pleine bulle des valeurs TMT (Technologies, Médias et Télécommunications), c’est qu’il est largement temps de liquider votre position. C’est grâce à ce genre de signaux que l’analyse contrarienne a gagné ses lettres de noblesse. Ce cas est toutefois rare, et pour les creux et sommets intermédiaires, il est utile de consulter le sentiment des intervenants.

Haussiers ? Baissiers ? Neutres ? Prenez le pouls des investisseurs Il existe de nombreuses mesures possibles, notamment les sondages ou enquêtes sur Internet sur un échelon représentatif, tel que celui réalisé par l’AAII (American Association of Individual Investors — www.aaii.com). Cette association mesure ainsi chaque semaine le pourcentage des investisseurs privés américains qui sont haussiers, baissiers ou neutres pour les six prochains mois.

Le graphique ci-dessous représente l’évolution du principal indice boursier américain depuis début 2006 ainsi que l’indicateur de sentiment mesuré par l’AAII.

Graphique de l'évolution du principal indice boursier américain depuis début 2006 ainsi que l'indicateur de sentiment mesuré par l'AAII

Deux phases se distinguent nettement dans le parcours de l’indicateur de sentiment. Le premier se situe au cours du premier trimestre 2008. Début janvier, suite au violent décrochage des principales Bourses mondiales, l’indicateur traduit un important taux de pessimisme (55% des sondés) au détriment du sentiment haussier (25% seulement). En dépit de l’affaire Bear Stearns en mars 2008, le marché parvient à rebondir de près de 13% au cours des mois qui suivirent. La deuxième phase se situe début 2009, dans des conditions quasi-similaires s’agissant des anticipations des intervenants. Environ 25% sont positifs, contre plus de 50% de négatifs. Cela marque le point bas du marché baissier et le début de l’impressionnante reprise des actions que nous connaissons depuis lors.

Le reste du temps, cet indicateur ne traduit rien de particulier, comme c’est le cas ces derniers mois. Près d’un tiers des sondés se disent neutres, les deux tiers restant ne manifestant pas un consensus pouvant témoigner d’une situation de paroxysme. Il est donc inutile d’avoir recours à cet outil pour chacune de vos décisions d’investissement, mais songez-y lorsque la panique ou l’euphorie commencent à gagner le marché. Il saura alors vous donner la température du marché de façon plus précise et vous invitera à vous demander si le marché n’est pas en phase d’excès.

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Jerome Vinerier
Jerome Vinerier

Jérôme Vinerier est analyste technique CFTe (diplôme délivré par la fédération internationale des analystes techniques IFTA). Il a exercé cette profession avec passion pendant plusieurs années au sein d’un cabinet réputé au niveau européen, délivrant quotidiennement le fruit de sa recherche auprès d’investisseurs institutionnels sur une vaste classe d’actifs financiers (actions, devises, indices, matières premières). Animé par la recherche de la performance, il s’établit comme stratégiste indépendant en 2008. – See more at: http://quotidienne-agora.fr/redacteurs/#sthash.0s0xSg5B.dpuf

4 commentaires pour “L’indicateur de sentiment, pour éviter d’intervenir au pire moment”

  1. […] ◊ Le trading, c'est une chose… mais pour le reste ? Le trading, c'est ce qui vous fait vibrer et vous cherchez sans cesse de nouvelles méthodes, de nouveaux systèmes pour parfaire vos trades. Eh bien j'ai une bonne nouvelle pour vous : l'équipe du Billet du Trader se renforce avec Jérôme Vinerier. Jérôme est analyste technique CFTe (Certified Financiel Technician) et travaille depuis 7 ans maintenant à un service de trend following ; il a développé son propre système de suivi de tendance, avec des filtres et indicateurs dont il vous reparlera certainement dans ses prochains Billets ; il commence dès aujourd'hui avec l'indicateur de sentiments. N'hésitez pas à lui faire part de vos remarques sur le site. […]

  2. cet indicateur est utile, mais avez-vous un indicateur pour décider de laisser tomber le trading dès le matin ou bien pour la semaine ?! je suis preneur 🙂 en ce moment c’est le calme plat sur les indicateurs mathématiques, la divergence est en place mais on continue sur la lancée comme un bateau dont les moteurs sont en panne…

  3. […] à mon billet du 14 avril qui traitait de l'intérêt de l'utilisation d'un indicateur de sentiment tel que celui réalisé […]

  4. Malheureusement, je ne connais pas d’indicateur de ce type ! En ce qui me concerne, je privilégie les situations ou plusieurs facteurs confirment un signal, en donnant un poids important au comportement des prix ainsi qu’au volume.

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