Intel vs AMD : lequel jouer ?

Rédigé le 16 avril 2010 par | Analyses indices, Big caps, US Imprimer

Paul Otelli, le PDG d’Intel (INTC : Nasdaq), qualifie les conditions de marché actuelles d’exceptionnellement favorables. Il souligne la forte croissance des ventes, notamment dans les composants « haut de gamme » — ce qui s’avère très favorable pour les marges du groupe. Il se félicite de perspectives 2010 très enthousiasmantes avec la montée en puissance des « tablettes multimédia » — principal soutien au chiffre d’affaires du premier trimestre 2010 qui s’établit à 10,3Mds$ contre 9,84Mds$ anticipés.

Intel : 1 – Consensus : 0 La demande des entreprises et des ménages s’inscrit dans un megatrend de croissance impressionnante, ce qui se traduit par un bénéfice net de 2,4Mds$, soit 0,43$ par action contre 629Mds $ et 0,11$ par action un an auparavant.

Intel bat largement le consensus de 0,38$ par action… mais les analystes ont systématiquement sous-estimé les profits de 10 à 15% lors des quatre publications de résultats précédentes.

Comme nous l’avons déjà souligné, il s’agit d’une stratégie délibérée consistant à formuler publiquement des prévisions conservatrices tandis que les chiffres qui circulent entre initiés vont parfois au-delà de ce qu’autorisent les hypothèses les plus optimistes.

Le jour de la divulgation des trimestriels, le cours de clôture en dit bien plus long sur les vraies anticipations du marché que la réaction épidermique du titre lors de la reprise des cotations — car ce sont les non-initiés qui impulsent la tendance initiale.

S’il fallait sélectionner un titre parmi les vedettes qui entrent dans la composition des principaux indices américains pour illustrer le discours dominant et le matraquage du « tout va mieux que bien, une forte croissance est au rendez-vous« , nous ne saurions faire de meilleur choix qu’Intel.

Le titre ne surperforme pas pour autant le Nasdaq Intel, c’est l’incarnation du succès technologique et commercial à l’américaine, c’est la preuve que le numéro un garde presque toujours l’avantage sur ses rivaux ; c’est aussi le symbole de la confiance « bien placée » des investisseurs… Mais, curieusement, Intel ne surperforme pas le Nasdaq — dont il réplique laborieusement la performance depuis mars 2009.

Le titre n’a pris que 5% par rapport à son zénith du 14 octobre 2009 — jour de la publication de ses trimestriels du T3 avec une ouverture au plus haut à 21,26$ — et +4,5% par rapport à son zénith de clôture des 21,45$ du 14 janvier 2010 — jour de la publication de ses trimestriels du T4 2009.

Pour une entreprise qui ne cesse de « faire mieux que prévu« , qui symbolise la vigueur de la reprise et la quintessence d’un avenir que Wall Street anticipe radieux, la performance boursière d’Intel depuis six mois n’est pas de celles qui décoiffent.

Si le Nasdaq enchaîne une série historique de hausses depuis le 5 février dernier, Intel a cessé de progresser depuis le 17 mars et reste enfermé au sein d’un étroit corridor délimité par 22 et 22,75$. Et si le titre devait enfin retracer les 24,5$ ou les 25$, il ne ferait que retracer les plus hauts des 12 août et 16 mai 2008.

AMD semble un bien meilleur cheval Si vous vouliez éclater votre compteur de plus-values, mieux valait vous intéresser à son rival AMD (Advanced Micro Devices). Ses ventes peinent à reprendre de la vitesse, l’outil industriel reste sous-exploité… et si le point positif, c’est le gain de parts de marché face à Intel, cela se joue dans les puces d’entrée ou de milieu de gamme. En d’autres termes, là où, compte tenu de la concurrence des producteurs asiatiques, le « pricing power » et les marges sont les plus faibles.

Mais AMD a engrangé +40% depuis le 14 octobre dernier — de quoi faire pâlir d’envie les actionnaires d’Intel — et le cours a été multiplié par 5 depuis la mi-mars 2009 — contre à peine +90% sur ses plus bas pour le numéro un mondial alors que le Nasdaq affiche un score de +94% sur la même période. Et la sous-performance d’Intel reste constante dans le temps car sur les 365 derniers jours écoulés, le titre a engrangé +49% contre +52% en faveur de l’indice de référence.

Graphique d'Intel et d'AMD

Un petit bémol cependant au sujet d’AMD, le titre est en panne de performance depuis le 1er janvier (-1%) alors qu’Intel affiche +11,5%… Mais son cours actuel de 9,6$ est équivalent à celui de la fin novembre 2007 tandis qu’Intel (23,5$) rejoint tout juste ses niveaux du 2 septembre 2008 (le gap des 23,71$ du 28 août 2008 pouvant être comblé d’ici la fin de cette semaine, à la faveur de la « journée des trois sorcières »).

Autrement dit, ni les analyses dithyrambiques, ni les déclarations triomphales de la direction ne font plus flamber les cours depuis fin juillet 2009 (et le 1er test des 20$) ou le 28 août de la même année (zénith intraday inscrit à 20,65$, un niveau supérieur à celui affiché le 31 décembre en clôture (20,40$).

La correction est en vue : les 21,5$ sont en ligne de mire Comment interpréter le fait que l’entreprise qui symbolise le mieux la reprise — dont Wall Street se gargarise — et qui se porte le mieux en terme de solidité financière parmi les stars du Nasdaq soit aussi celle reflète le moins l’euphorie ambiante ?

Le plafonnement du titre depuis trois semaines trouve peut-être son explication dans le triomphe des stratégies complexes dédiées aux arbitrages de volatilité. Il ne vous aura pas échappé que l’indice VIX vient d’inscrire le 12 avril son plus faible niveau de volatilité depuis juillet 2007, au lendemain du plus impressionnant pic de confiance des marchés américain de la décennie. Le S&P 500 venait alors d’inscrire un record historique qui ne sera égalé puis battu, à la marge, que trois mois plus tard le 10 octobre 2007. Nous vous en avons déjà longuement parlé dans ces Billets.

Intel figurant régulièrement parmi les10 titres les plus traités à chaque séance depuis le début des années 2000, c’est en partie grâce à lui que la vélocité haussière ou baissière du Nasdaq ou du Dow Jones peut être contrôlée et fortement minorée. Cela permet aux institutionnels d’encaisser de la volatilité sur des ventes de dérivés indiciels.

Etant donné que l’indice VIX évolue au contact de planchers qui n’ont plus été approchés depuis près de trois ans, l’hypothèse la plus probable serait la remise en cause de l’optimisme univoque qui règne actuellement à Wall Street.

La corrélation entre les phases de culmination de l’appétit au risque (VIX) et les sommets atteints ponctuellement par Intel est proche de la perfection.

Graphique d'Intel et du VIX

Il faut s’attendre à une correction imminente du numéro un mondial des puces en direction des 21,5$ (zénith de la mi-janvier et MM50) puis des 20,50$ (plancher du 4 mars). Mais de cela, je vous en reparlerai certainement en direct au 0899 88 20 36* dès qu’il sera l’heure de vous positionner ; j’ai d’ailleurs recommandé hier à mes auditeurs de renforcer leur position sur une stratégie baissière à cause de l’analyse du VIX dont je leur parlais justement.

[Ndlr : Si vous voulez écouter l’intégralité des analyses de Philippe, composez le 0899 88 20 36*]

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute. Depuis la Belgique : composez le 09 02 33110, chaque appel vous sera facturé 0,75 euro / minute. Depuis la Suisse : composez le 0901 801 889, chaque appel vous sera facturé 2 CHF / minute.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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